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Première transplantation réussie d'un rein de porc sur un humain

L'opération menée par l'équipe du professeur Robert Montgomery de l'hôpital NYU Langone a duré deux heures. ©AFP

L'expérimentation d'un hôpital new-yorkais ouvre la perspective d'une vaste source d'organes pour des centaines de milliers de personnes en attente de greffe.

C'est une transplantation inédite qui pourrait à l'avenir changer la vie des centaines de milliers de personnes en attente de dons d'organe chaque année. Pour la première fois, des scientifiques américains ont réussi à faire fonctionner sur un humain le rein d'un porc génétiquement modifié.

L'expérimentation a été menée le 25 septembre à l'hôpital NYU Langone de New York, sur le corps d'un patient en état de mort cérébrale, avec l'accord de sa famille. L'équipe médicale a connecté le rein de porc aux vaisseaux sanguins du patient au niveau du haut de sa jambe, sans implanter l'organe à l'intérieur du corps.

"C'était plus efficace que nous ne l'attendions, je pense. Le rein a fonctionné immédiatement."
Robert Montgomery
Directeur de l'Institut de transplantation de NYU Langone

Le rein "a bien fonctionné" durant les deux jours et demi qu'a duré l'expérience, a dit à l'AFP Robert Montgomery, directeur de l'Institut de transplantation de NYU Langone. "Il a fait ce qu'il était censé faire, (…) il a produit de l'urine." Au bout de 54 heures, constatant la réussite de la transplantation, les médecins ont coupé le respirateur artificiel du patient

Source d'organes durable

Le porc sur lequel a été prélevé le rein transplanté avait été préalablement génétiquement modifié, a expliqué Robert Montgomery. Un rein de porc normal produit en effet un sucre incompatible avec le corps humain, qui aurait provoqué "un rejet immédiat" de l'organe. "C'était plus efficace que nous ne l'attendions, je pense", a confié le professeur au New York Times. "Beaucoup de reins de personnes décédées ne fonctionnent pas immédiatement, et prennent des jours ou des semaines à s'enclencher. Celui-ci a fonctionné immédiatement."

"Les porcs ont la bonne taille, ils grandissent rapidement et les portées comptent beaucoup de petits."
Robert Montgomery
Directeur de l'Institut de transplantation de NYU Langone

Cette première ouvre la voie à de nouvelles possibilités de xénogreffe - d'un animal à un humain - pour tous les patients en attente de dons d'organes. Près de 107.000 Américains sont actuellement sur liste d'attente, dont 90.000 pour un rein. Chaque jour, 17 personnes en besoin d'une greffe meurent dans le pays. En Belgique, près de 100 personnes en attente d’organes décèdent encore chaque année.

Pour Robert Montgomery, des porcs génétiquement modifiés pourraient être une source d'organes durable pour répondre à cette demande gigantesque."Les porcs ont la bonne taille, ils grandissent rapidement et les portées comptent beaucoup de petits. C'est aussi plus acceptable car on utilise déjà les porcs pour l'alimentation." Des valves cardiaques de porc sont aussi déjà transplantées chez des humains, et leur peau peut être utilisée pour des greffes sur de grands brûlés.

Question éthique

La communauté scientifique internationale a salué le tour de force, mais reste prudente dans l'attente des résultats détaillés, qui doivent être publiés le mois prochain. Robert Montgomery a lui-même reconnu que ces résultats étaient "limités", notamment à cause de la courte période d'expérimentation. Selon lui, des essais cliniques plus larges pourraient débuter d'ici "un an ou deux".

Au-delà du défi scientifique, la perspective d'élevages d'animaux destinés au prélèvement d'organes pose des questions éthique et écologique. "Les porcs ne sont pas des pièces détachées et ne devraient pas être utilisés comme telles", a réagi l'association américaine de défense des animaux Peta.

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