"Les risques liés aux chocs économiques seront moins grands en 2013"

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La Banque mondiale a publié des perspectives de croissance mondiale revues à la baisse ce mercredi. Interview avec l'auteur principal du rapport, l'économiste Andrew Burns.

En juin dernier, vous prévoyiez encore 3 % de croissance pour l’économie mondiale en 2013, vous l’avez réduite à 2,3 %. Qu’est-ce qui a changé depuis lors ?
Les changements sont le reflet de ce qui s’est déjà passé avec des tensions en mai et juin en Europe et une croissance moins forte en automne que nos attentes aux États-Unis en partie à cause des craintes sur le mur fiscal. Aux États-Unis, on a eu seulement 1,8 % d’investissements au troisième trimestre contre les 3,5 % que l’on attendait. L’impact a été mondial. On lie par exemple la faible production industrielle allemande au même trimestre à ce manque d’investissements américains. Un autre facteur qui a joué, ce sont les tensions entre le Japon et la Chine, les exportations du Japon vers la Chine ont chuté de 17 % entre juin et novembre. Un manque à gagner important pour l’économie japonaise et qui a des retombées à l’international. On est toujours dans une période de faiblesse avec la contraction fiscale qui devrait ralentir l’économie américaine en 2013. Par contre, on s’attend à une augmentation du rythme de croissance en Europe même si au total, ce sera encore négatif, en partie parce que les acquis de croissance de 2012 sont négatifs et pèseront sur la croissance annuelle même si la croissance trimestrielle devrait être positive au cours de l’année.


Vous évoquez ces nombreux problèmes internationaux pour la croissance. Est-ce que finalement ce qui a vraiment changé ces derniers mois, c’est que l’Europe n’est plus le problème central de l’économie internationale?

Je dirais ça autrement. Les risques sont plus ou moins les mêmes, y compris sur l’Europe, avec les perspectives fiscales au Japon et aux États-Unis et un risque nouveau sur le taux d’investissement en Chine. Ce qui est important c’est que l’ampleur potentielle de ces risques a diminué. Si les tensions reviennent en Europe, on pense que les impacts économiques seraient moindres grâce à tout ce qui a été entrepris en Europe.


Grâce à l’action de la BCE?

Il y a l’action de la BCE, il  y a également les efforts budgétaires au niveau des États en tant que tels, la question de la réglementation paneuropéenne sur les banques et l’assistance mutuelle.


Concernant l'Europe, on a beaucoup critiqué l’austérité qui mènerait a de la décroissance. Est-ce que c’est un avis que vous partagez à la banque mondiale ?

La question pour nous c’est qu’il n’y avait pas vraiment de choix. Les marchés ne voulaient plus prêter à certains pays et à partir de ce moment-là, il a fallu couper dans les dépenses. Est-ce que ça a un impact négatif sur la croissance ? Absolument ! La question c’est de savoir si cette douleur à court terme mènera à une santé économique plus forte à long terme. Notre constat c’est oui et nous pesons que l’Europe entame cette deuxième partie du processus.


Comment cette crise a-t-elle impacté les pays émergents ?

L’impact le plus clair ce sont ces 5,1 % de croissance en 2012, le taux le plus bas en 10 ans qui est un reflet de la faible croissance en Europe et aux États-Unis. On pense que cette croissance va s’améliorer l’année prochaine à 5,7 % puis à 5,8 % en 2015.  Ça reste des bons scores, car par exemple dans les années 90, la moyenne c’était 3,5 % dans les pays en développement. Même dans une situation internationale difficile, ils font aujourd’hui 5,5 %, c’est très bien. Il y a cependant une impatience dans ces pays qui veulent faire mieux ce qui est compréhensible et justifiable. Mais, nous leur conseillons de ne pas jouer sur une politiqué expansionniste axée sur la demande, mais plutôt de travailler du côté de l’offre, sur les réformes structurelles, les investissements dans les infrastructures, la santé et dans l’éducation. Ce sont ce genre de réformes qui explique le mieux l’accélération dans les pays en développement et qui permet à la croissance de durer.

Quel est le risque s’ils regardent trop du côté de la demande ? Les pays en développement ont plus ou moins complètement rebondi de la crise et opèrent à pleine capacité. Si on ne fait que regarder la demande, on ne fait qu’augmenter les pressions inflationnistes, créer des problèmes chez les concurrents, etc. La solution ce n’est pas de se résigner à avoir une croissance de X, c’est de faire des réformes qui permettront d'accroître plus rapidement leur offre et leur productivité.


C’est un aspect qui est de politique de long terme contre le court terme ?

Depuis la crise, tout le monde est dans une phase réactive. Avec la peur d’une grande récession, on a focalisé l’attention vers la politique à court terme. À la Banque mondiale, on juge qu’il est temps de rediriger le cap vers le plus long terme.


Comment se fait-il aujourd’hui que l’un des gros dangers pour l’économie mondiale se situe au niveau du budget américain ?

Le problème aux États-Unis c’est la difficulté de mettre en place un chemin vers une fiscalité soutenable à moyen terme couplée avec la difficulté du plafond fiscal qui revient tous les quelques mois. Il crée une tension que l’on appelle aux États-Unis le "brinkmanship" (stratégie du bord de l’abyme). C’est comme deux voitures qui foncent l’une vers l’autre et on espère que l’autre dévie en premier. Le troisième trimestre a eu des impacts très forts au niveau mondial. Nous avons donc simulé un scénario où ça se passe mal avec des confrontations répétées aux États-Unis sur le plafond de la dette. En conséquence, les agences de notations décideraient de baisser la notation du dollar avec des conséquences négatives sur les échanges commerciaux internationaux, la confiance, l’épargne dans le monde et un ralentissement des investissements. Ce scénario créerait une réduction de croissance d’environ 1 % au niveau mondial.


C’est l’un des sujets les plus sensibles pour l’économie mondiale cette année ?

C’est un risque qui, comme le risque européen, par sa taille est important même s’il n’est pas très probable qu’il se réalise. Le but de faire ces simulations c’est de voir où sont les vulnérabilités et si elles se produisent de pouvoir isoler leurs conséquences.


Vous pointez également dans votre rapport une reprise sur les marchés européens qui ne s’est pas traduite par une reprise dans l’économie réelle. Ça ne risque-t-il pas de créer des déséquilibres et le cas échéant des bulles sur les marchés ?
Dans nos prévisions, la réaction de l’économie réelle sera présente avec une reprise de la croissance et de la confiance. Mais c’est vrai que si ça traîne trop longtemps, les anticipations d’amélioration réalisées sur les marchés financiers vont être renversées.


Les affaires reprennent, c'est le message ?

C’est notre scénario de base, mais les risques subsistent. Le positif c’est ce qui se passe en Afrique. Sans l’Afrique du Sud, ce continent a fait 5,8 % de croissance, ça devrait être encore mieux dans le futur, un bon tiers des pays africains ont plus de 6 % de croissance. L’investissement vers ces pays s’est aussi fort accéléré. Il était de 15 % du PIB en 2000, il est de 22 % aujourd’hui. L’investissement direct étranger y a même augmenté l’année passée alors qu’il a diminué partout ailleurs dans le monde. L’autre point intéressant c’est qu’on a passé un seuil symbolique au niveau du commerce mondial. L’année passée, les échanges entre pays en développement ont dépassé ceux des pays en développement avec les pays riches. C’est un reflet du fait que la croissance des pays en développement est de plus en plus autonome.


Et donc l'avènement de marchés internes dans les pays plus pauvres comme l'Afrique ?

En Afrique, on a une force de la croissance intérieure qui est réelle. Les hausses d’investissements sont en partie dues à un marché interne plus robuste avec l’émergence d’une classe moyenne qui s’installe et qui crée des nouvelles activités. Ce qui soutient la croissance.


En guise de conclusion, malgré vos prévisions de croissance mondiales qui sont plus basses, peut-on être davantage positif ?

Les risques étaient beaucoup plus biaisés vers le bas et maintenant, on commence à voir le bout du tunnel, on en sort même.

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