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Le terme de "crise pandémique" couvre une crise de la faim

Par rapport à ce que l'on aurait observé sans la pandémie, plus de 130 millions de personnes se sont appauvries dans le monde. ©AFP

Les Nations unies estiment que le nombre de personnes menacées par la famine a doublé depuis la pandémie. Une crise de la faim qui paraît semblable à celle de 2007.

"Nous sommes déjà dans une crise alimentaire aujourd'hui que l'on ne nomme pas comme cela, car c'est d'abord vu comme une "crise pandémique"", explique à l'AFP, Sébastien Abis, directeur général du club de réflexion sur l'agriculture Demeter. En termes d'accès à l'alimentation pour tous - à savoir pour les plus fragiles - la crise alimentaire que nous traversons actuellement serait, selon lui, identique à celle de 2007.

À cette époque, la crise était principalement due à la combinaison de la hausse des prix du pétrole, d'une demande accrue de biocarburants et de chocs commerciaux sur le marché alimentaire. La hausse des prix des denrées alimentaires a ensuite donné lieu à des émeutes de la faim. Aujourd’hui, ces émeutes sociales sont de retour dans certains pays. À l'instar du Chili où des milliers d’émeutiers ont affronté la police dans une banlieue de Santiago en mai dernier.

La fermeture de certaines frontières et les mesures d'éloignement social engendrées par la pandémie tarissent le travail (...) laissant des millions de personnes s'inquiéter de savoir comment elles pourront se nourrir.

Une situation alarmante

En juillet 2020, le rapport du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies comptait déjà deux fois plus de personnes touchées par la faim dans le monde que l’année précédente. Au total, 265 millions de personnes souffriront d’insécurité alimentaire à la fin de cette année, ce qui équivaut à 132 millions de plus que 2019.

La fermeture des frontières de certains pays et les mesures d'éloignement social engendrées par la pandémie tarissent le travail et les revenus et risquent de perturber la production agricole et les voies d'approvisionnement, laissant des millions de personnes s'inquiéter de savoir comment elles pourront se nourrir. Selon Sébastien Abis trois raisons majeures expliqueraient l'ampleur de la famine actuelle.

1/ La crise de matières premières

Si les agriculteurs du monde entier ne se sont pas arrêtés durant la crise sanitaire, les productions n'ont pas été aussi bénéfiques que les récoltes de 2018 et 2019. Bien que cela soit dû à des raisons climatiques, le contexte de production agricole était peu favorable au début de la pandémie.

Les prix agricoles ont donc considérablement augmenté cette année, en particulier ceux des produits alimentaires de base. "La Chine, qui a eu une reprise économique plus rapide que prévu, a été le moteur principal de la hausse des prix des matières premières agricole en 2020. D'autant qu'elle a massivement augmenté ses achats de soja et de maïs afin de reconstituer son cheptel porcin, décimé par la fièvre porcine africaine." Mais pas uniquement. L'accès aux matières premières a également été rendues plus complexe par la hausse des prix du fret maritime et du pétrole "ce qui a contribué à l'emballement du cours des matières premières".

La crise vient également d'une réponse fulgurante des pays et des citoyens à l'annonce de la pandémie. Ils sont nombreux à s'être rués vers les stocks pour se ravitailler, ce qui a accentué les tensions sur les prix alimentaires. "Certains pays ou acheteurs privés ont ainsi surstocké au départ des denrées alimentaires." Ce qui a considérablement privé les autres d'un accès à la nourriture.

131
millions €
Une étude du Pew Research Center a recensé l'appauvrissement de quelque 131 millions personnes de plus en 2020.

2/ La paupérisation des consommateurs

"Confinements territoriaux, baisse des revenus et chômage ont accentué la paupérisation des consommateurs. Beaucoup de personnes qui faisaient partie de la classe moyenne dans les pays émergents sont en train de retomber dans la pauvreté."

Selon une étude du Pew Research Center, 803 millions de personnes se sont appauvries en 2020, soit 131 millions de plus que ce que l'on aurait observé sans la pandémie. De plus, sans cette crise sanitaire, 1,38 milliard de personnes devaient faire partie de la classe moyenne mondiale en 2020. Un chiffre qui équivaut à  17,8 % de la population. Cependant, la pandémie a fait chuter ce nombre à 1,32 milliard, soit 17,1 %.

3/ L'accès à la nourriture

"Globalement on produit assez de nourriture pour nourrir la planète. Mais elle ne se trouve pas dans les pays qui en ont le plus besoin. Il faut donc la déplacer de plus en plus pour rapprocher l'offre et la demande. Je suis plus inquiet qu'il y a un an par rapport à l'état de la sécurité alimentaire mondiale."

Avant même que la pandémie ne réduise les revenus et ne perturbe les chaînes d'approvisionnement, la faim dans le monde était en hausse. "Les impacts du Covid-19 ont entraîné une augmentation sévère et généralisée de l'insécurité alimentaire mondiale, affectant les ménages vulnérables dans presque tous les pays, avec des impacts qui devraient se poursuivre jusqu'en 2022" annonce la Banque mondiale.

Le résumé

  • La crise du coronavirus engendre une crise globale de la faim semblable à celle traversée en 2007.
  • Trois facteurs expliquent son ampleur: la crise de matières premières, la paupérisation des consommateurs, un accès à la nourriture complexifié.
  • Des conséquences qui seront encore visibles en 2022.

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