interview

Pascal Bruckner: "Macron doit poursuivre les réformes et serrer la vis"

©BELGAIMAGE

De passage à Bruxelles voici quelques jours pour présenter son dernier roman "Un an et un jour" (éditions Grasset), l’essayiste et philosophe français Pascal Bruckner commente pour L’Echo l’actualité du moment, des ennuis de Macron aux élections de mi-mandat aux Etats-Unis, en passant par la relance du projet européen.

Emmanuel Macron sort-il affaibli de ces dernières semaines mouvementées pour lui et son gouvernement?

Il est assurément affaibli, mais l’opposition est encore plus faible. La gauche est inaudible et la droite de Laurent Wauquiez n’a pas trouvé sa voie jusqu’ici. Macron a donc encore de la marge, il peut voir venir…

"Avec Macron, les classes moyennes supérieures passent à la caisse."
Pascal Bruckner
Philosophe et essayiste

Va-t-il pouvoir mener à bien ses réformes?

Il n’a pas le droit d’échouer. Ce sont des réformes qui auraient dû être réalisées il y a vingt ans, mais que les Présidents précédents n’ont pas eu le courage de mener à bien. Le problème de Macron, c’est qu’il apparaît comme l’ami des riches, notamment avec la suppression de l’impôt sur la fortune (ISF) grâce à laquelle il espérait rapatrier des milliards en France pour les réinjecter dans l’économie. Avec Macron, les classes moyennes supérieures passent à la caisse tandis que les très riches sont laissés tranquilles. Son édifice n’est pas encore tout à fait au point mais il doit poursuivre les réformes et serrer la vis.

La popularité de Mélenchon a-t-elle été durablement entachée par  l’épisode des perquisitions?

La colère suscitée auprès de l’opinion par cette affaire est légitime. Mélenchon s’est conduit comme un chef de gang. C’est un voyou, un authentique mafieux. Il correspond à la définition d’un fasciste, autoritaire, s’estimant au-dessus des lois. Quand on pense qu’il a failli passer au second tour, on peut se dire que les Français ont senti passer le vent du boulet…

On a assisté à une vague verte au scrutin communal en Belgique. Pourquoi l’écologie politique ne décolle-t-elle pas en France?

Parce que leurs leaders sont très mauvais. L’écologie politique en France est anti-libérale, anti-entreprise, anti-croissance. Nicolas Hulot était dans la contradiction absolue, avec son patrimoine estimé à 6 millions d’euros, ses multiples voitures et propriétés. Il ne méritait pas son poste. Les Français ont le sens de l’écologie, mais ils ne veulent pas d’une république bolchévique verte.

"Le Brexit est une répétition générale de ce qui nous attend dans les années à venir."

Et pourtant, il y aurait un coup à jouer, à condition de sortir du discours apocalyptique tenu par les écologistes. Nous avons un terroir, des paysans dont le travail est apprécié des Français. À côté de cela, nous disposons d’un précieux savoir-faire en matière nucléaire qui visiblement n’intéresse pas les écologistes. Pour l’instant, le nucléaire est la seule énergie non polluante performante. Les éoliennes, c’est coûteux et peu efficace.

D’où pourrait venir la relance du projet européen?

Beaucoup dépendra de l’issue du Brexit. Quitter l’Europe a un coût énorme et les Anglais vont peut-être être amenés à revoter.

Pourquoi l’Europe est-elle si peu appréciée de ses citoyens?

L’Europe a commis beaucoup d’erreurs. Elle aurait dû user de l’arme budgétaire. Si les Hongrois sont mécontents de l’Europe, c’est leur bon droit. Mais l’Europe aurait dû alors leur couper les fonds structurels. On ne peut pas continuer à payer pour des gens qui vous crachent à la figure.

Une autre erreur de l’Europe est qu’un mariage moderne doit prévoir une possibilité de divorcer. Le Brexit est une répétition générale de ce qui nous attend dans les années à venir. D’où l’importance de ne pas le rater. À cet égard, nos meilleurs alliés sont les Anglais qui appuient le "stay".

Existe-t-il une solution au problème migratoire qui crispe tant le débat public en Europe?

L’Europe a fait preuve de beaucoup de laxisme en la matière. Une fois que les migrants sont sur notre territoire, il convient de les accueillir dignement. Mais il faut aussi enrayer les flux migratoires à la source. On reste trop dans le domaine de l’émotion et du sentimentalisme. À cet égard, je ne comprends pas pourquoi la presse n’enquête pas sur les liens entre les ONG et les mafias de passeurs, même si tout part le plus souvent de bonnes intentions dans le chef du personnel humanitaire.

"Donald Trump est moins bête qu’on ne le dit, je pense qu’on le sous-estime encore trop."

Depuis que Matteo Salvini est aux commandes en Italie, le flux migratoire s’est tari. C’est la preuve que le phénomène n’est pas si irrépressible que certains voudraient nous faire croire. En France entrent chaque année 200.000 immigrés légaux qui, parfois, ont dû passer des examens pour avoir leurs papiers en ordre. Ceci montre qu’on ne se trouve pas devant une alternative entre ouverture et fermeture. Il faut gérer les flux et s’assurer que les ONG impliquées ne piétinent pas la légalité au nom d’une légitimité humanitaire qui serait supérieure à la loi.

Vous voyez Trump être conforté aux élections de mi-mandat?

Beaucoup d’Américains ne l’apprécient pas. Et beaucoup de jeunes s’inscrivent pour aller voter, ce qui laisse penser que les démocrates pourraient opérer une percée.

Les performances de l’économie américaine et de Wall Street plaident pourtant pour Trump…

Il a le cul bordé de nouilles, comme on dit chez nous. Il a tous les atouts de son côté. Et s’il réussit à s’entendre avec Kim Jong-un et à faire plier l’Iran, il pourra se prévaloir d’un bilan on ne peut plus positif, aussi vulgaire et brutal soit-il. Il est moins bête qu’on ne le dit, je pense qu’on le sous-estime encore trop.

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