Les milliards de Jeff contre les dérives de Bezos

L’homme le plus riche du monde a annoncé 10 milliards de donations pour lutter contre le réchauffement climatique, alors que son entreprise est critiquée pour sa lourde empreinte environnementale.

C’est une révolution dans le monde ouaté de la philanthropie américaine. Jeff Bezos, le patron d’Amazon, a annoncé lundi la création d’un fonds pour la Terre (Bezos Earth Fund) qui "financera des scientifiques, des activistes, des ONG" et plus largement tout effort contribuant à préserver la nature. L’Américain a annoncé une mise de 10 milliards "pour commencer", soit 7,7% de sa fortune actuelle, bâtie sur un commerce en ligne d’autant plus lucratif qu’il profite de règles fiscales inadaptées à l'économie numérique.

60 "maisons"

Les 10 milliards de dollars que Jeff Bezos annonce en faveur du climat représentent environ 60 fois le montant que le milliardaire s'apprête à débourser, selon le New York Times, pour un hôtel particulier à Beverly Hills, une "maison" à 165 millions de dollars.

Ce faisant, Bezos donne un coup d’accélérateur inédit à la philanthropie climatique, alors que les dons cumulés pour des activités liées au climat aux États-Unis atteignent environ 500 millions de dollars par an. Dans un bref message sur son compte Instagram, Bezos a indiqué qu’il entendait utiliser cet argent pour "amplifier les moyens connus et explorer de nouveaux moyens de combattre l'impact dévastateur du changement climatique".

Contradictions

Pour louable qu’il soit, le geste de Bezos n’efface pas les critiques des défenseurs de l’environnement à l’encontre de ses activités. "Pourquoi Bezos ne commence-t-il pas par nettoyer sa propre maison?", a ainsi réagi Greenpeace à l’annonce de la création du fonds. Amazon s'appuie sur un réseau logistique de transport routier dantesque pour assurer des livraisons toujours plus rapides, et pousse à une surconsommation intrinsèquement polluante. Le groupe tire aussi une large partie de ses profits de produits dématérialisés (musique, films) stockés sur des serveurs très énergivores.

Jeff Bezos ne s'inscrivait pas jusqu'ici dans la tradition américaine des grands milliardaires philanthropes. Il a ainsi été critiqué pour ne pas avoir signé le "Giving Pledge", par lequel de riches Américains comme Bill Gates, Richard Branson ou Warren Buffett ont promis de consacrer de leur vivant la moitié au moins de leur richesse à "redonner".

Ses propres employés reprochent aussi à l’entreprise de fournir des services de cloud computing aux industries du pétrole et du gaz pour la recherche de nouveaux gisements. Réponse d’Amazon : "L'industrie énergétique doit avoir accès aux mêmes technologies que les autres industries."

Mais le groupe a entrepris de regarder son bilan en face. En septembre dernier, il a publié pour la première fois son empreinte carbone : 44,4 millions de tonnes de CO2 d’émissions directes. Soit 600.000 camions citernes d'essence, ou près de la moitié des émissions de la Belgique.

Menaces contre ses employés

En janvier, des employés d'Amazon qui appelaient publiquement le groupe à s'engager davantage dans la lutte contre le réchauffement se sont vu signifier par le département des RH qu'ils pourraient être licenciés s'ils continuaient, a révélé le quotidien The Guardian.

Bezos avait alors promis que son entreprise atteindrait la neutralité carbone pour 2040 et, joignant le geste à la parole, il avait annoncé une commande de 100.000 camions électriques à une entreprise dans laquelle elle avait investi. Insuffisant pour certains employés du groupe, qui font pression depuis un an pour que leur entreprise aille plus loin.

Bezos a annoncé qu’il commencerait à ouvrir son enveloppe climatique cet été. Sans préciser à quelle échéance il comptait la vider, ni dans quelles technologies il pourrait investir – une question qui pèse son pesant de CO2 quand on sait que le fondateur de la société spatiale Blue Origin considère la conquête spatiale comme une manière de préserver la planète.

Profil

1964 - naissance à Albuquerque, Nouveau-Mexique.
1986 - diplômé en informatique (Princeton).
1994 - fonde Amazon, qui ouvre son premier site un an plus tard.
2000 - lance Blue Origin, société de voyages spaciaux.
2013 - achète le Washington Post.
2015 - premiers vols d'essai de son entreprise spaciale, Blue Origin
2017 - devient la personne la plus riche au monde.
2020 - Annonce la création d'un fonds de 10 milliards de dollars de dons pour le climat

En attendant les réponses, le rang du grand patron dans la galaxie des super-milliardaires reste assuré: même s'il déboursait ses 10 milliards du jour au lendemain, il resterait l'homme le plus riche au monde.

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