Les enjeux d'une COP25 au chevet de l'ambition climatique

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La 25e conférence climatique de l’ONU s’ouvre lundi à Madrid dans un climat d’instabilité du système international. Les négociateurs n’ont pas grand espoir d’aboutir cette fois sur le principal point sur lequel achoppent leurs discussions: les règles des marchés carbone.

La conférence climatique de Madrid, la COP25, s’ouvre ce lundi dans un climat tendu. À trois jours de l’ouverture de la conférence, la ministre espagnole de la Transition, Teresa Ribera, a mis en cause "l’attitude absolument irresponsable de l’administration Trump", qui a officialisé au début du mois son intention de se retirer de l’Accord de Paris, adopté en 2015 par 197 pays. Alors que les tensions commerciales et géopolitiques entre les États-Unis et la Chine déstabilisent l’ordre international dans un contexte de montée des populismes, la Conférence du climat est l’une des enceintes mondiales où se va se prendre le pouls d’un multilatéralisme en crise.

"Le risque, c’est qu’au lieu que le marché du carbone permette d’inciter à l’ambition, on en fasse quelque chose qui, au contraire, détruit l’ambition."
Peter Wittoeck Directeur, SPF Santé

Les négociateurs poursuivront leurs discussions sur la traduction de l’Accord de Paris en règles d’application – le "rulebook". Leurs débats seront influencés par un contexte et des discussions parallèles sur le niveau d’ambition des États, tant en termes de réduction d’émissions que de soutien financier aux pays vulnérables et en développement. C’est à l’aune des signaux envoyés sur tous ces curseurs que l’on dressera le bilan politique d’une telle conférence, qui doit se terminer le 13 décembre.

Mais le cœur de la négociation technique portera sur les marchés carbones – la traduction concrète de l’article 6 de l’accord de Paris. Il s’agit de définir la manière dont les États, leurs entreprises, pourront à l’avenir réduire leurs émissions par des mécanismes de marché – en achetant des certificats de réduction de CO2 à l’étranger.

Marchés en danger

Dans le cadre du protocole de Kyoto, des "mécanismes de flexibilité", mécanismes de marché, sont prévus pour aider les pays industrialisés à atteindre leurs objectifs de réduction d’émissions en achetant des tonnes d’émissions de CO2 évitées ailleurs dans le monde. L’efficacité de tels mécanismes est mise en cause, et il s’agit d’élaborer un système effectif dans le cadre de l’accord de Paris. "Les problèmes apparus sous le protocole de Kyoto n’ont pas disparus, et bien d’autres problèmes potentiels se rajoutent en raison des positions que prennent certains pays", explique Peter Wittoeck, directeur Climat au SPF Santé et négociateur pour la Belgique.

Va-t-on transvaser les défauts de construction des mécanismes de développement propres de l’accord de Kyoto dans le système de l’accord de Paris? Va-t-on autoriser des "doubles comptages", permettant à des États de comptabiliser des réductions d’émissions pourtant vendues sous forme de crédits à d’autres? "Le risque, c’est qu’au lieu que le marché du carbone permette d’inciter à l’ambition, on en fasse quelque chose qui au contraire détruit l’ambition de l’accord de Paris. Mais si c’est bien fait, si la comptabilité est bonne et combinée à un prix carbone qui soit un incitant, ça peut être très efficace", souligne encore Peter Wittoeck. Qui espère un accord dans les grandes lignes à Madrid mais estime qu’une année supplémentaire ne sera pas de trop pour conclure les détails à la COP26 de Glasgow.

Étape pour l’ambition

L’Union européenne pourrait clarifier son ambition à long terme en cours de COP, puisque le Conseil européen du 12 décembre cherchera à aller au-delà de ses conclusions de juin.

Les Nations unies constatent que, loin de diminuer, les émissions mondiales poursuivent leur accélération. Et si tous les États respectent les engagements pris individuellement dans le cadre de l’accord de Paris, le réchauffement planétaire atteindrait 3,2°C, loin de l’objectif collectif de le limiter à 2°C et de poursuivre l’effort vers 1,5°C. L’ONU demande donc à chaque État de communiquer en 2020 un rehaussement de ses ambitions, de sorte à adopter une trajectoire compatible à l’objectif de Paris.

L’Union européenne pourrait clarifier son ambition à long terme en cours de COP, puisque le Conseil européen du 12 décembre cherchera à aller au-delà de ses conclusions de juin, où il n’avait pu s’accorder que sur une note de bas de page indiquant qu’"une large majorité d’États membres estiment que la neutralité climatique doit être réalisée d’ici à 2050".

En amont et en dehors de l’enceinte de la COP, ce rendez-vous annuel est l’occasion de mobilisations populaires en faveur d’une action climatique plus ambitieuse.

Vendredi, quelque 630.000 personnes ont manifesté à travers l’Allemagne, selon le mouvement "Fridays for Future" inspiré par la grève scolaire de la Suédoise Greta Tunberg, qui doit prochainement rejoindre la conférence. Des manifestations de moindre importance ont eu lieu ailleurs en Europe, de Londres à Varsovie en passant bien sûr par Madrid.

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