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Les émissions dues aux incendies ont atteint un record mondial en juillet

Les flammes ravagent la bourgade d'Afidnes, au nord d'Athènes, le 6 août. ©EPA

Derrière les images apocalyptiques venues de Méditerranée, de Californie ou de Sibérie, les experts constatent une saison des feux exceptionnelle à l'échelle mondiale, avec des niveaux d'émissions jamais enregistrés.

Les incendies qui sévissent cette année dans le pourtour méditerranéen, l'Amérique du Nord et la Russie orientale ont atteint une ampleur inédite dans l'histoire récente. "Ce qui est vraiment inhabituel cette année, c'est le nombre de régions avec des feux de grande intensité d'émissions qui brûlent pendant une aussi longue période", explique Mark Parrington, chercheur au service de surveillance de l'atmosphère de Copernicus (Cams), qui évalue les émissions de polluants générées par les feux de forêt. Dans le passé, on a vu de grands feux simultanément en Sibérie et en Amérique du Nord, mais pendant une semaine à dix jours tout au plus, poursuit-il: "Ici, le fait qu'on le voie depuis six ou sept semaines est tout à fait inhabituel".

1.260
Millions de tonnes de CO2
En juillet, les émissions mondiales de CO2 dues aux feux de forêt ont atteint un record.

Avec pour conséquence des rejets atmosphériques cumulés inédits. "Le niveau d'émissions totales de carbone estimé pour le mois de juillet est le plus élevé que nous ayons jamais mesuré", rapporte le chercheur, alors que les données de ce type sont collectées depuis 2003. Le Cams estime à 1.260 millions de tonnes (Mt) d'équivalent CO2 les émissions rejetées par les flammes le mois dernier. À comparer avec 800 Mt en juillet 2020, ou avec le précédent record: 1.060 Mt, en 2014.

Risque maximum

Vendredi encore, plusieurs régions de Grèce restaient la proie des flammes, combattues par quelque 450 pompiers et des renforts internationaux. Au nord d'Athènes, la bourgade d'Afidnes a flambé toute la nuit de jeudi à vendredi. Depuis l'île d'Eubée jusqu'au sud du Péloponèse, des milliers d'habitants, de touristes et de demandeurs d'asile ont été évacués. Plusieurs jours de canicule "ont transformé tout le pays en poudrière", alertait jeudi le Premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis, tandis que les Athéniens étaient appelés à se confiner chez eux pour se protéger des fumées toxiques. Outre le gaz carbonique, les feux émettent des particules fines, de l'oxyde d'azote, et on retrouve aussi de l'ozone dans les panaches de fumée – "le danger pour la santé humaine est très élevé", souligne Mark Parrington.

Depuis la fin juillet, 208 feux ont embrasé la Turquie voisine, dont douze étaient encore en cours vendredi, selon les autorités. Bilan provisoire de dix jours de crise: huit morts. Avec plus de 136.000 hectares brûlés depuis le début de l'année, la Turquie a déjà vu partir en fumée trois fois plus de terrain que la moyenne annuelle selon le système européen d'information sur les feux de forêt (Effis). Le pays avait enregistré le 20 juillet un record de température: 49,1°C dans le sud-est du pays.

"Dans la république russe de Sakha, les émissions totales entre début juin et début août dépassent déjà le record annuel d'émissions dans la région."
Mark Parrington
Senior scientist, Cams

La saison des feux n'est pas terminée et le risque de nouveaux embrasements reste très élevé. Selon le système européen de surveillance satellitaire Copernicus, la région méditerranéenne est devenue cette année un "hotspot de feux de forêt". Le service d'analyse européen fournit des cartes de risques d'incendies, s'appuyant sur les prévisions de températures de surface, de vitesses des vents, de chutes de pluie et d'humidité du sol notamment. Alors que les émissions et l'intensité des feux de forêt augmentent rapidement, des pays comme le Maroc, l'Albanie, la Macédoine du Nord et le Liban sont aussi affectés, a averti le service d'étude, selon lequel le mois de juillet aura d'ailleurs été le plus chaud en Europe depuis 1991. Et on le voit depuis de longues semaines, tout l'hémisphère Nord est concerné.

Record annuel déjà atteint

Ciel rouge, fumées denses: dans la ville russe de Mirny, les avions ont été cloués au sol cette semaine en raison des fumées d'incendies qui balayent la Sibérie. "Dans la république russe de Sakha, les émissions totales entre début juin et début août dépassent déjà le record annuel d’émissions dans la région, alors qu'on n'est environ qu'aux deux tiers de la saison des incendies", reprend Mark Parrington.

Pendant ce temps, la Californie continue d'être ravagée par le "Dixie Fire", qui a notamment rayé de la carte le bourg de Greenville, 800 habitants, dans la nuit de mercredi à jeudi. Le feu, alimenté par des vents continus, a parcouru plus de 110.000 hectares. "En Amérique du Nord, la Californie, l'Oregon, la Colombie-Britannique, ont connu le mois dernier les émissions de feux de forêt les plus importantes mesurées en un mois de juillet depuis deux décennies", indique encore le chercheur du Cams.

Dès début juillet, les experts du World Weather Attribution avaient établi que les chaleurs extrêmes qui frappaient le nord-ouest du continent américain étaient pratiquement impossibles sans changement climatique d'origine humaine.

Le résumé

  • Les incendies qui frappent l'hémisphère Nord ont provoqué un record d'émissions au mois de juillet, rejetant 1.260 millions de tonnes de CO2.
  • En Europe, la Grèce et la Turquie sont ravagées par les flammes, mais le service européen de prévention avertit: le risque reste très élevé pour les autres pays du pourtour méditerranéen.
  • La faute aux records de chaleur, combinés à la sécheresse. Indubitablement liés, au moins dans le cas nord-américain, au réchauffement climatique provoqué par l'activité humaine.

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