Macron et Rohani s'engagent à poursuivre leur travail pour sauver l'accord nucléaire

La presse iranienne a condamné unanimement la décision de Donald Trump. Elle est cependant divisée sur la marche à suivre pour le pays. ©AFP

Après la décision américaine de quitter l'accord nucléaire iranien, la communauté internationale a procédé à une levée de boucliers afin d'assurer la sauvegarde de l'accord. Téhéran entend poursuivre les négociations avec les signataires.

Préserver l'accord nucléaire iranien. C'est ce à quoi l'Europe et ses partenaires aspirent après que Donald Trump ait "déchiré" l'accord nucléaire iranien ce mardi. Une grande partie de la communauté internationale a fermement condamné la décision américaine et envisage des solutions pour pallier la défection des États-Unis.

Consultations européennes pour sauver l'accord

L'Union européenne, Angela Merkel, Theresa May et Emmanuel Macron en tête, se sont engagés à sauvegarder l'accord sur le nucléaire iranien et ont fait part de leur désapprobation à l'égard du retrait américain. Le quatuor diplomatique a martelé qu'il était "déterminé à assurer la mise en œuvre" de l'accord, le tout en "maintenant les bénéfices économiques" au profit de la population iranienne.

Le président Macron, qui était monté en première ligne pour tenter d'infléchir la position de Donald Trump, s'est entretenu ce mercredi après-midi avec son homologue iranien Hassan Rohani.

Les deux dirigeants ont convenu de mener la poursuite de leur travail en commun en vue de la mise en œuvre de l'accord nucléaire. Ils entendent mettre l'accent sur la nécessité de préserver la stabilité régionale.

Emmanuel Macron a rappelé "le projet d'engager une discussion large avec l'ensemble des parties concernées, prenant pour base l'accord nucléaire de 2015, pour parvenir à un cadre mutuellement bénéfique sur les sujets liés au développement du programme nucléaire de l'Iran après 2025, les activités balistiques et les principales crises au Moyen-Orient."

Jean-Yves Le Drian, ministre français des Affaires étrangères, a appuyé cette ligne lors de la séance de questions au gouvernement ce mercredi. "L'accord n'est pas mort. Le retrait américain fragilise l'accord mais n'annule pas l'accord."  Le responsable politique avait, au micro de RTL, attiré l'attention sur un risque de "déflagration" et de "confrontations" si l'Iran se retirait du compromis de 2015.

"L'Iran est soumis au régime de vérification nucléaire le plus solide du monde (...) A ce jour, l'AIEA peut confirmer que les engagements liés au nucléaire sont mis en œuvre par l'Iran."
Yukiya Amano
Directeur général de l'AIEA

La crainte d'une course à l'armement atomique et de la déstabilisation de la région sont les raisons invoquées pour tenter de sauver l'accord. "Nous voulons rester dans cet accord, faire en sorte que l'Iran y reste et fasse preuve de retenue." Le responsable politique et ses homologues allemand et britannique se réuniront lundi avec des représentants de Téhéran en vue de préserver les termes de l'accord de Vienne.

Côté britannique, le secrétaire d’État aux Affaires étrangères, Boris Johnson,  a souligné que l'accord "reste vital" pour la sécurité britannique et qu'il était indispensable de le maintenir. Il a demandé à l'Iran de "répondre à la décision américaine avec modération." La chancelière allemande Angela Merkel a réitéré sa volonté de ne remettre aucunement en cause l'accord sur le nucléaire, mais appelle à ouvrir les discussions pour l'élargissement d'un accord, lequel ne traite pas tous les points nécessaires selon elle.

La décision du Président Trump est vivement critiquée d'autant que l'Agence Internationale de l'Energie Atomique (AIEA) a réaffirmé ce mercredi que l'Iran respectait les dispositions de l'accord conclu sur son programme nucléaire.

Yuyika Amano, directeur général de l'AIEA, a de nouveau affirmé ce mercredi que l'Iran respectait ses engagements. "L'Iran est soumis au régime de vérification nucléaire le plus solide du monde dans le cadre du PAGC (Plan d'action global conjoint) ce qui constitue un progrès significatif en termes de vérification", a-t-il souligné en assurant qu'"à ce jour, l'AIEA peut confirmer que les engagements liés au nucléaire sont mis en œuvre par l'Iran".

L'Iran partagé sur la marche à suivre

Des députés iraniens ont incendié ce mercredi un drapeau américain suite à l'annonce du retrait des États-Unis de l'accord nucléaire iranien. ©AFP

Les principaux intéressés, en Iran, ont déploré de manière unanime l'annonce fracassante du Président Trump. Cependant, les réactions divergent sur la suite à donner à l'accord, notamment à l'égard des partenaires européens. Un drapeau américain a été brûlé au Parlement iranien ce mercredi ainsi qu'une copie de l'accord sur le nucléaire, le tout sous les cris "mort à l'Amérique."

Comment les instances iraniennes vont-elles réagir après le retrait des États-Unis de l'accord de Vienne? Ce mercredi, une motion sollicitant une réaction "proportionnelle et équivalente" de la République islamique a été présentée.

Cependant, le texte enjoint le président iranien Hassan Rohani à obtenir "les garanties nécessaires" en vue d'assurer la poursuite de la mise en œuvre de l'accord avec les autres signataires du texte, rapporte Mojtaba Zulnouri, président de la commission parlementaire de l’Energie nucléaire.

Hassan Rohani s'est dit favorable à la discussion avec les Européens, la Russie et la Chine afin de tenter de préserver les intérêts de l'Iran et d'éviter le détricotage de l'accord. Le ministre des Affaires Etrangères Mohammad Javad Zarif va mener les négociations avec les autres signataires de l'accord.

Le dirigeant iranien a toutefois précisé que si ces garanties n'étaient pas acquises "dans les semaines à venir", Téhéran reprendrait son programme d'enrichissement d'uranium "sans limite."

"Nous devons attendre de voir ce que les cinq grands pays vont faire (...) Si les intérêts du peuple iranien sont assurés (...), l'accord restera et nous pourrons agir pour l'intérêt de la pais et de la sécurité de la région et du monde"
Hassan Rohani
Président iranien

L'ayatollah Ali Khamenei, guide suprême iranien, estime que le président américain a commis une "erreur." "Vous avez entendu hier soir le président américain tenir des propos stupides et superficiels. Il y avait peut-être une bonne dizaine de mensonges dans son discours. Il a menacé le régime et le peuple en leur disant de faire ceci ou cela. Monsieur Trump, je vous le dis au nom du peuple iranien: vous avez commis une erreur", a-t-il déclaré via son site internet.

Il a expliqué que le maintien de l'Iran au sein de l'accord ne devrait être fait qu'en l'échange de "garanties réelles" de la part de l'Europe. "Maintenant, on dit qu'on veut continuer l'accord nucléaire avec les trois pays européens (France, Allemagne, Grande-Bretagne), (mais) je ne fais pas confiance à ces trois pays (...) Vous voulez conclure un accord, obtenez des garanties réelles, car demain ils feront la même chose que ce que les États-Unis ont fait."

Donald Trump isolé diplomatiquement?

La Chine va également dans le sens d'une condamnation de la décision unilatérale de Donald Trump et dit la "regretter." Geng Shuang, porte-parole de la diplomatie chinoise, "appelle toutes les parties à agir de façon responsable en considérant le long terme et l'intérêt général." Pékin a réitéré la poursuite des efforts pour faire respecter et appliquer l'accord nucléaire iranien et appelle "toutes les parties à revenir dès que possible" au respect du texte, signé en 2015. "Le gouvernement chinois s'oppose toujours aux sanctions unilatérales et à la soi-disant compétence juridique à longue distance que s'octroie quelque pays que ce soit sur la base de ses propres lois", a assuré Geng Shuang.

"Tant que les obligations internationales ne sont pas violées (par Téhéran), la Chine poursuivra avec l'Iran une coopération concrète et transparente"
Geng Shuang
Porte-parole de la délégation chinoise

Le Kremlin a de même fait part de "sa profonde déception" et de son "extrême inquiétude" tout comme la Syrie de Bachar el-Assad qui a "condamné avec force" la sortie de l'accord. Même ligne ferme pour la Turquie du Président Recep Erdogan. Selon lui, les États-Unis seront les véritables "perdants" de la mesure. Il a en outre déploré le caractère unilatéral de la décision américaine. "Les États-Unis seront les perdants, car ils ne respectent pas un accord qu'ils ont signé (...) Vous ne pouvez pas vous retirer des accords internationaux quand bon vous semble", a ajouté le dirigeant turc.

En revanche, le Président Trump bénéficie de l'appui de Benyamin Netanyahu, Premier ministre israélien qui soutient "totalement" cette décision "courageuse." Le chef d'Etat israélien avait annoncé avoir réuni des "preuves concluantes" de l'existence d'un programme nucléaire iranien. L'Arabie Saoudite sunnite, rival historique de l'Iran chiite, s'est également rangée dans le sillage américain.

Par analogie, les alliés de l'Arabie Saoudite, les Émirats Arabes Unis et Bahreïn se disent en accord avec la décision américaine. De son côté, la Ligue arabe s'est déclarée favorable à une révision de l'accord nucléaire iranien. "Il est nécessaire de réviser cet accord", a souligné Ahmed Aboul Gheit, secrétaire général de l'organisation. En outre, il a exprimé  l'"exaspération" des pays arabes face à la "politique déstabilisatrice" de l'Iran dans la région.

De son côté, le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, s'est déclaré profondément préoccupé par l'annonce du Président Trump. "J'ai toujours rappelé que le PAGC représente une avancée majeure en matière de non-prolifération nucléaire et de diplomatie et qu'il a contribué à la paix et à la sécurité régionale et internationale", a-t-il déclaré à la presse. Il a lancé un appel aux autres signataires de l'accord en les enjoignant "à respecter pleinement leurs engagements respectifs dans le cadre du PGAC et tous les autres États membres à soutenir cet accord."

Mise en péril du dossier coréen?

Bien qu'ayant tenu une promesse de campagne, la décision de Donald Trump de se retirer de l'accord sur le nucléaire iranien, a sapé la crédibilité diplomatique américaine. Même si les deux dossiers sont distincts, la volte-face américaine pourrait générer des complications dans les négociations avec la Corée du Nord.

> Lire aussi notre édito: "Kim Jong-un sait à quoi s'en tenir"

Antony Blinken, secrétaire d’État adjoint sous la présidence de Barack Obama, a en effet considéré la décision américaine comme périlleuse pour le devenir du dossier coréen. "Pourquoi Kim (...) croirait-il les engagements du président Trump si celui-ci déchire arbitrairement un accord que respecte l'autre partie?", a-t-il déclaré.

L'ancien locataire de la Maison-Blanche, Barack Obama, un des signataires de l'accord, a manifesté sa désapprobation. "Il y a peu de problèmes plus importants pour la sécurité américaine que la propagation potentielle des armes nucléaires ou la possibilité d'une guerre encore plus destructive au Moyen-Orient. La décision d'aujourd'hui de mettre en danger le JCPOA est une grave erreur."


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