Le soja, prochain scandale alimentaire mondial?

Culture de soja au Brésil.

Consommé en trop grande quantité, le soja agit comme un perturbateur endocrinien. Mais le danger vient surtout du soja traité au glyphosate massivement importé en Europe pour l’alimentation animale.

Plébiscité par les végétariens, les végans et les intolérants au lactose, le soja suscite pourtant de plus en plus d’interrogations. Julie Lotz, journaliste indépendante, a réalisé une enquête sur ce qui pourrait bien être le prochain scandale sanitaire à l’échelle mondiale. Le résultat de son enquête sort en librairie le 4 mars. Elle a suivi le parcours du soja depuis les champs sud-américains jusqu’au lait vendu dans nos supermarchés, en passant par les mangeoires de nos animaux. Les constats ne sont pas vraiment rassurants.

2,5
millions de tonnes
La Belgique importe 2,5 millions de tonnes par de soja, surtout pour l'alimentation animale.

Considéré comme étant la protéine idéale pour remplacer la viande, le soja est en outre vanté pour son faible taux en graisses saturées. Tout bon pour le taux de cholestérol donc. Sauf que le soja agit aussi comme un perturbateur endocrinien, notamment au niveau de la fertilité. Pourquoi? Parce que les graines de soja contiennent naturellement des phyto-estrogènes. Consommé en quantité importante, le soja peut perturber complètement le cycle hormonal des femmes. Chez les hommes, il peut altérer la fertilité, mais la question n’est pas encore formellement tranchée par le monde scientifique.

Le soja est également pointé du doigt dans l’apparition de certains cancers, notamment de la thyroïde. Dans tous les cas, le soja est déconseillé sous quelque forme que ce soit pour les personnes atteintes d’hypothyroïdie.

L’alimentation animale

Mais le plus inquiétant n’est sans doute pas là. Entre 1990 et 2019, la production mondiale de soja a augmenté de 70%, passant de 108 à 340 millions de tonnes. La Belgique importe en moyenne 2,5 millions de tonnes de soja par an. Ce soja ne sert pas uniquement pour notre consommation de tofu, de jus de soja et de steaks végétaux. Il sert avant tout à nourrir les animaux d’élevage.

Un Européen mange à peu près 61 kilos de soja de manière indirecte via tous les produits animaux qu’il consomme.
WWF

"Les trois quarts des graines de soja produites dans le monde sont utilisés pour alimenter nos vaches laitières, nos porcs ou encore notre volaille", explique Julie Lotz. Entendons-nous bien: d’autres aliments que le soja (fourrage, céréales…) sont également utilisés pour nourrir le bétail en Europe. Mais lorsqu’il s’agit de soja, c'est du soja importé.

Or ce soja destiné aux animaux est le plus souvent cultivé à partir de graines génétiquement modifiées provenant des États-Unis, du Brésil et d’Argentine. La raison est toute simple: le soja est génétiquement modifié pour pouvoir résister aux pesticides et herbicides, dont le fameux glyphosate (le principe actif du Roundup produit par Bayer-Monsanto).

Le glyphosate, pourtant classé "cancérogène probable" en 2015 par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), qui dépend de l’OMS, s’invite ainsi dans nos assiettes et dans notre verre de lait par la filière de l’alimentation animale.

Le soja est une protéine intéressante du point de vue nutritionnel, mais elle serait meilleure encore sans résidus de pesticides.
Julie Lotz
journaliste indépendante

D’après le WWF, "un Européen mange à peu près 61 kilos de soja de manière indirecte via tous les produits animaux qu’il consomme chaque année".

Quant aux populations qui vivent autour des champs de soja, Julie Lotz est allée se rendre compte sur place, en Argentine, des maladies qu’elles développent suite à la pulvérisation massive de glyphosate.

Elle ne demande pas pour autant de bannir totalement le soja de notre alimentation. "Le soja est une protéine intéressante du point de vue nutritionnel, mais elle serait meilleure encore sans résidus de pesticides. Pour la santé de nos bêtes et très certainement pour la nôtre aussi."

Déforestation

S’ajoute à cela un dernier problème. C’est que la culture de soja est régulièrement pointée du doigt comme une des causes de la déforestation en Amérique du Sud, continent qui assure 50% de la production mondiale de soja. D’après Greenpeace, la superficie agricole nécessaire pour produire les importations belges de soja (2,5 millions de tonnes) est à peu près équivalente à la superficie du territoire belge. Entre 2013 et 2017, la superficie nécessaire pour répondre à la demande belge est passée de 1,5 à 2,7 millions d’hectares. C’est une progression de 80%.

De plus, cette déforestation se fait parfois dans la violence. Un rapport publié en 2017 par l’ONG International Global Witness indique que le Brésil détient le record du nombre d’assassinats de défenseurs locaux des forêts. La plupart de ces meurtres ont eu lieu dans des régions où les terres sont accaparées pour le bétail et les plantations de soja.

"Planète soja", Julie Lotz, éditions du Rocher, 252 pages, en librairie le 4 mars

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