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Les négociations du Brexit bloquées sur la question de la pêche

Michel Barnier, le négociateur en chef de l'UE. ©EPA

Des négociations secrètes ont fait naître un espoir d'accord commercial entre le Royaume-Uni et l'UE. Mais les espoirs ont été douchés par les ambassadeurs européens.

À huit jours de la sortie effective du Royaume-Uni de l'Union européenne (UE), aucun accord n'est en vue sur la relation future entre les deux zones. Après plusieurs mois de négociations, Londres et Bruxelles ne sont toujours pas parvenus à conclure un traité commercial. Les pourparlers ont bien avancé sur les principaux points de blocage, comme la préservation d'une concurrence équitable sur les deux marchés, mais une question épineuse reste irrésolue, la pêche.

650
millions d'euros
Les pêcheurs européens prélèvent des poissons dans les eaux britanniques pour une valeur annuelle de 650 millions d'euros.

Plusieurs États de l'Union – France, Belgique, Pays-Bas, Irlande, Espagne, Suède, Danemark et Allemagne – tirent d'importants revenus de la pêche dans les eaux poissonneuses britanniques. Au total, la valeur annuelle de ces ressources halieutiques avoisine les 650 millions d'euros. L'Europe conditionne l'ouverture de son marché intérieur aux entreprises britanniques, sans quotas ni droits de douane, au maintien d'un accès à ses eaux territoriales. Mais Londres veut imposer aux pêcheurs européens une réduction de 80% de leurs quotas de pêche. Une condition inacceptable pour Bruxelles.

Les négociations sont également compliquées par la manière dont la situation sera réglée après la période d'adaptation. Le Royaume-Uni pourrait restreindre davantage l'accès à ses eaux territoriales, ce qui provoquerait une nouvelle crise avec l'UE.

Pourparlers secrets

Lundi et mardi, la situation semblait se débloquer. Des entretiens secrets, révélés par le média Politico, ont eu lieu entre la présidente de la Commission Ursula von der Leyen et le Premier ministre britannique Boris Johnson. Selon plusieurs sources diplomatiques, les deux dirigeants auraient discuté d'une proposition du Royaume-Uni de réduire les quotas européens de 30% sur une période de cinq ans. L'UE aurait refusé, et proposé de réduire les quotas de 25% sur une période de 6 ans. Ce projet d'accord, sans engagement ferme, a été éventé par le Financial Times.

Comme souvent, ce qui est gagné en communication est perdu en négociation. Les entretiens secrets, une fois sur la place publique, ont été torpillés. Côté britannique, la proposition de Boris Johnson est jugée trop généreuse, même si une grande partie des Tories sont prêts à suivre le Premier ministre.

Mardi, les ambassadeurs des 27 États membres ont rejeté la proposition britannique, après avoir été informés par Michel Barnier, le négociateur en chef de l'UE.

L'horloge tourne

Le temps commence à manquer pour les négociateurs, alors que les parlements européen et nationaux doivent encore ratifier un éventuel accord, ce qui paraît inconcevable en quelques jours. Le Parlement européen avait exigé un accord pour le dimanche 20 décembre, mais il n'a pas été entendu.

Certains diplomates évoquaient une nouvelle date limite, le 23 décembre. Mais en l'état, évoquer un ultimatum devient de plus en plus aléatoire.

40
milliards de livres sterling
L'absence d'accord commercial coûterait 40 milliards de livres sterling au Royaume-Uni.

Si l'UE et le Royaume-Uni parviennent à un accord juste avant la fin de l'année, le processus de ratification ne pourra avoir lieu en temps voulu. Durant cette période, les relations commerciales entre les deux zones seront déterminées par les règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

L'absence d'accord place le Premier ministre britannique dans une position inconfortable. Un "no deal" pourrait entraîner la destruction de 300.000 emplois au Royaume-Uni et une perte de 40 milliards de livres sterling alors qu'une hausse ou une réduction des quotas de pêche de 5 points de pourcentage n’entraînerait qu'une variation de 30 millions d'euros.

À cette heure, les négociateurs semblaient davantage préoccupés par la manière de reporter sur l'autre camp la responsabilité d'un échec.

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