Mikhaïl Michoustine, au secours de l'économie russe

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L’ancien chef du fisc russe, Mikhaïl Michoustine, a pour mission de redresser l’économie du pays. Il incarne aussi une forme de renouvellement des élites.

En Russie, Mikhaïl Vladimirovitch Michoustine, 53 ans, a été nommé mercredi Premier ministre suite à la démission de Dmitri Medvedev, qui occupait ce poste depuis huit ans. Un choix validé par la Douma ce jeudi par 383 votes pour, 41 abstentions et zéro vote contre.

Au lendemain de sa nomination – la surprise passée –, les réactions étaient plutôt positives à l’égard de ce haut fonctionnaire jusqu’alors inconnu du grand public, qui dirige depuis dix ans le Service fédéral des impôts. La presse russe le dépeint comme un homme efficace saluant son travail au sein de l’instance de collecte des impôts. "Sous Michoustine, il y a eu une numérisation rapide du service fiscal et l’administration fiscale s’est considérablement améliorée", écrit à cet égard le quotidien économique Vedomosti.

Le profil
  • 1966: Naissance à Moscou
  • 1992: Diplômé de l’Université technologique d’État de Moscou
  • 1998: Chef adjoint du Service fédéral des impôts
  • 1999-2004: Vice-ministre de la Fédération de Russie pour les impôts et taxes
  • 2010: Chef du Service fédéral des impôts
  • 2020: Premier ministre de la Fédération de Russie

Ingénieur de formation, ce Moscovite est entré dans l’administration publique en 1998. Il y a réalisé presque toute sa carrière – hormis deux années passées dans le privé à partir de 2008 – à la tête d’un fonds d’investissement. En 2010, il revient à la fonction publique en devenant chef du service fédéral des impôts.

Pour Arnaud Dubien, directeur de l’Observatoire franco-russe, Mikhaïl Michoustine est peu connu du grand public mais son profil présente plusieurs atouts. "Haut fonctionnaire discret, il connaît bien à la fois la machine d’État et l’économie réelle. Féru de nouvelles technologies, il a réussi dans ses fonctions précédentes et a une bonne réputation", note-t-il.

Pour lui, le nouveau premier ministre sera très attendu sur ses résultats économiques car il y a "une très forte impatience sociale dans le pays".

Le principal intéressé en est conscient. Jeudi, à la Douma, il a affirmé vouloir "retrouver la confiance" des milieux d’affaires et "stimuler la croissance des investissements" afin de redorer le blason de l’économie russe.

La période de transition est lancée

La désignation de Mikhaïl Michoustine est intervenue après l’annonce d’une réforme constitutionnelle par Vladimir Poutine lors de son discours annuel à l’Assemblée fédérale, mercredi 15 janvier, prévoyant notamment d’accorder plus de pouvoirs au Parlement tout en conservant un régime présidentiel. Cette annonce s’est très vite suivie de la démission collective du gouvernement.

Si toute la classe politique et les médias ont été pris de court par ces changements, ceux-ci marquent le lancement d’un processus de transition en Russie. Premier signe du changement d’époque, le choix d’un Premier ministre, qui ne fait pas partie du "clan" de Vladimir Poutine. "Mikhaïl Michoustine a 15 ans d’écart avec le Président russe, ce n’est pas un ancien camarade du KGB, il ne vient pas de Saint-Pétersbourg. C’est le début du renouvellement des élites", analyse Arnaud Dubien.

En l’état actuel de la législation, le Président russe n’a pas le droit de se représenter à un prochain mandat en 2024. Certains estiment que le chef du Kremlin envisage une sortie similaire à l’ancien Président du Kazakhstan. Noursoultan Nazarbaïev a démissionné de la présidence de son pays en 2019 pour prendre la tête du conseil de sécurité national, une entité supranationale.

Arnaud Dubien n’exclut pas cette option mais n’y croit pas vraiment. "Avec cette réforme constitutionnelle, Vladimir Poutine veut sans doute rééquilibrer les pouvoirs pour éviter de donner trop de pouvoir au prochain Président et limiter les risques pour son héritage. Il n’est pas indifférent à la note finale qu’il va laisser en tant qu’homme d’État."

Madame est plus riche

Le Fonds anti-corruption de l’opposant Alexei Navalny a publié des informations indiquant que la femme de Mikhaïl Michoustine, Vladlena Michoustina, aurait gagné l’équivalent de 13 millions de dollars en neuf ans. Selon les déclarations disponibles sur le site du service fédéral des impôts, entre 2010 et 2018, le haut fonctionnaire aurait gagné près de 3,5 millions de dollars, sa femme, 12,8 millions.

Joueur de hockey

Membre du conseil de surveillance du club de hockey "CSKA Moscou", Mikhaïl Michoustine partage la passion du hockey sur glace avec le président russe, Vladimir Poutine. Les deux hommes ont déjà eu l’occasion de jouer ensemble, notamment lors d’un match de gala à Sotchi.

Musicien et poète

Selon le quotidien russe Vedomosti, qui cite différentes sources, le nouveau Premier ministre russe joue du piano et écrit des chansons. Il serait l’auteur de deux titres de l’artiste populaire Grigory Leps, sortis en 2011 et 2016.


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