Quel sort pour les enfants belges de djihadistes?

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Plusieurs dizaines d’enfants belges, fils et filles de membres du groupe État islamique, seraient actuellement retenus dans des camps du nord-est syrien. Seront-ils rapatriés en Belgique? Des voix s’élèvent en faveur de leur retour, citant l’urgence humanitaire et un impératif sécuritaire.

Le camp de Roj ("soleil", en kurde) s’étend au pied d’une petite colline d’herbes sèches. Par-delà le grillage de barbelés, des ombres se détachent sur les toiles blanches des rangées de tentes. C’est là, dans ces abris de fortune, que vit une partie des derniers rescapés du "Califat" déchu. Des femmes et des enfants de l’organisation État islamique (EI), 550 familles en tout, locales et étrangères, désormais détenues entre quatre bandes de grillages de fer dans le nord-est de la Syrie. Aujourd’hui, les forces kurdes plaident pour un retour des mineurs vers leurs pays d’origine, tout en affirmant vouloir juger leurs parents sur place.

"Nous faisons de notre mieux, mais nos moyens sont limités. Nous faisons face à une pénurie de médicaments. Quelques ONG viennent parfois aider, parfois pas", souffle la directrice du camp, qui souhaite rester anonyme pour des raisons de sécurité. Ses yeux noisette s’assombrissent: "J’ai beaucoup de peine pour ces enfants. Certains ont perdu des pieds ou des mains dans les combats. Qu’ont-ils fait pour mériter cela? Nous répétons que nous sommes prêts à travailler avec leurs gouvernements pour les rapatrier."

Rapatrier les enfants sans leurs mères?

En juin dernier, la Belgique avait déjà procédé au rapatriement de cinq enfants et d’une jeune femme de 18 ans, orphelins ou séparés de leurs parents. Une mission en contradiction avec les objectifs jusque-là annoncés par le gouvernement, soit le rapatriement de tous les enfants de moins de dix ans. Mi-septembre, un panel d’experts avait appelé au rapatriement de 41 enfants belges de moins de six ans localisés en Syrie.

"J’ai beaucoup de peine pour ces enfants. Certains ont perdu des pieds ou des mains dans les combats. Qu’ont-ils fait pour mériter cela?"

Les capitales européennes rechignent à effectuer ces rapatriements, qui ont eu lieu de manière épisodique ces derniers mois, chaque pays jugeant les dossiers au cas par cas, et tous, ou presque, s’opposant au retour des mères. Et pour cause: certaines de ces femmes du djihad ont pu prendre les armes, participer à la propagande du groupe, torturer au sein de la hisba (la police des mœurs), ou collaborer à la "traite" des femmes de la communauté yézidie.

La Belgique, qui s’oppose, elle aussi, au retour des adultes, pourrait-elle rapatrier ces mineurs sans leurs mères? Plusieurs États européens ont déjà discrètement fait de la prospection dans les camps du nord-est syrien pour savoir si ces djihadistes accepteraient de laisser partir leurs enfants sans elles. Certaines des femmes belges vivant dans le camp de Roj disent à L’Echo ne pas vouloir les abandonner, et demandent à pouvoir rentrer elles aussi. L’État pourrait-il alors se passer de leur consentement, au nom de "l’intérêt supérieur de l’enfant"? Faut-il encore parvenir à déterminer que, dans le cas d’enfants nés sur place, ceux-ci sont bien belges.

"Bombes à retardement"

Selon les derniers chiffres du International Rescue Committee, entre les mois de décembre et septembre, 339 décès d’enfants ont été recensés dans le camp d’al-Hol.

La crainte est aussi de voir ces mineurs devenir des "bombes à retardement". Les camps où ils sont retenus, comme Roj mais surtout al-Hol, où vivent plus de 70.000 personnes, sont devenus des poches de résistance idéologique loyale à l’EI. Radicalisés depuis leur naissance, pourraient-ils représenter une menace? Dans un ministère à Bruxelles, on décrit d’ailleurs certains des six Belges rapatriés pendant l’été comme "proto-radicalisés". Mais le contre-argument veut qu’au plus longtemps ces enfants seront maintenus dans ces camps, plus le risque de radicalisation sera élevé, et que la Belgique, contrairement aux forces kurdes, a les moyens de les réinsérer dans la société.

À l’impératif sécuritaire, il faut surtout ajouter l’urgence humanitaire. Selon les derniers chiffres du International Rescue Committee, entre les mois de décembre et septembre, 339 décès d’enfants ont été recensés dans le camp d’al-Hol. Les causes principales étant des cas de malnutrition sévère, de diarrhée avec déshydratation et la pneumonie. L’IRC note également que les enfants étrangers, qui vivent avec leurs mères dans une annexe du camp, meurent en plus grand nombre, l’accès aux soins de santé y étant plus restreint, et les conditions sanitaires horrifiques. L’organisation craint une hausse du nombre de décès avec l’arrivée de l’hiver. Les corps des enfants, parfois des bébés, sont enterrés en périphérie du centre de détention, dans un petit lopin de terre reconverti en cimetière. Au moins quatre enfants belges seraient déjà décédés.

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