Les tensions commerciales vont encore peser sur la croissance

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L’OCDE prédit un nouveau ralentissement de la croissance économique mondiale. La Belgique n'échappera pas à la tendance, même si la consommation des ménages devrait compenser les pertes encaissées sur les marchés à l’exportation. Le déficit budgétaire sera à surveiller.

La croissance de l’économie mondiale continuera de ralentir cette année, minée par les tensions commerciales, principalement entre les Etats-Unis et la Chine. Les nouvelles prévisions de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) annoncent une croissance de 3,2% en 2019, suivie d’une légère accélération à 3,4% en 2020. Ce sont des valeurs largement inférieures à la moyenne de ces dernières années.

Les économies les plus touchées par la guerre commerciale sont l’Allemagne et le Japon, dont la croissance tombera sous la barre de 1% cette année.

De plus, dix ans après la crise économique et financière, l’économie mondiale demeure fragile, car fortement tributaire des politiques de soutien apportées par les banques centrales qui ont gonflé leurs bilans à des niveaux jamais atteints auparavant.

Pour la zone euro, l’OCDE table sur 1,2% de croissance cette année alors que les Etats-Unis pourront encore se prévaloir de 2,8%. Cet écart va se résorber en partie en 2020 avec 1,4% de croissance dans la zone euro et 2,3% aux Etats-Unis.

Les économies les plus touchées par la guerre commerciale sont l’Allemagne et le Japon, dont la croissance tombera sous la barre de 1% cette année. Ces deux pays sont très dépendants de leur industrie manufacturière et des exportations. Les économies davantage tertiarisées (services) seront en revanche moins exposées, car elles peuvent davantage compter sur leur marché domestique. "Mais il y a peu de chance que le découplage entre services et industrie puisse indéfiniment se maintenir", prévient Laurence Boone, économiste en chef de l’OCDE.

Dans un contexte international aussi tendu, la consommation des ménages sera le principal moteur de la croissance, soutenu par le faible taux de chômage.

Ralentissement en Belgique

En Belgique aussi, c’est le même constat qui prévaut. L’OCDE annonce 1,2% de croissance en 2019 et 1,3% en 2020. Notre commerce extérieur souffre avec une contribution négative à la croissance attendue en 2019 (-0,5%) et en 2020 (-0,2%). Heureusement, la demande intérieure se maintient, "grâce à l’emploi et à l’accroissement du pouvoir d’achat des ménages", précise l'OCDE. Une affirmation qui devrait conforter le gouvernement Michel dans la politique menée tout au long de la législature écoulée.

Le chômage, qui était encore de 7,9% en 2016, devrait tomber à 5,7% en 2019, puis 5,6% en 2020.

Du côté de l’inflation, l’OCDE s’attend à un ralentissement après l’emballement provoqué par l’envolée des prix de l’électricité ces dernières années. De 2,3% en 2018, l’inflation devrait retomber à 1,6% en 2019 et 1,5% en 2020.

Il y a peu de chance que le découplage entre services et industrie puisse indéfiniment se maintenir.
Laurence Boone
économiste en chef de l’OCDE

Le principal souci concerne les finances publiques. Le déficit budgétaire belge était pourtant retombé à 0,7% en 2018. Il devrait hélas remonter à 1,3% cette année, puis 1,5% en 2020. Le tout à politique inchangée bien entendu. Comme l’endettement reste élevé (101,1% du PIB attendu fin 2019), pas question de laisser la situation budgétaire se dégrader davantage. C’est pourquoi l’OCDE recommande "une plus grande efficacité des dépenses publiques".

Recommandations au prochain gouvernement

L’institution multilatérale, basée à Paris, salue l’adoption du Pacte national d’investissement de 150 milliards d’euros, principalement dans l’énergie, les transports, les soins de santé et la digitalisation.

L’OCDE insiste par ailleurs sur la nécessité de développer une "croissance plus inclusive", surtout au niveau du marché du travail où les personnes d’origine immigrée, les personnes peu qualifiées et les travailleurs âgés sont sous-représentés.

Parmi les autres recommandations formulées par l’OCDE à l’adresse de la Belgique, et donc du prochain gouvernement qui sortira des urnes le 26 mai, on notera la nécessité de s’attaquer à la question des voitures de société. Les solutions avancées par l’OCDE sont multiples: remplacement de la voiture par du cash, réduction des taxes sur les transactions immobilières (droits d’enregistrement), amélioration des infrastructures de transports publics.

Les deux principaux risques baissiers pour la Belgique sont un enlisement du Brexit et une croissance plus faible qu’attendue dans la zone euro. Le facteur haussier se situe au niveau du tax shift, à savoir si les baisses de taxes impactent plus positivement que prévu la consommation des ménages.

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