Les organisations de Navalny jugées extrémistes, l'Europe fustige Moscou

Depuis sa prison, l'opposant russe Alexeï Navalny a aussitôt fait savoir sur Instagram qu'il "ne reculera pas". ©REUTERS

La justice russe a désigné comme "extrémistes" les organisations de l'opposant emprisonné Alexeï Navalny, ouvrant la voie à une répression accrue de ses partisans.

Alors que le leader de l'opposition au Kremlin Alexeï Navalny purge une peine de deux ans et demi de prison pour une affaire de fraude qu'il juge politique, ses organisations anti-corruption ont été jugées extrémistes par la justice russe.

À quelques mois des législatives de septembre, un tribunal de Moscou a ordonné la liquidation du Fonds de lutte contre la corruption (FBK), connu pour ses enquêtes retentissantes sur le train de vie et les malversations des élites russes, et ses bureaux régionaux, qui s'occupent d'organiser les manifestations et des campagnes électorales.

"Lors de la dernière audience, toutes les requêtes de la défense ont été rejetées et aucune preuve suffisante de culpabilité n'a été présentée."
Les avocats de FBK

"Il a été reconnu que ces organisations non seulement diffusaient volontairement des informations incitant à la haine et à l'hostilité envers les représentants du pouvoir, mais commettaient également des crimes et délits extrémistes", a déclaré aux journalistes un représentant du Parquet, Alexeï Jafiarov, après l'annonce de la décision.

Les élections dans la ligne de mire

Les avocats du FBK, qui ont l'intention de faire appel de la décision, ont dénoncé "un procès à huis clos avec certains documents classés secrets. Lors de la dernière audience, toutes les requêtes de la défense ont été rejetées et aucune preuve suffisante de culpabilité n'a été présentée", ont-ils estimé.

L'issue de cette procédure laissait peu de doutes, le réseau de bureaux régionaux d'Alexeï Navalny ayant déjà été classé, fin avril, dans la liste des organisations "extrémistes" du service de surveillance financière. En conséquence, le réseau avait procédé à son auto-dissolution pour éviter des poursuites à ses membres.

"On ne reculera pas devant nos objectifs et nos idées. C'est notre pays et nous n'en avons pas d'autre."
Alexeï Navalny
Leader de l'opposition russe emprisonné

Les collaborateurs de formations jugées "extrémistes" risquent de lourdes peines de prison en Russie. Ils ont été privés de participation aux élections suite à une loi promulguée, la semaine dernière, par le président Vladimir Poutine.

Pour l'opposition, ce texte vise à neutraliser les candidats dangereux pour le pouvoir avant les législatives de septembre, qui s'annoncent délicates pour le parti du Kremlin. Russie Unie se montre, en effet, en recul dans les sondages dans un contexte de stagnation économique.

Continuer la lutte

Le jugement de mercredi intervient après des mois de répression ayant visé l'opposition russe, marquée par l'envoi d'Alexeï Navalny, 45 ans, en colonie pénitentiaire, l'exil de plusieurs cadres de son mouvement, mais aussi des mesures ciblant la presse indépendante et d'autres voix critiques.

Depuis sa prison, Alexeï Navalny a aussitôt fait savoir sur Instagram qu'il "ne reculera pas". Il a appelé ses partisans à continuer à le soutenir, et à se rallier aux consignes de vote de son équipe pour les élections législatives de l'automne. "On se débrouillera, on évoluera, on s'adaptera. Mais on ne reculera pas devant nos objectifs et nos idées. C'est notre pays et nous n'en avons pas d'autre", lisait-on encore dans son message.

"L'Union européenne dénonce la volonté délibérée du gouvernement de mettre fin à l'influence du réseau politique de M. Navalny avant les élections à la Douma en septembre."
Josep Borrell
Chef de la diplomatie européenne

L'UE condamne

L'Union européenne (UE) n'a pas tardé à condamner ce jugement, estimant qu'il s'agit d'une "décision infondée". "L'Union dénonce la volonté délibérée du gouvernement de supprimer l'opposition indépendante et de mettre fin à l'influence du réseau politique de M. Navalny avant les élections à la Douma en septembre", selon un communiqué du chef de la diplomatie de l'UE, Josep Borrell.

Cette décision confirme la politique de "répression systématique des droits humains et des libertés qui sont garantis par la constitution russe", souligne Josep Borrell. Il appelle Moscou à "respecter" ses engagements internationaux, notamment vis-à-vis du Conseil de l'Europe et de l'OSCE. L'UE demande une nouvelle fois la libération "immédiate et inconditionnelle" du principal opposant au Kremlin.

D'autres opposants visés

La répression de l'opposition en Russie a visé, ces derniers mois, non seulement le mouvement de Navalny, mais aussi d'autres détracteurs du Kremlin, tel Andreï Pivovarov, arrêté pour avoir collaboré avec l'organisation Open Russia ("Russie Ouverte") de l'ex-oligarque en exil Mikhaïl Khodorkovski, jugée "indésirable".

Autre figure de la contestation inquiétée par la justice: Dmitri Goudkov, un libéral qui prévoyait de se présenter aux législatives. Après avoir été arrêté, puis relâché, il a finalement décidé de fuir en Ukraine.

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