Retraites: plus d'un million de Français dans la rue

Plus d'un million de manifestants, 2,7 millions selon le premier syndicat français, ont réclamé mardi dans les rues de France une refonte de la réforme des retraites, projet phare de Nicolas Sarkozy, mais le chef de l'Etat est resté ferme à l'amorce du débat parlementaire.

Présenté comme un moment de vérité politique à moins de deux ans de la prochaine élection présidentielle de 2012, la journée de grèves et de manifestations a drainé la plus forte mobilisation enregistrée depuis le début de la contestation du projet gouvernemental, en mars.

La police a dénombré 1,12 million de participants, dans toute la France. Selon la CGT (syndicat de gauche), les cortèges ont rassemblé quelque 2,735 millions de personnes tandis que le deuxième syndicat du pays, la CFDT, faisait état de 2,5 millions de manifestants.

"Retraites solidaires, emplois, salaires, un enjeu de société": c'est la banderole qui ouvrait le défilé parisien, le plus imposant, au son des vuvuzelas et de slogans anti-gouvernementaux.

Les dirigeants syndicaux ont affirmé avoir réussi leur pari d'une mobilisation plus forte que le 24 juin, précédente journée de contestation, qui avait rassemblé entre 800.000 personnes, selon la police, et deux millions, selon les syndicats.

C'est "la plus grosse mobilisation de ces dernières années", a assuré François Chérèque, dirigeant de la CFDT, avertissant que si le gouvernement restait sourd face à ce coup de semonce, les syndicats n'auraient "pas d'autre solution que de continuer" le mouvement social.

Partout dans le pays, les grèves ont provoqué d'importantes perturbations dans les transports ferroviaire, urbain et aérien. Deux trains à grande vitesse (TGV) sur cinq circulaient, le trafic était perturbé dans les principaux aéroports. Dans les écoles, les collèges et les lycées, de nombreuses classes sont restées fermées.

Si la mobilisation était forte dans le secteur public, bastion traditionnel des syndicats, beaucoup d'entreprises du secteur privé étaient aussi représentées dans les cortèges, importants dans les grandes villes de province.

Les syndicats avaient choisi le début du débat parlementaire sur les retraites pour organiser cette journée d'action. Il a débuté à l'Assemblée nationale dans un climat houleux, la gauche accusant le gouvernement "de ne pas avoir joué sincèrement le jeu de la négociation" et fustigeant un projet "injuste" qui "fait porter 95% de la charge sur les salariés".

Le Premier ministre, François Fillon, a assuré être "ouvert au débat, pour peu que l'on ne perde pas de vue l'objectif de la réforme", qui est de "faire en sorte que les retraites des Français soient payées demain".

La réforme prévoit de repousser l'âge minimum de la retraite de 60 à 62 ans d'ici à 2018. Le gouvernement considère que faire travailler les Français plus longtemps, à l'instar de leurs voisins européens, est la meilleure option pour assurer des besoins de financement estimés à 70 milliards d'euros d'ici à 2030.

Selon les sondages, une majorité de Français approuvent cette mobilisation, tout en considérant la réforme inéluctable. Cette apparente ambivalence de l'opinion conforte l'exécutif.

Nicolas Sarkozy a ainsi répété mardi à des députés de son parti qu'il fallait rester "ferme" sur le point essentiel de la réforme, les 62 ans, même si des aménagements étaient possibles sur les emplois pénibles ou les carrières longues.

Au plus bas dans les sondages, le président compte sur cette réforme pour rétablir son autorité dans son camp, tiraillé à l'approche d'un remaniement gouvernemental prévu à l'automne et de la présidentielle du printemps 2012.

Depuis des mois, le gouvernement est plombé par une succession d'affaires, qui affaiblissent en particulier le ministre du Travail, Eric Woerth, accusé de conflits d'intérêts lié à la femme la plus riche de France, Liliane Bettencourt, héritière du groupe de cosmétiques L'Oréal.

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