tribune

Nous ne vaincrons pas cette pandémie sans aider les pays pauvres

Economiste Banque Degroof Petercam

Alors que dans de nombreux pays développés les campagnes de vaccination gagnent du terrain, dans les pays les plus pauvres elles sont maigres, voire inexistantes. Cela pourrait avoir des conséquences catastrophiques.

Il y a quelques jours, le FMI publiait une étude selon laquelle le monde pourrait mettre fin à la pandémie si au moins 60% de la population mondiale était vacciné. Un objectif qu’il estime atteignable en 2022, si, et seulement si, les pays développés aident les pays émergents.

En effet, l’accès au vaccin reste très inégal : ce sont les pays les plus pauvres qui sont les plus en retard en matière de campagnes de vaccination. En Afrique, par exemple, seulement un pour cent de la population est vacciné, on est donc loin des 60% recommandés. À la mi-mai, l’Afrique n’avait reçu que 40 millions de doses pour une population de 1,2 milliard.

Celine Boulenger. ©doc

Selon le FMI, les pays développés pourraient faire don de leurs excédents de doses aux pays les plus pauvres ; un excédent total qui devrait atteindre les un milliard de doses. Certains pays se sont déjà engagés sur cette voie. L’Union européenne, par exemple, a accepté de faire la donation de 100 millions de doses aux pays les plus pauvres dans les prochains mois.

Covax sous tension

Jusqu’à présent, certains pays émergents (dont de nombreux pays d’Afrique et d’Asie du Sud) dépendent principalement du mécanisme Covax, fruit d’une collaboration entre l’OMS et l'Alliance globale pour les vaccins et l'immunisation (Gavi).

Covax s’engage à approvisionner gratuitement 92 pays à faibles et moyens revenus en vaccins. Malheureusement, leur mission est aujourd’hui compromise. Leur plus grand fournisseur, le Serum Institute of India (SII) ne pourra plus fournir de doses cette année car le gouvernement indien vient d’interdire les exportations de vaccins jusqu’à nouvel ordre.

Il faudra sûrement attendre 2023 pour qu’une majorité de la population des pays les plus pauvres soit vaccinée.

Une interdiction qui ressort de la tragique deuxième vague à laquelle fait face l’Inde depuis quelques semaines et de la faiblesse de la campagne de vaccination au sein de l’Inde même, malgré les capacités de production impressionnantes du SII.

Le mécanisme Covax dépendait de ce dernier pour plus d’un tiers des 2,2 milliards de doses il espérait distribuer cette année. En tout, Covax aura besoin de plus de 6 milliards de doses. De nouveaux arrangements, en outre avec Moderna et Johnson & Johnson ont déjà été pris, mais il faudra du temps pour qu’ils soient mis en action.

Nationalisme vaccinal

Ce qui est sûr c’est que pour l’année 2021, les choses s’annoncent très compliquées pour les pays les plus pauvres, et un retour à la normale au niveau international, qui passe par une immunité globale, ne sera pas pour tout de suite.

Si la vaccination dans les pays pauvres ne s’accélère pas, les pays développés pourraient faire face à des pertes de production de 2.400 milliards de dollars, en partie à cause de perturbations du commerce international et des chaînes d’approvisionnement.

Il faudra sûrement attendre 2023 pour qu’une majorité de la population des pays les plus pauvres soit vaccinée. D’autant plus que les pays développés n’ont pas manqué de commander le plus de doses possible, sans laisser grand-chose pour les autres. En février, les pays les plus riches représentant 16% de la population mondiale avaient commandé plus de 60% des vaccins accessibles. Ce « nationalisme vaccinal » montre que les inégalités entre les riches et les pauvres existent aussi quand il s’agit de l’accès aux vaccins. 

Pourtant, il est dans l’intérêt de tous, notamment des pays développés, d’aider à accélérer les campagnes de vaccination dans les pays émergents. Car, vivant dans un monde ultra-interconnecté, nous ne pouvons vaincre cette pandémie sans ces derniers.

Une étude réalisée par l’OMS en janvier dernier montre qu’économiquement parlant, les pays développés y ont beaucoup à perdre. Si la vaccination dans les pays pauvres ne s’accélère pas, ils pourraient faire face à des pertes de production de 2.400 milliards de dollars (3,5% de la valeur de leur PIB avant la pandémie), en partie à cause de perturbations du commerce international et des chaînes d’approvisionnement.

Le spectre des variants

Il y a également le problème des variants. En effet, plus on attend pour vacciner le plus de personnes possible, plus la menace de nouveaux variants, qui pourraient s’avérer résistants aux vaccins existants, sera grande.

Plus on attend pour vacciner le plus de personnes possible, plus la menace de nouveaux variants, qui pourraient s’avérer résistants aux vaccins existants, sera grande.

Il s’en suit donc que pour que nos pays soient réellement protégés contre la pandémie, il ne suffit pas simplement de vacciner nos populations, mais de s’assurer que chaque pays ait accès à assez de vaccins pour immuniser la sienne.

Pour cela, les pays pauvres doivent pouvoir accéder au vaccin à un coût minime. L’histoire nous montre que même lorsque les vaccins existent depuis longtemps et sont accessibles, de nombreux citoyens dans les pays pauvres n’y ont toujours pas accès (Polio, Tuberculose, etc.).

Il faut donc que les organismes multilatéraux, les pays développés, et les producteurs de vaccins s’allient pour aider les pays les plus pauvres. Il en va de l’avenir économique mais aussi sanitaire tant des pays pauvres, que des pays riches.

Celine Boulenger
Macroéconomiste, Degroof Petercam

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