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Le scandale qui pourrait faire tomber Trudeau

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Deux ministres canadiennes ont claqué la porte du gouvernement Trudeau en moins d’un mois. Elles reprochent au Premier ministre d’avoir fait pression sur la Justice pour protéger les intérêts d’une multinationale québécoise.

Justin Trudeau, le Premier ministre canadien, va-t-il parvenir à tenir la barre de son gouvernement jusqu’aux élections d’octobre prochain? Ce ne sera pas évident tant les vents contraires soufflent fort sur l’ancienne coqueluche des médias canadiens et internationaux engluée depuis plusieurs semaines dans un scandale politico-judiciaire. Lundi encore, l’une des ministres clés de Trudeau claquait la porte après le départ, le mois dernier, de sa ministre de la Justice.

"Nous nous sommes toujours battus pour les emplois et nous sommes capables de le faire dans le respect des lois."
Justin Trudeau
Premier ministre canadien

Au cœur du scandale menaçant le gouvernement Trudeau, on retrouve une sombre affaire de corruption et de pressions politiques sur le pouvoir judiciaire canadien avec la Libye de Kadhafi en toile de fond. Tout a commencé début 2015, lorsque les autorités canadiennes ont accusé le géant québécois du BTP SNC-Lavalin d’avoir versé pour 48 millions de dollars canadiens (environ 32 millions d’euros) de pots-de-vin à plusieurs officiels libyens entre 2001 et 2011.

 

L’affaire SNC-Lavalin

L’enquête ouverte par la Justice canadienne est toujours en cours. Si SNC-Lavalin devait être reconnue coupable, elle pourrait être exclue des appels d’offres publics fédéraux pendant 10 ans, une catastrophe pour cette société dont les activités canadiennes pèsent pour près du tiers de ses revenus et qui représente plus de 8.000 emplois au Canada. Sauf si elle parvient à obtenir des autorités canadiennes un "accord de poursuite suspendue". Un tel accord lui permettrait d’échapper à toute poursuite sur le plan pénal à condition qu’elle reconnaisse les faits qui lui sont reprochés, accepte de payer une amende et coopère avec la Justice.

Son ancienne ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould, accuse en effet le clan Trudeau d’avoir fait pression sur elle pour qu’elle intercède en faveur de SNC-Lavalin.

Ce genre d’arrangement est pratiqué aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, mais la Justice canadienne a jusqu’à présent refusé de l’appliquer à SNC-Lavalin. Et c’est là que serait intervenu l’entourage de Trudeau, voire le Premier ministre lui-même. Son ancienne ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould, accuse en effet le clan Trudeau d’avoir fait pression sur elle pour qu’elle intercède en faveur de SNC-Lavalin. Gerald Butts, le principal conseiller de Trudeau (qui a démissionné depuis) se serait montré particulièrement insistant. Et, selon elle, c’est parce qu’elle n’a pas cédé que Trudeau lui a retiré le portefeuille de la Justice le 14 janvier dernier pour lui confier celui des Anciens combattants. Le 12 février, Wilson-Raybould démissionnait.

Lundi, Jane Philippot, l’une des ministres les plus en vue du gouvernement Trudeau, lui a emboîté le pas. Elle venait pourtant d’être promue au poste de président du Conseil du Trésor, où elle tenait les cordons budgétaires. Cette proche de Wilson-Raybould a justifié son geste en expliquant avoir perdu confiance dans le gouvernement et sa gestion de cette affaire.

Trudeau, de son côté, affirme qu’il n’a pas violé les lois canadiennes (ce que concède son ancienne ministre de la Justice) et qu’il ne fait que protéger les intérêts économiques du Canada. Sauf que l’opinion publique ne partage pas forcément ce point de vue, en particulier la majorité anglophone qui y voit des tentatives maladroites de protéger une entreprise québécoise qui a déjà été soupçonnée de corruption dans le passé.

L’avenir de Trudeau

Trudeau a promis des "réponses dans les jours et les semaines à venir".

D’après un sondage Ipsos réalisé entre le 1er et le 4 mars, 67% des Canadiens croient Wilson-Raybould et ils sont 55% à dire que l’affaire pèsera sur leur vote. Trudeau ne pourrait décrocher que 31% des votes si l’élection générale devait se tenir maintenant, tandis que le chef de l’opposition, le conservateur Andrew Scheer, le devance de neuf points. Ce dernier appelle d’ailleurs à sa démission et à l’ouverture d’une enquête judiciaire sur les pressions qu’il aurait exercées.

Les autres ministres de Trudeau continuent à le soutenir. Au Parlement aussi, ses troupes lui restent fidèles même si certains députés libéraux ne cachent pas leur embarras. Trudeau a promis des "réponses dans les jours et les semaines à venir". En attendant, Gerald Butts défendra ce mercredi sa version des faits devant la commission des Affaires judiciaires de la Chambre des communes, et ce à sa propre demande.

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