"Nous ne voulons pas d'une nouvelle guerre froide"

Une poupée du président américain lors d'une manifestation contre sa venue à Bruxelles, le 7 juillet dernier. ©BELGA

Le président Trump a de nouveau provoqué ses alliés sur les questions de dépenses militaires. Selon les chiffres de l’Otan, celles-ci sont en hausse.

Une inconnue pèse sur le sommet de l’Otan, ces mercredi et jeudi à Bruxelles. Mardi dès son réveil, le président des Etats-Unis Donald Trump est revenu à la charge avec l’exigence que l’Europe accroisse ses dépenses militaires jusqu’à 2%. "Les États-Unis dépensent beaucoup plus que tout autre pays pour les protéger. (Ce n’est) pas juste pour le contribuable américain, a-t-il tweeté. Et pour couronner le tout, l’UE affiche un excédent commercial de 151 milliards de dollars avec les Etats-Unis avec des barrières commerciales sur les biens américains. NON!"

Quelques instants plus tard, l’ambassadrice américaine à l’Otan Kay Bailey Hutchison enfonçait le clou. "Ce ne sont pas les Etats-Unis qui ont cette exigence. C’est l’Otan et tous ses pays membres qui ont pris cet engagement", a-t-elle dit au siège de l’alliance, visant en particulier l’Allemagne "qui ne met pas les moyens financiers pour être le partenaire majeur qu’elle pourrait être".

©Photo News

La sortie présidentielle, quelque peu éculée, n’a guère impressionné les Européens. Le président du Conseil de l’UE Donald Tusk a répliqué sèchement à M. Trump, lui demandant de respecter ses alliés européens. "Chère Amérique, appréciez vos Alliés, après tout, vous n’en avez pas tant que cela, a-t-il répondu. L’argent est important, mais la solidarité véritable est encore plus importante."

Au même moment, l’Otan publiait la dernière estimation des dépenses de défense des 29 États pour 2018 (voir infographie). Pour rappel, les Alliés ont convenu, lors du sommet de Varsovie en 2014, de porter leurs dépenses militaires à 2% du PIB d’ici 2024.

Les dépenses belges en légère hausse

En quatre ans, les dépenses ont augmenté dans la plupart des pays, sauf aux Etats-Unis (!), au Royaume-Uni, en Croatie et en Albanie. Sur un an, la tendance générale est à la hausse, sauf en Grèce, en Allemagne, au Canada et aux Etats-Unis. D’ici 2024, le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg estime que les alliés auront engagé 226 milliards de dollars de nouvelles dépenses.

"Je ne dis pas qu’ils dépensent tous suffisamment, mais on a en fait un bon début, dit Jens Stoltenberg. Si on insiste, ce n’est pas pour plaire aux Etats-Unis mais c’est pour répondre à nos besoins de sécurité." Huit États devraient atteindre bientôt les 2%.

En bas du classement, la Belgique partage la pénultième place avec l’Espagne. Seul le Luxembourg fait moins bien. En quatre ans, les dépenses militaires belges ont reculé de 0,98% à 0,93%. Mais depuis un an, et pour la première fois depuis très longtemps, la Belgique a légèrement accru ses dépenses, celles-ci étant descendues à 0,91% en 2017.

Les discussions entre les dirigeants européens et américains s’annoncent tendues, sur fond de guerre commerciale. "Il y a toujours eu des désaccords entre les Alliés dans l’Otan, relativise Jens Stoltenberg. L’Otan est nécessaire pour les Etats-Unis, c’est une plateforme pour la projection de ses forces au Moyen-Orient."

Donald Trump menace ses Alliés depuis son élection, mais dans les faits, les Etats-Unis, comme le Canada, ont augmenté leur présence militaire en Europe. "Les actions de Trump sont plus éloquentes que les paroles. Les Etats-Unis n’ont jamais été autant impliqués en Europe", résume le secrétaire général.

L’ambassadrice Hutchison s’attend à ce que Donald Trump réaffirme l’engagement des Etats-Unis à appliquer l’article 5 du Traité, prévoyant qu’une attaque contre un Allié est une attaque dirigée contre toutes les parties. Ce que le Président avait refusé de faire l’an dernier lors de l’inauguration du nouveau siège.

©Mediafin

La Russie menaçante

L’autre pomme de discorde est la relation ambiguë entre le Président américain et son homologue russe, Vladimir Poutine. La Russie se montre de plus en plus assertive aux frontières de l’Otan. Pourtant, Trump apparaît d’abord en désaccord avec ses alliés.

Une rencontre entre les deux hommes aura lieu lundi prochain à Helsinki. "Je salue la rencontre entre Trump et Poutine, dit Stoltenberg. Nous ne voulons plus de guerre froide. Il faut dialoguer à plusieurs niveaux avec la Russie pour éviter les risques, les incidents. Plus la tension monte, plus il y a d’activités militaires à nos frontières et plus il est nécessaire d’ouvrir les voies du dialogue."

La question de l’élargissement de l’Otan ravive les difficultés avec la Russie. Les présidents d’Ukraine et de Géorgie seront reçus jeudi au siège de l’alliance, mais leur adhésion est freinée par leurs conflits ouverts avec Moscou.

L'arrivée de Donald et Melania Trump à Melsbroek. ©Photo News

Lire également

Contenu sponsorisé

Partner content