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Le secret des pays efficaces face à la pandémie de coronavirus

Des travailleurs à la journée à Séoul. La Corée du Sud, qui reste citée en exemple pour sa gestion de la pandémie, a assoupli ses mesures. ©REUTERS

Il n’existe pas de modèle idéal, à répliquer, pour combattre le coronavirus. Mais les pays qui y parviennent le mieux ont un point commun: l’adhésion.

L'un après l'autre, les pays européens resserrent la vis, espérant éviter un retour aux confinements de la première vague par une action plus ciblée. Mais près d’un an après le premier cas rapporté de Covid-19, il n’y a pas de recette parfaite pour contenir le virus, s'assurer que l'on épargnera aux hôpitaux de re-sombrer dans la médecine de guerre, sans retirer une nouvelle fois la prise de l’activité socio-économique.

"Le consensus qui se dégage, c’est que c’est un ensemble de dispositifs qui, mis les uns avec les autres, parvient à réduire la circulation du virus", indique Marius Gilbert, directeur du laboratoire d'épidémiologie spatiale de l'Université libre de Bruxelles.

Des curseurs identiques, des ambitions différentes

La combinaison des curseurs est bien connue – prévention, tests, quarantaines et isolement – tout est dans l’intensité avec laquelle ils sont activés. "C’est comme si pour chaque élément qu'on met en place, on réduit un potentiel de transmission pour faire en sorte que chaque personne infectée n'infecte pas plus d'une personne en moyenne."

La Suède a un taux de mortalité par 100.000 habitants près de cinq fois supérieur à celui de son voisin danois.

Exception persistante dans cette approche: la Suède n’a pas fait le choix du confinement face à la première vague, et son gouvernement a misé sur des mesures plus laxistes qu’ailleurs mais constantes – "durables". Avec un succès contesté: le taux de mortalité par 100.000 habitants y est près de cinq fois supérieur à celui de son voisin danois. Un cas à part, souligne Marius Gilbert : "La Suède se distingue fort du reste du monde, mais en dehors de cela il n’y a pas de différence majeure dans les approches."

Certains le font avec plus de vigueur et d’ambition que d’autres. Prenez la Chine: cette semaine, la mégapole de Qingdao a fait tester sur cinq jours une dizaine de millions d’habitants suite à la détection d’un cluster de douze personnes.

"Chaque pays met en œuvre ces mesures en fonction de ses propres spécificités. En Éthiopie, aux États-Unis ou en Belgique, les mesures à votre disposition ne sont pas les mêmes. Chaque État doit composer avec son système de santé, la façon dont il est structuré, financé", poursuit Marius Gilbert.

Les bons élèves

Parmi les pays cités en exemple, la Nouvelle-Zélande. Début octobre, la Première ministre Jacinda Ardern annonçait la fin des restrictions mises en place pour contrer la deuxième vague de l'épidémie: l'archipel n'avait plus enregistré de nouveau cas depuis douze jours.

"[En Corée du Sud], ils mènent une politique de tolérance zéro : un cluster de cas chez des jeunes est aussi important à traiter que dans une maison de repos."
Marius Gilbert
Université libre de Bruxelles

"Ils reprennent une vie normale, et dès qu’ils ont un cas, ils mettent le paquet, mènent un travail de fourmi pour identifier toutes les personnes qui ont été en contact, empêcher que ce cluster ne fasse des petits. Mais ça, on ne peut le faire que quand le niveau de contaminations est extrêmement faible", observe l’épidémiologiste de l’ULB.

Depuis le début de la pandémie, la Corée du Sud fait aussi figure de modèle. "Ils mettent en place des moyens considérables au niveau des enquêtes et de la prévention. Ils sont très ambitieux pour maintenir les contaminations à un niveau très bas. Ils mènent une politique de tolérance zéro: un cluster de cas chez des jeunes est aussi important à traiter que dans une maison de repos."

L’enjeu de l’acceptation

Rien de tel sous nos longitudes. "On n'a pas eu cette ambition-là dans notre pays. On l’a vu cet été: en Belgique, quand le niveau de contamination était bas, l’acceptation sociale des mesures était très faible. Les gens ne voyaient pas pourquoi ils ne pourraient pas aller dans les cafés, assister à un mariage..."

"En Belgique, quand le niveau de contamination était bas, l’acceptation sociale des mesures était très faible."
Marius Gilbert
Université libre de Bruxelles

"Les mesures de santé publique relativement autoritaires, comme la distanciation physique ou les fermetures économiques, dépendent de l’acceptation sociale", souligne Scott Greer, professeur à l'école de santé publique de l'Université du Michigan, dans une analyse comparative des politiques de lutte contre le virus.

À l'échelle mondiale, l'acceptation varie considérablement selon des facteurs culturels ou de confiance dans les pouvoirs publics - les régimes autoritaires ne sont pas mécaniquement plus suivis que les autres . Et on ne peut geler une partie de l'activité économique que si des filets sont en place pour permettre aux gens de rester à la maison sans mourir de faim.

L'importance du régime politique

Mais le type de régime politique a bien une incidence sur l’efficacité de la réponse, estiment les mêmes chercheurs. Les régimes autoritaires ont un problème de fluidité de l'information pertinente - on a vu des informations cruciales inhibées en Chine et en Russie, par exemple. Et l'autoritarisme est loin d'être toujours synonyme d'action énergique. Des deux pays précités, "seule la Chine a aussi choisi et mis en œuvre une action réellement efficace".

"Le fédéralisme fonctionne mieux dans la gestion de la pandémie quand le gouvernement central mène et que les entités fédérées acceptent d'être menées."
Scott Greer
Université du Michigan

Les démocraties, quant à elles, ont plus de difficultés à prendre des mesures fortes "ou même appropriées". Par contre, elles bénéficient d'une meilleure fluidité de l'information et de la confiance. Mais au sein des démocraties, des dirigeants qui adoptent une approche autoritaire peuvent endommager ces avantages.

"Les présidents Trump aux États-Unis et Bolsonaro au Brésil ont tous deux adopté des approches de déni destructives face à l'épidémie, ce qui a miné les efforts pour répondre efficacement".

Le cas particulier des États décentralisés

L'adhésion peut aussi varier à l’échelle institutionnelle, comme l’Espagne en a encore donné l’illustration cette semaine, avec de fortes tensions entre le gouvernement central aux mains de la coalition de centre gauche et la région de Madrid, dirigée par un gouvernement régional de centre droit.

Les régimes fédéraux ont cet avantage que la diversité politique accepte en théorie des politiques qui collent mieux aux circonstances locales, permettent de désamorcer les tensions et permettent l’expérimentation. En pratique pourtant, "nos recherches ont montré que le fédéralisme fonctionne mieux dans la gestion de la pandémie quand le gouvernement central mène et que les entités fédérées acceptent d'être menées", explique Scott Greer, co-auteur d’un ouvrage sur les politiques face à la pandémie. "Mais si le gouvernement fédéral échoue, les actions des entités fédérées ont une capacité limitée à compenser cet échec", observe-t-il.

Sans échapper aux soubresauts d'une pandémie qui reprend de la vigueur ni aux tensions entre entités fédérale et fédérées sur la manière d'y répondre, l’Allemagne est parvenue jusqu'ici à tirer son épingle du jeu parmi les Européens, observe Marius Gilbert: "Ils ont réussi à faire en sorte qu’un certain nombre de mesures soient maintenues dans le temps."

La nature du régime, le contexte socio-économique, les capacités médicales sont des variables sur lesquelles les échafaudeurs de plans anti-Covid ont peu de prise immédiate. Mais si une recette pour contenir la pandémie il devait y avoir, elle comprendrait peut-être cette recherche allemande d'une certaine constance dans les mesures; cette ambition dans la réponse à chaque nouveau cas, comme en Chine ou en Corée. Et un travail collectif pour obtenir la plus grande teneur possible de cet ingrédient évanescent: l'adhésion.

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