Navalny poursuit sa descente aux enfers devant la justice russe

L'opposant Alexeï Navalny dans une cage d'accusé, au tribunal de Moscou. ©EPA

Alexeï Navalny risque une nouvelle condamnation, pour diffamation cette fois. L'opposant russe, déjà condamné, fait l'objet de multiples procédures. L'Union européenne lui a réitéré son soutien.

Le chef de l'opposition russe Alexeï Navalny poursuit sa descente aux enfers. Le parquet russe a requis mardi contre lui une amende de 10.600 euros pour diffamation à l'égard d'un ancien combattant de la Deuxième Guerre mondiale. Le tribunal devrait rendre son verdict samedi. Le même jour, la justice devrait statuer sur sa requête de libération.

L'opposant, en prison depuis son retour en Russie le 17 janvier, est déjà sous le coup d'une condamnation pour non-respect de sa libération conditionnelle dans le cadre d'une affaire de corruption liée au groupe français Yves Rocher. Un tribunal moscovite a récemment converti son sursis en peine de prison ferme de près de trois ans.

Cette fois, Alexeï Navalny est accusé d'avoir diffamé un ancien combattant de 94 ans qui avait défendu dans un clip de campagne un référendum ayant abouti au renforcement des pouvoirs du président russe Vladimir Poutine. Il aurait qualifié ce partisan et les intervenants de la vidéo de "honte de la Nation" et de "traîtres".

"Des diplomates européens étaient présents à cette audience, vous savez que nous suivons ce cas de très près."
Peter Stano
Porte-parole du Haut représentant de l'UE aux Affaires étrangères

Pour le camp d'Alexeï Navalny, le Kremlin cherche à faire taire l'opposant en multipliant les actions judiciaires contre lui et en le maintenant en prison, alors que des élections législatives sont prévues en septembre prochain.

D'autres procédures judiciaires sont en cours contre lui. L'opposant est visé par une enquête pour escroquerie qui pourrait lui valoir 10 ans de prison. Il fait aussi l'objet d'une plainte en diffamation déposée par un milliardaire proche du Kremlin, Evguéni Prigojine.

Enfin, un tribunal a confirmé mardi une condamnation d'Alexeï Navalny à 37.000 euros de dommages et intérêts à verser à une entreprise agroalimentaire qu'il a accusée de corruption dans l'une de ses enquêtes.

L'Europe soutient Navalny

L'Union européenne a dénoncé à plusieurs reprises le harcèlement judiciaire mené contre Alexeï Navalny. Les services européens suivent de près les procédures judiciaires menées contre l'opposant, y compris l'affaire de diffamation. "Des diplomates européens étaient présents à cette audience, vous savez que nous suivons ce cas de très près", a confirmé mardi Peter Stano, le porte-parole du chef de la diplomatie européenne Josep Borrell.

"Nous appelons à une libération immédiate et inconditionnelle de M. Navalny parce que les charges qui pèsent contre lui nous semblent motivées politiquement."
Peter Stano
Porte-parole du Haut représentant de l'UE aux Affaires étrangères

Pour l'UE, cette nouvelle affaire ne change rien à sa position. "Nous appelons à une libération immédiate et inconditionnelle de M. Navalny parce que les charges qui pèsent contre lui nous semblent motivées politiquement", a poursuivi Peter Stano. "N'oublions pas qu'il a été victime d'une tentative d'attentat par agent chimique, et cette tentative d'attentat ne fait toujours pas l'objet d'une enquête en Russie. Il faut régler cette affaire le plus rapidement possible au lieu de harceler M. Navalny."

Les ministres européens des Affaires étrangères discuteront de cette situation et de la relation entre l'UE et la Russie lors du prochain conseil, prévu le 22 février. L'Union européenne menace d'adopter des nouvelles sanctions.

L'arrestation d'Alexeï Navalny a provoqué depuis mi-janvier des manifestations à travers la Russie, sévèrement réprimées par la police. De milliers de partisans de l'opposant ont été arrêtés et des centaines sont maintenus en détention.

L'opposant russe a été l'objet d'une tentative d'empoisonnement au Novitchok en août dernier, lors d'un voyage en Sibérie. En convalescence en Allemagne, il a poursuivi sa lutte contre le Kremlin en publiant une enquête mettant en cause des agents du FSB, les services secrets russes, dans l'opération d'empoisonnement. Après cinq mois passés à Berlin, il a pris la décision de rentrer en Russie, sachant le marathon judiciaire qui l'attendait.

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