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Moscou sous surveillance électronique

Une caméra de surveillance installée dans le centre de Moscou.

175.000 caméras à reconnaissance faciale équipent désormais la capitale russe avec pour mission principale d'assurer la sécurité des Moscovites. Les militants des droits de l'homme s'inquiètent des dérives potentielles d'un tel dispositif.

En 2020, la capitale russe amplifie son dispositif de surveillance urbaine. Toutes les caméras de la ville ont été remplacées par des caméras de qualité HD dotées d'une fonction de reconnaissance faciale.

"Cette technologie a montré son efficacité."
Sergueï Sobianine
Maire de Moscou

Expérimentée depuis 2017, cette technologie qui permet d'identifier ou d'authentifier une personne à partir des traits de son visage "a montré son efficacité", selon le maire de Moscou Sergueï Sobianine. C'est pourquoi elle a été déployée "à grande échelle". Pour l'heure, 175.000 caméras ont été installées. À terme, le réseau, étendu au métro, devrait en compter 200.000.

Ce projet s'inscrit dans un programme global de ville intelligente, qui vise non seulement à "assurer la sécurité des citoyens" mais également à gérer les flux de voyageurs dans les transports et la circulation routière, surveiller les chantiers de construction ou le nettoyage des infrastructures municipales, etc.

Inquiétudes des associations

Plusieurs associations de défense des droits de l'homme alertent sur l'opacité du système, les difficultés à le contrôler et les dérives potentielles notamment de surveillance illégale. La ville de Moscou assure qu'aucune information personnelle n'est stockée dans son système et que toutes les images sont supprimées après cinq jours, sauf demande de la part des forces de l'ordre ou d'un citoyen.

Anna Bacciarelli, chercheuse en intelligence artificielle chez Amnesty International fait valoir qu'il n'y a aucune garantie sur le respect de ces directives. "On ne sait pas comment tout cela va fonctionner, quelles bases de données seront utilisées, met-elle en garde. Ce manque de transparence constitue une menace inquiétante pour les droits humains en Russie, d'autant plus que les autorités russes répriment depuis des années les manifestations pacifiques."

"Le manque de transparence constitue une menace inquiétante pour les droits humains."
Anna Bacciarelli
Amnesty International

Moscou n'est pas la seule ville dans le monde à miser sur la reconnaissance faciale. À Londres, la police a annoncé fin janvier qu'elle l'utiliserait dans des zones ciblées pour identifier en direct les auteurs de crimes et de délits graves.

En Chine, toutes les grandes villes ont développé des systèmes de surveillance basés sur l’intelligence artificielle. Les citoyens sont surveillés en permanence par un nombre record de caméras – 800.000 à Pékin, 3 millions à Shanghaï.

En Europe, face aux craintes suscitées par cette technologie, la Commission européenne a préparé un livre blanc avec des pistes d'actions pour sa régulation.

Capacité de stockage

"Même si les vidéos ne sont stockées que 5 jours, 175.000 caméras qui filment en permanence, cela demande une énorme capacité de stockage et de gestion des flux de données."
Jean-Luc Dugelay
Enseignant-chercheur

Pour Jean-Luc Dugelay, enseignant-chercheur à l’école d’ingénieurs Eurecom à Sophia Antipolis, la technologie de reconnaissance faciale est aujourd'hui maîtrisée dans de nombreux pays. L'enjeu – pour les villes qui souhaitent l'intégrer à leur dispositif de surveillance – est de développer une infrastructure de traitement vidéo suffisamment puissante. "Même si les vidéos ne sont stockées que 5 jours, 175.000 caméras qui filment en permanence, cela demande une énorme capacité de stockage et de gestion des flux de données", analyse l'expert en reconnaissance faciale.

La ville de Moscou semble prête à toutes les dépenses pour développer son programme de "ville sûre". Elle vient notamment de faire l'acquisition de 450 serveurs informatiques, capables de stocker 1,5 pétaoctet (million giga-octets) de données. Le budget total prévu s'élève à 134 milliards de roubles (1,9 milliard d'euros), dont 50 milliards de roubles en 2020.

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