Le scandale Cambridge Analytica n'est que la pointe de l'iceberg

Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook, invité à s'expliquer au Parlement européen. ©Photo News

Facebook a informé la Commission européenne que d’autres applications que celle liée à l’affaire Cambridge Analytica posaient problème. Mark Zuckerberg est invité à venir s'expliquer au Parlement européen.

Le scandale lié à l’utilisation des données privées par Cambridge Analytica n’est que la partie visible d’un problème bien plus grave. La firme de "big data" londonienne est accusée d’avoir détourné les données privées de 87 millions d’utilisateurs de Facebook en faveur des campagnes pro-Brexit et de Donald Trump lors de l'élection présidentielle américaine.

Ces données privées avaient été récoltées à l’insu des utilisateurs via une application anodine de test de personnalité "This Is Your Digital Life". Plus de 60.000 Belges ont été touchés. Et ce n’est pas fini. Facebook reconnaît auprès des autorités européennes qu’il y a d’autres applications controversées.

Après le mea culpa du fondateur de Facebook Mark Zuckerberg devant les parlementaires américains, c’était au tour de l’Union européenne de recevoir des assurances de la part du réseau social. Jeudi soir, la commissaire européenne à la Justice et à la Protection des consommateurs Vera Jourova s’est entretenue avec Sheryl Sandberg, la très influente numéro deux du géant californien.

"D’autres applications poseraient problème quant à l’utilisation des données privées"
Source européenne

D’après un compte rendu de cet entretien, consulté par L’Echo, Sheryl Sandberg a informé la commissaire qu’"il pourrait y avoir plus d’applications qui ont récolté des données personnelles des utilisateurs et de leurs amis". Ce qui signifie, en clair, que l’application "This is Your Digital Life" n’est pas la seule à avoir été détournée à des fins controversées, voire illégales, par des firmes telles que Cambridge Analytica. "D’autres applications poseraient problème quant à l’utilisation des données privées", explique une source européenne.

Contactée par nos soins, la porte-parole de Facebook n’a pas fait de commentaire.

Une enquête est en cours

"J’ai été informé que Facebook prévoit un audit approfondi de toutes ces applications, mais que cela prendra beaucoup de temps"
Vera Jourova
Commissaire européenne à la Justice et aux Consommateurs

L’ampleur du scandale ne sera connu qu’au terme d’une longue enquête. "J’ai été informée que Facebook prévoit un audit approfondi de toutes ces applications, mais que cela prendra beaucoup de temps", poursuit Vera Jourova.

La commissaire a insisté auprès de Sheryl Sandberg pour que Facebook "coopère pleinement avec les enquêteurs européens" et prenne, pour l’avenir, "toutes les mesures nécessaires pour atténuer les conséquences négatives potentielles" de ces applications. L'entretien a été jugé "constructif", a écrit Vera Jourova sur Twitter.

Le réseau social est dans le collimateur des autorités européennes et risque gros. Le 25 mai prochain, les nouvelles règles européennes (RGPD) de protection des données entreront en vigueur.

Cette législation prévoit des sanctions renforcées au cas où une entreprise ne protège pas les informations personnelles de ses clients, comme une amende pouvant aller jusque 4% de son chiffre d’affaires annuel. Pour Facebook, la facture pourrait en théorie atteindre 1,1 milliard de dollars, sans compter l’impact d’un nouveau scandale sur la valeur de l’action. "L’UE surveillera de près la mise en œuvre par Facebook du RGPD", assure Vera Jourova. 

Mardi, Mark Zuckerberg s'était engagé devant le Congrès américain à respecter les nouvelles normes européennes partout dans le monde. "Merci" avait répliqué avec ironie Vera Jourova lors d'une conférence de presse à Bruxelles.

Zuckerberg au Parlement européen? "On va voir"

"J'ai conseillé à Mme Sandberg que M. Zuckerberg accepte l'invitation du Parlement européen"
Vera Jourova
Commissaire européenne à la Justice et aux Consommateurs

Lors de l’entretien, Vera Jourova a conseillé à Sheryl Sandberg que "Mark Zuckerberg accepte l’invitation du Parlement" afin de rétablir la confiance. "On va voir", aurait-elle répondu selon une source.

Mark Zuckerberg a été invité jeudi par le Parlement européen à venir s’expliquer devant les députés.

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