analyse

Quand un virus local impacte potentiellement 7,7 milliards d'humains

L'accélération de la propagation du coronavirus hors de Chine suscite l'inquiétude de l'OMS. ©AFP

L'épidémie de Covid-19, le nouveau coronavirus, poursuit sa progression. Dans une ère globalisée, faite d'interconnexions économiques et humaines, ses conséquences sont énormes. En Europe, les bourses dévissent. Au-delà, les habitudes de consommation et de vie de millions de citoyens sont affectées.

Tout est parti de Wuhan, capitale de la province de Hubei dans le centre de la Chine. Le 31 décembre 2019, les autorités signalaient pour la première fois à l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) la présence d’un nouveau virus. Deux mois plus tard, c’est la flambée: plus de 80.000 cas ont été confirmés et près de 3.000 décès répertoriés. De l’Océanie à l’Amérique, en passant par l’Afrique, l’Asie et l’Europe, plus aucun continent n’y échappe.

2.870
Décès
Le coronavirus a fait 2.870 morts dans le monde, selon les derniers chiffres de l'OMS.

Par rapport au SRAS et au MERS, d’autres coronavirus tristement célèbres, le Covid-19 se démarque d’un point de vue médical par une propagation beaucoup plus rapide et une létalité moindre. Surtout, son impact mondial a d’ores et déjà largement dépassé celui de ses prédécesseurs.

Berceau de l’épidémie, la Chine a pris des mesures drastiques en confinant des millions de personnes. Le contingentement mis en place a été beaucoup plus strict que par le passé, observe le directeur des Études économiques à l’IESEG, Eric Dor. Aussi radicale soit-elle, la décision de mettre à l’arrêt une large partie du secteur manufacturier a permis d’endiguer la propagation du virus. Vendredi, Pékin faisait état d’un bilan de 44 morts et 327 nouveaux cas, soit le plus faible sur son territoire depuis le 24 janvier.

Edito | Globalization

Situation inédite

Mais, dans un monde globalisé, les déplacements humains et de marchandises sont tels que le Covid-19 avait déjà eu l’occasion d’atteindre bien d’autres territoires. Pour nombre d’entre eux, la situation est inédite, tout comme les réactions qu’elle engendre.

Au Japon, les écoles sont fermées pour un mois. En Suisse, tous les événements réunissant plus de 1.000 personnes, sont annulés jusqu’au 15 mars. Le salon international de l’auto de Genève vient d’en faire les frais. En Lombardie, où de nombreux cas d’infection ont été constatés, des villes entières sont placées en quarantaine, tandis qu’à Tenerife, des centaines de touristes, dont des Belges, se sont retrouvés confinés dans un hôtel.

Les pertes enregistrées par les actions européennes depuis vendredi dernier sont les plus importantes depuis la crise financière de 2008-2009.

Que ce soit à Hong Kong, où la panique provoque une ruée sur le papier toilette, ou en Italie, où les rayons pâtes de certains supermarchés sont vides, une constante se dégage: les populations s’inquiètent. En Belgique aussi, dans les écoles et les crèches, les aéroports et les entreprises, des instructions sont données pour se prémunir contre le Covid-19. Si le virus n’a pas encore atteint le plat pays, les autorités s’y préparent. Ou qu’ils se trouvent, les citoyens du monde ne peuvent plus ignorer l’existence du Covid-19.

Leurs craintes, parfois exacerbées par les caisses de résonance que constituent les réseaux sociaux, vont en s’amplifiant. Cette panique, elle s’est d’ailleurs emparée des marchés mondiaux. Les pertes enregistrées par les actions européennes depuis vendredi dernier sont les plus importantes depuis la crise financière de 2008-2009. "Depuis le milieu de la semaine passée, la Bourse s’effondre. Cela veut dire que les gens deviennent très pessimistes. Est-ce rationnel? Beaucoup d’experts estiment que c’est exagéré", pointe Eric Dor.

Conséquences économiques

 Après la Chine, la crainte est désormais de voir les contingentements se multiplier dans le monde. "Un scénario catastrophe serait que la situation perdure et fasse tache d’huile en Europe avec des confinements multiples et des arrêts de productions", avertit le directeur de l’IESEG.

"D'après les commentaires qu'on reçoit de Chine, l'activité commence à repartir tout doucement."
Philippe Ledent
Senior economist ING

D'après Philippe Ledent, économiste senior chez ING Belgique, l’impact économique global de la crise dépendra avant tout de sa durée, d’une part en raison des problèmes d’approvisionnement à la suite des fermetures en Chine, d’autre part du manque d’activité provoqué par les confinements. "D’après les commentaires qu’on reçoit de Chine, l’activité commence à repartir tout doucement. Cela impactera le premier trimestre, mais on reste pour l’instant dans l’ordre du gérable. Ce n’est pas de nature à plomber toute l’année", estime-t-il.

"Le scénario le plus plausible est que le gros de la frayeur aura disparu d’ici l’été. On dépensera alors plus tard ce qu’on n’a pas pu dépenser maintenant", analyse pour sa part Eric Dor. Mais d’ici là? L’accélération de la propagation du virus hors de Chine va-t-elle se poursuivre? Les confinements se multiplier? Quand nos multinationales pourront-elles reprendre leurs activités normalement? Toutes ces questions demeurent sans réponse.

Remise en question

Tous nos interlocuteurs s’accordent: l’épisode du Covid-19 risque d’entraîner ou d’accélérer une réflexion sur l’organisation du système de production mondial. "Aujourd’hui, les entreprises peuvent se permettre de tout concentrer en un seul lieu et maximiser leurs économies d’échelle. En agissant de la sorte, elles se rendent toutefois fragiles, assure Étienne de Callatay, Chief Economist d’Orcadia Asset.

L’épisode actuel constitue potentiellement “un élément accélérant dans un mouvement déjà bien lancé”, abonde Philippe Ledent. Certaines entreprises, craignant d’être trop exposées à des chocs, qu’ils soient géopolitiques ou épidémiques, seront peut-être tentées de réorganiser leurs modes de production, reconnaît-il.

Et en matière sanitaire, quelles leçons faudra-t-il tirer de cette crise? Les efforts de recherche devront-ils être accrus? Les procédures en cas d’épidémie revues?  Le temps n’est pas encore au questionnement, mais bien au pragmatisme dans la résolution de la crise.

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