portrait

Mathias Cormann, un Belgo-Australien à la tête de l'OCDE

L'ancien ministre des Finances australien, et Belge de naissance, Mathias Cormann devient secrétaire général de l'OCDE. Une décision contestée par les ONG environnementales. Retour sur un parcours brillant.

L'Australien d'origine belge Mathias Cormann sera désigné ce mardi comme secrétaire général de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), l'organisation internationale basée à Paris, dont le but est de stimuler le progrès économique et le commerce mondial. Les 37 pays membres de l'OCDE ont élu à une courte majorité celui qui a dirigé les finances australiennes pendant sept ans. Il entrera en fonction fin juin.

"Je veux encourager et promouvoir une action ambitieuse et efficace à l’échelle mondiale en matière de changement climatique, afin de parvenir à zéro émission nette dans le monde d'ici 2050."
Mathias Cormann

La bataille n'était pas gagnée d'avance. Mathias Cormann a affronté quatre candidats, dont l'ancienne commissaire européenne au Commerce, la Suédoise Cecilia Malmström. En coulisse, les coups bas n'ont pas manqué. Le Labour britannique a mené campagne contre l'Australien, pour que Boris Johnson s'abstienne de le soutenir, arguant de son bilan environnemental négatif. En vain, le représentant britannique Christopher Sharrock, président du comité de sélection et doyen des ambassadeurs, lui a accordé son soutien.

C.V.

  • Né le 20 septembre 1970 à Eupen, Mathias Cormann étudie le droit aux facultés de Namur et à la KUL. Il devient conseiller politique au sein du CSP, le parti démocrate-chrétien germanophone.
  • En 1996, il émigre en Australie. Il exerce la fonction de jardinier en attendant son équivalence de diplôme.
  • De 2003 à 2007, conseiller ministériel.
  • De 2007 à 2020, sénateur.
  • De 2013 à 2020, ministre des Finances et Premier ministre par intérim en janvier 2020.
  • De 2018 à 2019, ministre de la Fonction publique.

Une campagne a été lancée sur change.org pour dénoncer les subventions de 30 milliards de dollars versées par le ministre Cormann au secteur des combustibles fossiles. L'industrie australienne est fortement dépendante du charbon, qui s'y récolte à bas coûts dans des mines à ciel ouvert. Le pays émet énormément de CO2.

Difficile pour Mathias Cormann, membre du parti libéral, de prendre des mesures à contresens de son parti et du lobby industriel. Sa politique à la tête de l'OCDE devrait changer. C'est en tout cas ce qu'il a promis. Dans un communiqué, retombant comme un chat sur ses pattes, il s'engage à "encourager et promouvoir une action ambitieuse et efficace à l’échelle mondiale en matière de changement climatique, afin de parvenir à zéro émission nette dans le monde d'ici 2050".

Un Belge d'origine eupenoise

Avec Mathias Cormann, c'est un peu de Belgique qui prend la tête de l'OCDE. Mais aussi, un peu de sa démocratie chrétienne.  Né à Eupen en 1970, il a grandi à Raeren avant de faire des études de droit aux facultés de Namur et à la KUL. Proche du Christlich Soziale Partei, il a travaillé comme assistant du député européen Mathieu Grosch. Décrit comme brillant par ses pairs, il s'est très vite taillé une réputation de conseiller politique prometteur.

Mathias Cormann faisait partie de la jeune garde rapprochée de Joëlle Milquet, lorsque celle-ci fut pressentie par Gérard Deprez pour présider l'ancien PSC. Après l'échec de cette dernière – à quelques voix près – face à l'inoxydable Charles-Ferdinand Nothomb, Mathias Cormann est parti à l'aventure en Australie pour une année sabbatique. Il n'est jamais revenu.

Défi environnemental

La lutte contre les changements climatiques sera une des priorités du nouveau secrétaire général de l'OCDE, une organisation représentant 80% du PIB mondial. Le défi sera de taille, les grandes puissances traînant des pieds pour respecter leurs engagements climatiques. Lors de son élection, Mathias Cormann s'est engagé en faveur du climat en dépit des faibles performances de son pays.

L'aventure s'est peu à peu muée en histoire d'amour avec cette île-continent. Mathias Cormann a gravi les échelons un à un. Il a travaillé comme jardinier, perfectionnant la connaissance de son pays d'adoption. Entré au parti libéral, il a exercé des fonctions de conseiller, avant d'être élu sénateur en 2007.

En 2013, il entre au gouvernement comme ministre des Finances. Début 2018, il occupe le poste de Premier ministre d'Australie par intérim.

Premier ministre par intérim

Arrivé en Australie à l’âge de 23 ans, Mathias Cormann a démontré combien ce pays dépend du succès de ses migrants. Sa carrière politique fulgurante le conduira 17 ans plus tard jusqu'à exercer pendant quelques jours le poste de Premier ministre, en remplacement de Malcom Turnbull durant son déplacement aux USA.

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