Nick Clegg donne son accord à David Cameron

Nick Clegg

Après cinq jours de négociations serrées, le Parti conservateur a réussi à bâtir une coalition avec le Parti libéral-démocrate.

Londres (L'Echo) - Image forte, hier en fin d’après-midi : des bagages, ceux de Gordon Brown ou d'Alistair Darling, placés à l'arrière d'une voiture en partance du 10, Downing Street. La fin d'une époque, signifiée par le premier ministre lui-même la veille, qui annonçait sa démission dans une tentative désespérée de convaincre les libéraux-démocrates de rallier le Labour pour une coalition certes fragiles, mais qui allait permettre de barrer la route aux conservateurs.

Finalement, c'est bien l'intérêt national - passant par une majorité forte de 363 sièges (la majorité absolue est à 323 sièges, les députés unioniste d'Ulster ne siégeant pas aux Communes) - qui prévaudra. Intérêt national, voire général si l'on regarde la façon dont les marchés ont réagi aux atermoiements électoraux britanniques.

Tout les acteurs semblent, par défaut, trouver leur compte à une coalition Libdem - Tories, dont l'officialisation était attendue en fin de soirée : les Tories vont revenir au pouvoir après treize ans à l'écart ; le mouvement libéral-démocrate - beaucoup plus ancien que le parti, né en 1988 - va obtenir sa première participation dans un gouvernement depuis quatre vingt-dix ans, et le Labour va pouvoir se reconstruire sur les vestiges du Blairisme, en évitant une coalition qui n'était pas souhaitée par une grande partie de ses parlementaires.

Un accord entre Nick Clegg et David Cameron semblait déjà acquis lundi midi, c'est la démission spectaculaire de Gordon Brown qui a relancé les spéculations... et rendu furieux les conservateurs, faussement étonnés d'apprendre que des émissaires du LibDem avaient secrètement négocié avec les Travaillistes pendant le week-end. Cameron a mis la pression sur Clegg hier pour qu’il se décide enfin.

Les offres du Parti Conservateur à destination du parti libéral-démocrate étaient inespérées il y a encore quelques jours : quelques points de rapprochement étaient envisageables, notamment en matière d'éducation (financement supplémentaire des écoles des quartiers défavorisés), d'environnement (fin du projet d'extension d'Heathrow), ou d'immigration (annulation du projet de carte d'identité).

Mais l'engagement du parti tory d'organiser un référendum sur un scrutin proportionnel est un triomphe pour Nick Clegg : la part de sièges obtenus par le parti-libéral démocrate sera, en cas de vote favorable - et probable - des électeurs, beaucoup plus conforme au crédit qui lui est accordé. Jeudi dernier, il n'a obtenu que 9% des sièges pour 23% des votes. Le scrutin majoritaire uninominal à un tour, établi en 1885, a probablement vécu. Le paysage politique britannique sera profondément transformé dans les décennies à venir, au détriment de l'un des deux partis dominants. L'élection 2010, en plus d'avoir été tendue de bout en bout, en raison notamment de la gravité de la situation économique du pays, a été passionnante, en partie grâce à l'irruption dans le débat de Nick Clegg, un acteur jusqu'alors méconnu, qui a bénéficié des premiers débats électoraux télévisés de l’histoire du pays.

Celui-ci pourrait décrocher le poste stratégique de chancelier de l'Echiquier. Le Home office et l'Education devraient aussi revenir à des figures du LibDem, notamment le médiatique Vince Cable. Au total, six cabinets devraient être récupérés par le parti de centre-gauche.

Du côté du Labour, l'heure de la reconstruction a déjà sonné. Aucun candidat ne s'est encore officiellement déclaré, mais un leader devra être désigné avant la conférence du parti, cet automne. David Miliband est donné favori. Suivent Ed Balls, Alan Johnson et le frère cadet de David, Ed Miliband. Des profils différents, mais tous liés de près à Gordon Brown ou Tony Blair. Le seul élément qui rassemble au-delà des clans, Alan Johnson, est aussi le plus ancien, le plus indépendant et le plus à gauche.

Le parti travailliste est en tout cas en train de tourner l'une des pages les plus marquantes de son histoire, seize ans après la naissance du New Labour, en 1994.

Johann Harscoët, à Londres

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