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"Poutine a fait du Mondial son occupation personnelle"

©EPA

Mercredi, Vladimir Poutine a souhaité que la Russie joue "dignement" et "se batte jusqu’au bout" pendant la Coupe du monde, reconnaissant que la sélection de Stanislav Cherchesov a peu de chances de faire bonne figure dans la compétition. Pas grave. Au-delà du foot, le Mondial de Poutine est surtout un événement politique.

Historien, journaliste spécialiste du football, Aksel Vartanian revient sur les prémices du ballon rond en Russie, et ses liens spéciaux avec le pouvoir.

Qu’est-ce que la Coupe du monde de football peut apporter à la Russie?
Outre un nombre important de touristes et de fans venus des quatre coins de la planète, elle offre à la Russie une belle occasion de montrer au monde qu’un pays de l’Europe de l’Est est capable de bien organiser un événement sportif d’envergure. La Coupe du monde de football est un événement prestigieux pour les pays prestigieux. En étant le pays hôte du Mondial, la Russie peut désormais se vanter d’être dans la cour des grands.

"La Russie est un pays particulier: il faut une forte volonté provenant des hautes sphères du pouvoir pour avancer ou changer les choses."
Aksel Vartanian

Qu’est-ce que le Kremlin pourrait en tirer comme bénéfice?
À l’échelle nationale, Poutine devient LE président qui a fait du rêve russe du Mondial une réalité. En bons organisateurs de l’événement qui fera date dans l’histoire du pays, lui et son équipe marqueront des points. Au niveau international, la Coupe du monde pourra redorer l’image de la Russie et adoucir celle de son président.

Quel est le rôle de Vladimir Poutine dans cette Coupe du monde?
En règle générale, les préparatifs de la Coupe du monde relèvent des instances sportives des pays hôtes, à savoir le comité d’organisation local de la Fifa et le ministère des Sports. Or, ce n’est pas notre cas: visiblement, Poutine s’est beaucoup investi dans l’affaire, au point d’en faire une occupation personnelle. La Russie est un pays particulier: il faut une forte volonté provenant des hautes sphères du pouvoir pour avancer ou changer les choses.

Quand et comment la Russie s’est-elle intéressée au football?
Le football a été introduit dans l’Empire russe par des marins et des commerçants britanniques dans la seconde moitié du 19e siècle. Il a fallu attendre 1897, sous le tsar Nicolas II, pour que le premier match entre deux équipes russes – composée essentiellement d’Anglais – voie le jour à Saint-Pétersbourg. En 1912, la Russie s’est affiliée à la Fifa et l’équipe nationale de football a participé pour la première fois aux JO de Stockholm. Le premier championnat des clubs a eu lieu en 1936 sous l’URSS, où le régime prônait les bienfaits de la fizkultura (culture physique, NDLR) pour la création de l’homo sovieticus sain et endurant. Mais c’est surtout après la Grande Guerre patriotique (la Seconde Guerre mondiale, NDLR) que l’enthousiasme envers le ballon rond a connu un essor.

Le football a-t-il toujours été un outil politique en Russie?
Les gros clubs de football l’étaient. Ils ont été créés par des organes du pouvoir à l’époque soviétique: FC Dinamo était géré par la police politique, le CSKA par l’armée et le Spartak par les coopératives agricoles. Les terrains de football servaient de lieux de concurrence officieux à la nomenklatura. Après la chute de l’Union soviétique, les clubs de football se sont privatisés. Ils ne bénéficient plus d’aides financières de la part de l’État.

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