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Kim-Trump, une rencontre historique aux lendemains incertains

©REUTERS

Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un a profité du sommet avec le président américain Donald Trump pour réaffirmer sa volonté d’une "dénucléarisation complète de la péninsule coréenne".

Il aura beaucoup été question d’histoire et de poignées de main au luxueux hôtel Capella de l’île singapourienne de Sentosa, qui accueillait ce mardi la rencontre entre le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un et le président américain Donald Trump. Ce premier sommet de l’histoire des deux pays, qui rivalisaient d’animosité depuis la Guerre de Corée (1950-1953), avait suscité beaucoup d’attentes.

Le résultat peut sembler mitigé. Après cinq heures de discussions, entamées par une entrevue privée suivie d’entretiens entre les délégations et d’un déjeuner de travail, le tout ponctué d’accolades et de poignées de mains chaleureuses, les deux dirigeants ont signé une déclaration mentionnant la "dénucléarisation complète de la péninsule coréenne". L’engagement confirme celui pris par Kim Jong-un le 27 avril lors du sommet de Panmunjom avec le président sud-coréen Moon Jae-in.

"Les deux chefs d'Etat ont ouvert une porte mais le processus sera long pour parvenir à une solution complète. Nous ne savons pas combien de temps cela prendra: un an, deux ans ou plus".
Moon Jae-in
Président de la Corée du Sud

Les deux parties veulent également travailler pour établir la paix dans la péninsule et améliorer les relations bilatérales. Ces points laissent penser qu’un traité de paix pourrait être signé. Les combats de la Guerre de Corée se sont arrêtés sur un armistice. Elle n’est donc juridiquement pas terminée. "Nous avons eu une réunion historique et avons décidé de laisser le passé derrière nous", a déclaré Kim Jong-un lors de la signature de la déclaration finale. "Le monde va assister à un changement majeur".

En échange de l’engagement nord-coréen à dénucléariser, le dirigeant américain a annoncé la suspension des "jeux de guerre", les manœuvres américano-sud-coréennes annuelles qui ont le don d’irriter la Corée du Nord. Elle y voit des préparatifs de son invasion et réclame depuis longtemps l’arrêt de ces exercices qui alimentent les tensions.

"Dernier vestige de la Guerre froide"

Le résultat de ce qui est déjà baptisé "le sommet du siècle" a été salué à l’international. "J'offre mes félicitations les plus sincères et je salue le succès du sommet", a déclaré Moon Jae-in. L’accord " restera comme un événement historique ayant contribué à briser le dernier vestige de la Guerre froide ".

Le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi a jugé "important et positif que les dirigeants des deux pays aient discuté sur un pied d'égalité". Le Premier ministre japonais Shinzo Abe a également exprimé son soutien. Le ministère russe des affaires étrangères a salué "l'arrêt des actions provocatrices, une mesure essentielle en faveur de la baisse des tensions dans la péninsule, à même d’y établir un climat de confiance".

L’euphorie suscitée par cette rencontre, âprement négociée au fil de rencontres à Washington, Singapour ou encore en Corée du Sud, ne laisse pourtant pas de s’interroger sur la suite. Le document final ne mentionne pas l’exigence maintes fois répétée par les Etats-Unis d’une "dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible".

Même si M. Trump affirme que la dénucléarisation aura lieu aussi vite que "mécaniquement, physiquement" possible, il a refusé de fixer une échéance. En conférence de presse de plus d’une heure après la rencontre, alors que M. Kim repartait pour Pyongyang, il a souligné sa conviction que son interlocuteur était sincère et que l’engagement pris ne serait sans lendemain, comme ceux du passé. "Nous entamerons ce processus très rapidement - très, très rapidement – absolument", a-t-il martelé au sujet de la dénucléarisation. Kim Jong-un l’aurait notamment assuré qu’un site d’essais de moteurs de missiles "allait être détruit très bientôt".

La question des droits de l’homme n’apparaît pas non plus dans la déclaration même si Donald Trump assure en avoir parlé.

"Little Rocket man"

Si bien que, comme l’a expliqué le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo, le sommet, pour historique qu’il soit, ne fait qu’inaugurer un processus long, compliqué et risqué.

La réalité pourrait bientôt faire retomber l’euphorie suscitée même si le sommet doit être replacé dans une perspective à plus long terme. En 2017, la Corée du Nord enchaînait les essais de missiles intercontinentaux pouvant atteindre le territoire américain. Elle menait en septembre le sixième et plus puissant de ses essais nucléaires. Les deux pays s’invectivaient et leurs dirigeants se donnaient encore du "Little Rocket man" et du "malade mental". Donald Trump menaçait même du "feu et de la fureur" le régime de Pyongyang. La péninsule redoutait une nouvelle guerre.

Le réchauffement amorcé en janvier par Kim Jong-un, auquel a habilement répondu Moon Jae-in, inlassable intermédiaire entre Pyongyang et Washington, a permis le sommet américano-nord-coréen. Mais le dirigeant sud-coréen ne se laisse pas griser: "Les deux chefs d'Etat ont ouvert une porte mais le processus sera long pour parvenir à une solution complète. Nous ne savons pas combien de temps cela prendra: un an, deux ans ou plus".

En attendant, Kim Jong-un aura réussi à faire de son pays, encore récemment considéré comme un "Etat voyou" et classé par le président américain George Bush (2000-2008) dans son "axe du mal", un Etat quelque peu fréquentable.

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