interview

Naomi Klein: "Le réchauffement climatique génère de la violence"

©AGEFOTOSTOCK

Journaliste et activiste, Naomi Klein planche depuis des années sur les conséquences de la mondialisation sur le réchauffement climatique.

Présente à Paris, l’auteure, chez Actes Sud, de "No logo" et, plus récemment, de "Tout peut changer", y représente la société civile.

Quelles sont vos impressions à l’issue de cette première journée?
Ces grands rassemblements ne manquent pas de beaux discours. Mais il semble que chaque fois que les leaders mondiaux se réunissent, ils redéfinissent la notion de "succès" au rabais. Dès maintenant, il est clair qu’à l’issue de la COP21, il n’y aura aucun accord contraignant. Kyoto avait fixé des objectifs clairs. Copenhague avait l’ambition de contenir le réchauffement à 2 degrés. À Paris, la barre est placée encore plus bas: dans son discours d’ouverture, François Hollande a parlé d’1,5 degré. Ce qui, a priori, rend les choses plus réalistes. Mais pour les nations les plus vulnérables, c’est déjà trop.

"Il faut étendre notre définition de la sécurité en y incluant le climat"
Naomi Klein
Militante altermondialiste

Est-il encore possible de contenir le réchauffement à 2 degrés?

Physiquement, c’est possible. Nous devrions immédiatement réduire les émissions de 6%. Les pays riches devraient évidemment assumer la plus grande part. Ce n’est pas irréalisable, c’est juste politiquement irréaliste dans le système actuel, car il y a un fossé entre ce que les scientifiques considèrent comme urgent et ce que le politique juge acceptable. Or on ne peut plus plaider l’ignorance. Comme nous ne pouvons modifier la vérité physique, il faut modifier la réalité politique. Mais quand ni les politiques ni les entreprises ne parviennent à contenir la catastrophe du réchauffement, on est face à un acte d’une violence extrême.

"Il est clair qu’à l’issue de la COP21, il n’y aura aucun accord contraignant."

"Il faut voir la COP21 comme la convention de paix la plus critique dans le monde."

Car il ne faut pas se leurrer: le réchauffement climatique génère, partout, de la violence, et est à l’origine de mouvements massifs d’immigration.

Maintenant que les manifestations sont interdites, quel est le véritable enjeu de ce sommet?

Je comprends l’état d’urgence, mais même George W. Bush n’avait pas interdit les manifestations après le 11 septembre. À la veille de la COP21, François Hollande avait affirmé qu’on ne choisit pas entre la lutte contre le terrorisme et celle contre le réchauffement climatique. Il faut combattre les deux. Et même faire plus que cela: nous devons étendre notre définition de la sécurité et placer l’action pour le climat au cœur de tout cela. Parce qu’il n’y a pas de sécurité possible pour l’espèce humaine dans un monde qui atteint 3°C de réchauffement. C’est la raison pour laquelle il faut voir la COP21 comme la convention de paix la plus critique dans le monde. Notre seul espoir de paix sur la planète, c’est un accord vraiment ambitieux et efficace.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés