Poutine joue un "jeu dangereux" à la frontière ukrainienne

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky visite les forces armées près de la ligne de front avec des séparatistes pro-russes dans le Donbass, en Ukraine, le 9 avril 2021. ©via REUTERS

La Russie masse des troupes à la frontière ukrainienne depuis quelques semaines. L'Ukraine craint "une invasion". Poutine, en perte de vitesse, chercherait à redorer son blason.

Depuis la mi-mars, des bruits de bottes se font à nouveau entendre à la frontière entre la Russie et l'Ukraine et en Crimée. Le Kremlin a dépêché deux corps d'armée et des troupes aéroportées dans la région, où il dispose désormais de plus de 80.000 soldats. Cette concentration de troupes est la plus importante depuis la guerre de 2014, qui avait conduit à l'annexion de la Crimée. Kiev craint que la Russie ne cherche à provoquer un incident, suivi d'une "invasion". Moscou affirme qu'il s'agit de "mouvements internes" et accuse l'Ukraine de provocations.

80.000
militaires
La Russie a massé 80.000 soldats à la frontière orientale avec l'Ukraine et en Crimée.

Cette montée en puissance va de pair avec des accrochages de plus en plus fréquents entre l'armée ukrainienne et les forces prorusses occupant le Donbass à l'est de l'Ukraine, une région russophone dont les habitants détiennent désormais des passeports russes.

Le président des États-Unis Joe Biden et la chancelière allemande Angela Merkel ont demandé jeudi à la Russie de cesser ses mouvements des troupes.

"Nous ne pouvons pas rester indéfiniment dans la salle d'attente de l'UE et de l'OTAN."
Volodymyr Zelensky
Président de l'Ukraine

Vendredi, lors d'une rencontre avec le président français Emmanuel Macron et Angela Merkel, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a appelé l'UE à soutenir son pays face à la menace russe. Après le sommet, les trois dirigeants ont demandé à la Russie de retirer les troupes supplémentaires envoyées ces dernières semaines.

Dans une interview accordée la veille au Figaro, le président ukrainien a réclamé l'adhésion de l'Ukraine à l'UE et à l'OTAN. "Nous ne pouvons pas rester indéfiniment dans la salle d'attente de l'UE et de l'OTAN", a-t-il dit. Le gouvernement ukrainien veut intégrer ces deux organisations en 2025. Pour Moscou, c'est impensable.

L'UE a renouvelé son soutien à Kiev. "L'UE est très claire et très ferme dans son soutien à l'intégrité territoriale de l'Ukraine", a dit vendredi Peter Stano, un porte-parole de la Commission européenne.

Poutine et Biden se testent

Un round d'observation a débuté entre le président des États-Unis et celui de Russie.

Contrairement à Donald Trump, proche de Poutine, Joe Biden souffle le chaud et le froid sur le Kremlin. Mardi dernier, il a invité le président russe à un sommet en vue d'une "désescalade". Deux jours plus tard, il adoptait de nouvelles sanctions financières contre la Russie et une dizaine de diplomates russes en raison de la "guerre hybride" menée par Moscou. Un "conflit froid", fait de cyberattaques et de désinformation destinées à affaiblir l'Occident.

La Russie devrait prendre des sanctions en représailles.

Une invasion peu probable

La Russie va-t-elle envahir l'Ukraine? Le risque est jugé "faible à modéré" par le Pentagone. Moscou paierait cher une telle intervention. L'Ukraine est suffisamment armée pour lui assurer de lourdes pertes, tandis qu'elle jouit d'un appui des pays de l'OTAN.

Jusqu'ici la Russie a agi dans la région de manière discrète, par une infiltration de forces spéciales, comme en Crimée en 2014.

"Le jeu est dangereux, à la moindre étincelle la situation dans la région peut devenir rapidement incontrôlable."
Un diplomate européen

Le mouvement des troupes russes s'apparente plutôt à un exercice de musculation de Poutine en prévision des élections législatives de septembre. La révolte en Biélorussie, la gestion de la crise du Covid-19 et de la débâcle économique, l'arrestation du dissident Alexeï Navalny et les manifestations qui ont suivi ont abîmé l'image du maître du Kremlin.

Le président russe a également cherché à faire monter la pression, alors que Washington préparait ses nouvelles sanctions.

L'exercice a ses limites. "Le jeu est dangereux, à la moindre étincelle la situation dans la région peut devenir rapidement incontrôlable", fait observer un diplomate européen.

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