chronique

Quel avenir pour les relations Chine-USA ?

Président d’Eurasia Group et GZERO Media et auteur de Us vs. Them: The Failure of Globalism

Ces trois dernières années, le Président chinois avait réussi à canaliser l’agressivité de l’administration Trump envers Pékin. Puis, la pandémie est arrivée. Une chronique de Ian Bremmer, président d’Eurasia Group et de GZERO Media.

La diplomatie maladroite déployée par la Chine dans le cadre de la pandémie de Covid-19 peut être considérée comme un point de basculement dans ses relations avec l’Occident. Tout d’abord, la Chine a dissimulé l’existence du virus au début de l’épidémie. Pékin s’est ensuite embarqué dans une campagne agressive de diplomatie médicale avec pour but de présenter sa maîtrise de la pandémie comme preuve de la supériorité du modèle de gouvernance chinois - cette tentative s’est avérée infructueuse après qu’une partie de l’aide fournie se soit révélée inefficace. Ce fut une combinaison désastreuse pour l’image de l’Empire du Milieu.

Mais si la pandémie a dégradé les relations entre la Chine et une série de pays – le Royaume-Uni, l’Australie, une partie importante de l’Europe et l’Inde, pour n’en citer que quelques-uns – elle a encore intensifié la détérioration déjà bien amorcée de ses relations avec les Etats-Unis. Aujourd’hui, un des rares sujets sur lesquels les démocrates et les républicains sont d’accord, c’est la nécessité de durcir l’attitude des Etats-Unis envers la Chine. Cela signifie que tout espoir de rétablir de (bonnes) relations entre les deux pays se trouve aujourd’hui à Pékin et pas à Washington.

Aujourd’hui, un des rares sujets sur lesquels les démocrates et les républicains sont d’accord, c’est la nécessité de durcir l’attitude des Etats-Unis envers la Chine.

Les évolutions observées cet été ne sont pas encourageantes. Tandis que Trump se concentre depuis longtemps sur les échanges commerciaux entre son pays et la Chine, la technologie occupe le devant de la scène dans cette guerre commerciale. Ces dernières semaines, nous avons vu des pays comme le Royaume-Uni bannir le champion de l’Etat chinois – Huawei – de la future infrastructure 5G, en partie pour satisfaire à la demande américaine. Pékin a promis des représailles. La volonté de Washington d’obliger le propriétaire de TikTok à vendre les activités américaines à un nouvel acteur a encore intensifié la bataille technologique, et devrait plus que probablement se traduire par de nouvelles restrictions pour les entreprises américaines actives en Chine. Même la bataille de la Chine contre l’Inde suite à un clash dans l’Himalaya entre les deux armées s’est soldée par une victoire pour les Américains, étant donné que les sociétés américaines ont commencé à intensifier leur présence sur le marché indien suite aux mesures de rétorsion indiennes bannissant les apps chinoises. Mais alors que le conflit technologique entre la Chine et les Etats-Unis s’intensifie, la Chine montre peu de signes indiquant qu’elle est prête à faire machine arrière.

Alors que le conflit technologique entre la Chine et les Etats-Unis s’intensifie, la Chine montre peu de signes indiquant qu’elle est prête à faire machine arrière.

Un conflit technologique meurtrier entre les deux superpuissances pourrait s’avérer catastrophique en cet été déjà marqué par la pandémie de Covid-19. Ce conflit est encore exacerbé par la décision de la Chine de se montrer plus agressive sur des questions comme celles de Hong Kong, Taiwan et la Mer de Chine méridionale. Le contrat implicite entre Xi et l’élite politique chinoise reconnaît que plus son pouvoir sera important, mieux il sera armé pour piloter la montée de la Chine en tant que puissance mondiale et pour renforcer son hégémonie en Asie. Pour respecter ce marchandage, Xi doit adopter une ligne dure dans des domaines qui touchent de près la question de la souveraineté de la Chine. C’est ce qui explique la récente répression des activistes pro-démocratiques à Hong Kong et le vote en force d’une nouvelle loi sur la sécurité, ainsi que le comportement plus affirmé de la Chine en Mer de Chine méridionale, où sa position est contestée. Ces décisions sont non seulement un message adressé aux voisins de la Chine, mais aussi aux Etats-Unis. Les Américains ont répliqué avec les mêmes armes, en annonçant la visite à Taiwan d’Alex Azar, Secrétaire américain à la Santé et aux Services sociaux, l’officiel le plus haut placé amené à rendre visite au territoire depuis des années, et un signal clair envoyé à Pékin.

Cette décision des Etats-Unis n’est pas surprenante. Il a fallu à la classe politique américaine plusieurs années pour mettre en place cette position antichinoise et elle ne changera pas facilement de cap. Même si Joe Biden remporte l’élection en novembre, nous devons nous attendre à une attitude anti-Chine comparable dans la politique étrangère américaine, même si la rhétorique sera plus modérée. Cela signifie que si quelqu’un peut changer le cours des relations USA-Chine aujourd’hui, c’est bien Xi Jinping, une personnalité politique au palmarès impressionnant dans ses tentatives de modification des relations entre le parti et l’économie, la société et la communauté internationale. S’il existe une solution de sortie de crise à court terme, elle devra venir de Xi.

Si quelqu’un peut changer le cours des relations USA-Chine aujourd’hui, c’est bien Xi Jinping, une personnalité politique au palmarès impressionnant dans ses tentatives de modification des relations...

Cela fait trois ans que le Président chinois essaie de répondre aux provocations américaines par des réactions mesurées et proportionnées dans l’espoir de prouver que son pays a atteint une certaine maturité, tout en dissuadant toute action future susceptible de nuire à l’économie chinoise. Ce fut toujours très difficile pour le leadership chinois étant donné le consensus qui règne aujourd’hui à Washington à propos de la Chine. Après trois ans d’administration Trump, cette forme d’équilibre menace aujourd’hui de vaciller. La bonne nouvelle pour la Chine, c’est que l’avenir de ses relations avec le géant américain est entre ses mains.

Mais c’est aussi une mauvaise nouvelle.

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