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Les paramètres vitaux de la planète s’enfoncent dans le rouge

Élevage de bœufs à Durango, au Mexique. La population mondiale de ruminants d'élevage a dépassé celles d'humains et d'animaux sauvages réunies. ©ZUMAPRESS.com

Ces deux dernières années, dix-huit indicateurs clés de la dégradation des équilibres planétaires ont atteint des records historiques, selon un nouvel appel au sursaut soutenu par près de 13.000 scientifiques.

Le monitoring de la Terre continue de s’affoler. Alors que les catastrophes naturelles se succèdent à une vitesse et avec une intensité alarmante et que des records de températures se multiplient, des scientifiques font le point. Sur 31 "signes vitaux planétaires", 18 se sont dégradés jusqu'à atteindre de nouveaux records historiques ces deux dernières années, souligne un groupe de chercheurs conduit par l'écologue William Ripple (Oregon State University) dans un article publié mercredi dans la revue scientifique BioScience. Il s'agit de la mise à jour de "l'Avertissement des scientifiques mondiaux d'une urgence climatique", publié en 2019 et signé par plus de 11.000 scientifiques de 153 pays, qui appelaient solennellement à un "changement transformateur" de l’activité humaine.

Trompe-l’œil

Depuis ce cri d’alarme, la concentration de gaz carbonique dans l'atmosphère poursuit sa progression, tandis que la pression humaine sur le système terre continue de s’intensifier. Prenez la production de viande : le nombre de têtes de bétail a franchi la barre des 4 milliards - totalisant pour la première fois une masse supérieure à celle de l'ensemble des humains et animaux sauvages réunis. Prenez le "poumon de la planète". En 2019 et 2020, le taux de destruction de la forêt primaire d'Amazonie a atteint un niveau qui n'avait plus été observé depuis une décennie, avec 1,11 million d'hectares détruits. Elle était un puits carbone, elle est devenue une source nette d'émissions

Des signes encourageants, il y en a, mais ils sont souvent en trompe-l’œil. Si la consommation de viande par habitant a diminué de 5,7% entre 2018 et 2020, ce n'est pas tant en raison d'une popularité croissante des substituts à la viande qu'en raison d'un événement ponctuel : une épidémie de peste porcine en Chine. Et si les subsides aux énergies fossiles ont chuté de 42% en 2020 sur un an, c'est probablement en raison de la baisse de demande liée à la pandémie.

Quant au fait que la part des émissions couvertes par des systèmes de tarification carbone a bondi de 14,4% à 23,3% depuis 2018, il reste largement inefficace avec un prix de la tonne à 15 dollars environ, qui "devrait être multiplié plusieurs fois pour être hautement efficace pour freiner l'utilisation d'énergies fossiles", soulignent les chercheurs.

"Il existe des preuves croissantes que nous approchons ou avons déjà franchi des points de basculement associés à des parties critiques du système Terre."
William J. Ripple et al.

Points de non-retour

Derrière cette photographie de la situation, les scientifiques avertissent sur les risques d’accélération brutale de la dynamique. "Il existe des preuves croissantes que nous approchons ou avons déjà franchi des points de basculement associés à des parties critiques du système Terre", écrivent-ils. Des points de non-retour aussi difficile à anticiper avec précision que dangereux : même si l'action climatique permettait de revenir à des températures clémentes, elle ne suffirait pas à en renverser leurs effets.

"Au-dessus de 2°C par exemple, la calotte glaciaire du Groenland fondrait tellement que son niveau diminuerait jusqu'à une altitude trop basse, donc trop chaude, pour qu'elle  puisse se régénérer, ce qui à terme pourrait entraîner une montée des eaux de 7 mètres", explique Xavier Fettweis, climatologue à l'ULiège. Qui se montre prudent sur l'idée qu'un franchissement de points de non-retour puisse déjà avoir eu lieu : dans cet exemple, atteindre 2°C ne signifierait pas forcément que le point de non-retour est franchi, puisqu'il ne serait pas exclu que l'on parvienne à revenir à des moyennes de températures inférieures à temps pour permettre une régénération de la calotte, souligne le maître de conférences.

"Au-dessus de 2°C, la calotte glaciaire du Groenland fondrait tellement que son niveau diminuerait jusqu'à une altitude trop basse pour qu'elle puisse se régénérer (...)."
Xavier Fettweis
Climatologue, ULiège

Globalement, le règne du "business as usual" se poursuit, déplorent les auteurs de "l'avertissement", soulignant que "même une baisse colossale du transport et de la consommation ne suffit pas", en référence aux effets de la crise pandémique. Comme en 2019, les scientifiques appellent à un changement radical de direction dans des domaines allant de l’élimination des énergies fossiles à l'abandon d’un système économique centré sur la surconsommation, en passant par la généralisation de régimes alimentaires essentiellement végétaux et la stabilisation, puis la réduction de la population humaine. Ils appellent aussi à mettre en place un prix du carbone significatif, aller vers une interdiction des combustibles fossiles, et développer des puits carbone protégés.

Le résumé

  • La situation climatique va continuer de se dégrader en l'absence d'un "changement transformateur" des activités humaines, soulignent près de 13.000 scientifiques dans la mise à jour d'un "avertissement" solennel lancé en 2019.
  • Sur 31 "paramètres planétaires vitaux" étudiés, 18 se sont dégradés depuis jusqu'à atteindre des records historiques.
  • Les auteurs de ce nouveau cri d'alarme craignent que des points de basculement irréversibles aient déjà été atteints.

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