Les Tories sont-ils au bord de l'implosion?

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Poussée à la démission, Theresa May quitte officiellement ses fonctions de leader du parti Tory ce vendredi. L’annonce de son départ a été accompagnée par un effondrement des intentions de vote pour le parti historique de droite en cas d’élections générales anticipées.

Les Tories ont-ils fait une erreur fatale en obligeant Theresa May à la démission? Deux semaines après avoir l’avoir forcée à annoncer son départ, tous les signaux sont au rouge. La continuité institutionnelle est évidemment assurée, puisque le prochain leader Tory sera bien désigné le 23 juillet, et que d’ici là, la Première ministre sortante assurera la transition à Downing Street.

Mais depuis l’annonce de sa démission du parti Tory – démission effective ce vendredi –, rien ne s’est réellement passé comme l’avaient prévu les caciques du parti. La lourde défaite aux élections européennes était bien prévue, mais pas la poussée du Parti du Brexit et du Libdem dans les sondages sur les intentions de vote en cas d’élections générales anticipées. 

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Séisme politique

Un séisme politique est bien en train de se produire, avec désormais un risque d’"extinction" du parti tory, selon le mot employé par le favori au leadership Tory Boris Johnson.

Les trois derniers sondages de Deltapoll, Opinium et YouGov sont marqués par un effondrement du parti tory, qui récolterait entre 17 et 20% des voix en cas d’élections générales anticipées, ce qui le placerait systématiquement en troisième position, derrière le Parti du Brexit, le Labour ou le LibDem.

La chute est spectaculaire puisque jusqu’au mois de mars, avec Theresa May au pouvoir, le parti conservateur enregistrait des intentions de vote deux fois plus élevées (jusqu’à 40% de voix).

 

Fuite en avant

Cet effondrement des intentions de vote est le pire des scénarios. Dans l’esprit des Tories, la convocation d’élections générales à l’automne prochain, était une figure imposée pour le futur leader. Celui-ci héritera en effet de la même courte majorité qui a systématiquement refusé de voter l’accord conclu par Theresa May avec l’Union européenne, et qui, de façon encore plus affirmée, a rejeté le no-deal.

Rory Stewart, candidat à la présidence du parti conservateur britannique. ©EPA

Les conservateurs sont donc pris à la gorge par le leader du parti du Brexit, Nigel Farage, et estiment n’avoir plus d’autre choix qu’une sortie de l’UE coûte que coûte le 31 octobre, y compris avec un no-deal. Seul un des onze candidats conservateurs déclarés (le secrétaire d'Etat au Développement international Rory Stewart) rejette explicitement cette fuite en avant. Tous les autres, y compris les remainers (le ministre des Affaires étrangères Jeremy Hunt et celui de l'Intérieur Sajid Javid) se disent prêts à l’assumer. Dans le même temps, l’UE n’a pas montré le moindre signe d’ouverture, et tout porte à croire qu’elle va assumer le bras de fer.

Le parti conservateur devrait donc se retrouver dans une situation beaucoup plus complexe que celle à laquelle Theresa May semblait pouvoir faire face en s’appuyant sur les parties modérées des deux principaux camps, ainsi que sur la qualité relative de ses relations avec les Vingt-Sept.

Système de santé publique

©Photo News

La visite d’Etat de Donald Trump est intervenue au pire moment pour les tories. Sa bourde (intentionnelle?) sur l’intégration du NHS (le système de santé publique au Royaume-Uni) dans les négociations commerciales avec les Etats-Unis pourrait devenir leur véritable boulet.

En 2016, c’est en partie au nom du NHS que le vote "leave" avait été justifié. C’est désormais au nom du NHS que le Brexit pourrait être viscéralement rejeté par une partie de ceux qui le soutenaient. Et c’est un autre élément que le successeur de Theresa May va devoir assumer, puisqu’il ne fait guère de doute que Donald Trump placera ce volet au cœur du futur deal US-UK, à plus forte raison s’il est réélu à la présidence des Etats-Unis en novembre 2020.

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