Les 10 économistes les plus influents de l'histoire

John Maynard Keynes est l’économiste le plus influent de l’histoire. Ramené au devant de la scène par la récente crise économique, le père de la macroéconomie devance Adam Smith et Milton Friedman dans notre classement.

La semaine prochaine, les lecteurs de l’Écho pourront se délecter du supplément "L’avenir du capitalisme". Cela dit, pour mieux comprendre cet avenir, il est toujours utile de jeter un regard sur le passé. D’où notre idée d’établir un classement des dix économistes les plus influents de l’histoire. Nous avons invité plusieurs experts de renom à nous livrer leur top dix, que nous avons complété de nos propres conclusions et des résultats du sondage organisé auprès des lecteurs sur notre blog.

1. John Maynard Keynes (1883-1946)

De l’avis des rédacteurs de l’Écho et des économistes contactés par notre équipe, Keynes est le plus grand. Quant aux internautes, ils citent juste avant lui Ludwig von Mises.

"La crise actuelle remet au goût du jour les analyses de Keynes", assure Freddy Van den Spiegel, économiste en chef de BNP Paribas Fortis. "Peu d’économistes ont autant marqué le 20e siècle de leur empreinte", poursuit Peter Vanden Houte d’ING Belgium. Paul De Grauwe, professeur d’économie à la KULeuven, explique ce succès retrouvé: "Keynes est arrivé à la conclusion qu’un libre marché pouvait donner lieu à une grande instabilité et que l’État avait essentiellement pour mission de stabiliser les marchés."

Mais Keynes, c’était bien plus que ça. Avec "The General Theory", il a révolutionné la pensée microéconomique classique relative à la formation des prix sur les marchés individuels et a jeté les bases de la macroéconomie, l’étude de la prospérité au niveau international. Certains estiment que Keynes a sauvé le capitalisme grâce à cette nouvelle science.

2. Adam Smith (1723-1790)

Smith doit sa deuxième place à sa métaphore sur la main invisible: "l’individu est dirigé par une main invisible dont le but diffère de l’intention initiale dudit individu". Autrement dit: lorsque les individus se débrouillent seuls et souhaitent accroître leur patrimoine, ils contribuent pleinement mais de manière inconsciente à la prospérité générale. C’est le fondement du libre marché et du capitalisme.

Mais son "Wealth of Nations" allait bien plus loin aussi… Smith y vantait les mérites de la spécialisation en l’illustrant par le fameux exemple de l’usine à épingles: "Un ouvrier non formé spécifiquement peut fabriquer une épingle par jour", écrivait-il. "Mais si dix ouvriers se spécialisent chacun dans une tâche, ils pourront fabriquer ensemble 2.500 épingles."

3. Milton Friedman (1912-2006)

Ardent défenseur de la liberté économique, Milton Friedman bouleversa à lui seul la pensée économique dominée alors par les disciples de Keynes et conseilla aux banques centrales une méthode de gestion de politique monétaire dans les années 70 et 80.

Ses avis étaient pour le moins tranchés… La Courbe de Phillips, censée démontrer que le chômage pouvait être réduit par l’effet d’un accroissement de l’inflation? "Stupide!"La fonction de consommation keynésienne, qui affirme que les dépenses des particuliers sont fonction de leurs revenus? "Foutaises! Seule l’espérance de revenus sur le très long terme influence la consommation." L’intervention de l’État? "Ridicule! Lorsque l’État souhaite résoudre un problème, la solution est souvent aussi problématique que le problème lui-même!" Friedman ne fut pas le premier à l’affirmer et ne sera probablement pas le dernier.

Même s’il n’a pas inventé la formule "There’s no such thing as a free lunch", il rédigea un ouvrage portant ce titre, qui figure dans notre top100 des sagesses boursières, l’ouvrage que vous recevrez la semaine prochaine avec l’Echo.

4. David Ricardo (1772-1823)

Ricardo était un géant de l’économie, étonnamment cité par un seul blogueur sur 130 interrogés. Classé troisième chez les économistes, il décroche la quatrième place côté rédacteurs.

Fort de son approche déductive typique des questions économiques, il est considéré comme le père de l’économie théorique.

Edwin De Boeck, l’économiste en chef de KBC, note également l’importance de l’équivalence ricardienne.

Ricardo a noté en effet que la dette publique doit tôt ou tard être honorée et constitue à ce titre une forme d’impôt différé. Les ménages épargnent davantage lorsque l’État active des mesures de relance.

Mais si Ricardo figure dans ce top10, c’est grâce à son fameux "avantage comparatif". Depuis Ricardo, la transaction n’est plus par définition avantageuse pour une partie et désavantageuse pour l’autre. Au contraire: les deux parties sont gagnantes à condition de se spécialiser dans l’activité dans laquelle elles sont les plus douées.

5. Karl Marx (1818-1883)

L’influence de Karl Marx sur l’économie est énorme. Nombre de ses analyses sont encore d’actualité, même si Marx s’opposait fermement au concept de libre marché et à la main invisible d’Adam Smith. Ce marché libre contribue, selon lui, à la concentration de pouvoirs et de capitaux, ce qui peut donner lieu au soulèvement du peuple, partant à la destruction du capitalisme.

"À condition de valider la théorie selon laquelle la Bible a plusieurs auteurs, seul Mohammed peut rivaliser avec Marx en termes de disciples convaincus par un auteur isolé", écrivait Galbraith, le plus grand économiste du 20e siècle.

"Et encore! Le nombre de disciples de Marx est bien supérieur à celui du prophète."

6. Joseph Schumpeter (1883-1950)

Cet économiste autrichien est l’auteur d’un concept majeur: la croissance économique repose sur la "destruction créative" de techniques défaillantes à l’avantage de nouveaux secteurs.

Schumpeter fut l’un des premiers à souligner l’importance du rôle des chefs d’entreprises, dont l’esprit d’initiative mène à l’innovation, puis à l’imitation et enfin à l’investissement. L’imitation rend les bénéfices des entreprises temporaires, hormis lorsque ceux-ci peuvent se réinventer.

Schumpeter était un brillant intellectuel mais dans les années 30’, il vécut dans l’ombre de Keynes. C’est ainsi que son ouvrage "Business Cycles", paru en 1939, reçut un accueil très discret.

7. Friedrich von Hayek (1899-1992)

Hayek est l’un des principaux représentants de l’École autrichienne. Il fut un fervent partisan de la théorie du marché libre de Smith et donc âpre opposant du socialisme et de la collectivité selon Marx.

Tout comme Schumpeter, le jeune Hayek dut s’incliner devant la toute-puissance de Keynes. En 1944, il écrivit pourtant le pamphlet "The Road to Serfdom", où il décrivit les avantages de la totale liberté de marché et les dangers inhérents à l’économie planifiée. Keynes lui-même fut impressionné par son approche.

Si dans les années soixante, le keynésianisme fut remis au goût du jour, les théories de Hayek lui volèrent finalement la vedette deux décennies plus tard, grâce au succès de ses partisans de l’époque, Reagan et Thatcher.

8. Alfred Marshall (1842-1924)

Ce géant de l’histoire de l’économie est tombé dans l’oubli à mesure que Keynes, dont il était pourtant le mentor, gagnait en renommée. "Son manuel ‘Principles of Economics’, paru en 1890, marqua la percée de l’économie néoclassique et de la théorie moderne des prix", affirme André Van Poeck, professeur d’économie à l’Université d’Anvers.

Marshall se distinguait des économistes classiques car il soutenait que le prix des marchandises ne dépendait pas uniquement de facteurs de production. On peut donc affirmer qu’il est le père de la loi de l’offre et de la demande. On lui doit aussi les concepts d’élasticité de la demande et d’utilité marginale. Ajoutons que si Keynes est le père de la macroéconomie, Marshall est celui de la microéconomie.

9. Paul Samuelson (1915-2009)

Selon Peter Vanden Houte d’ING Belgique, "Samuelson a accompli un travail déterminant dans les domaines de la macroéconomie, de l’économie internationale, de la théorie des consommateurs, de l’économie de prospérité, de l’économie financière et de la méthodologie d’analyse économique." C’est aussi lui qui signe le manuel économique le plus populaire du 20e siècle, "Economics: an Introductory Analysis".

Samuelson est également l’auteur de sagesses boursières. Convaincu que la Bourse n’anticipe pas l’économie réelle, il déclara: "Wall Street a prévu neuf des cinq dernières récessions."

10. Irving Fisher (1867-1947)

"Time is money": un grand classique économique s’il en est. Chacun sait désormais que la valeur de l’argent peut fluctuer sensiblement avec le temps. Mais combien vaut exactement une consommation ou un investissement différé? Réponse dans "The Theory of Interest", ouvrage déterminant d’Irving Fisher. C’est grâce à lui que nous travaillons tous aujourd’hui sur la base des valeurs actuelles de projets et de prévisions de flux de capitaux futurs. Sa théorie de quantité MV = PT visait à démontrer que l’accroissement de la quantité de capitaux mène à la recrudescence de l’inflation.

Quelques jours avant le krach boursier de 1929, le New York Times relaya son opinion par rapport aux actions, qu’il estimait alors bon marché. C’est sans doute la déclaration la plus malencontreuse de l’histoire financière.

Hors classement

De nombreuses pointures ne figurent pas dans le top 10. William Sharpe, l’homme à l’origine de l’élégant modèle de valorisation des actions CAPM, termine en onzième place, talonné par l’Autrichien Ludwig von Mises, pourtant grand favori de nos internautes.

Dans le top20, on retrouve aussi des noms prestigieux tels que John Kenneth Galbraith, Paul Krugman ou encore James Tobin, mais aussi Raghuram Rajan, Hyman Minsky, Amartya Sen, Andrew Lo et John Forbes Nash.

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