Trichet cultive le flou artistique

L'homme fort de la banque centrale européenne ne dit pas un mot sur la stratégie de rachats de dettes par la BCE, mais évoque une inflation revue à la hausse.

Rarement réunion du Comité de politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE) aura été placée sous aussi haute tension. C’est, en effet, la première fois depuis le coup d’éclat du week-end des 8-9 qui déboucha sur l’annonce fracassante du rachat des dettes " toxiques " de la zone euro que l’institut d’émission avait l’opportunité de revenir sur une stratégie fortement contestée, même en interne, et surtout désavouée par les marchés. Non seulement la dépréciation de l’euro n’est pas enrayée, mais surtout la prime de risque des dettes publiques de la zone euro, à l’exception de celles émises par l’Allemagne, continue à s’accroître.
Si l’objectif était de permettre, aux pays les plus handicapés par un endettement et des déficits exorbitants, de se refinancer sur le marché obligataire à des conditions acceptables, le résultat est loin d’être probant. Non seulement les pays de la périphérie européenne restent confrontés à des rendements à 10 ans compris entre 4 et 8%, mais même certains Etats du " noyau dur ", comme la Belgique ou l’Autriche, n’échappent plus à la hausse de leur prime de risque crédit (lire " L’Echo " du 10 juin).

L’exemple de la Fed

On pouvait donc espérer que Jean-Claude Trichet clarifie sa stratégie. Mais le patron de la BCE est resté dans le flou le plus complet. On ne sait toujours pas quelles sont les dettes rachetées, ni le montant global que la BCE serait disposée à racheter.
A sa décharge, on rappellera que la Réserve fédérale américaine (Fed) n’a pas fonctionné autrement. Bloomberg qui avait essayé, par voie de justice, d’obtenir de la Fed le détail de ses rachats de dettes, a été débouté. Comme le résume Julian Callow, chef économiste pour l’Europe auprès de Barclays Capital, " si la BCE ne veut pas donner la moindre munition aux spéculateurs, elle doit rester la plus vague possible ". Il serait totalement contre-productif de stigmatiser tel ou tel pays en précisant que sa dette ne trouve plus preneur qu’à la BCE.

Des certificats ?

Tous ceux qui, à l’instar du FMI, réclamaient une communication plus transparente de la BCE en sont donc pour leur frais. Ils ne sont pas davantage fixés sur la manière dont la banque centrale va immuniser l’effet inflationniste de ses rachats de dettes. On sait qu’elle souhaite réabsorber, proportionnellement à ses rachats, des liquidités sur le marché monétaire, sans quoi on pourrait l’accuser de faire tourner la planche à billet. Mais la technique pour y parvenir reste inconnue. Tout juste a-t-on une piste à se mettre sous la dent.

La BCE a communiqué mercredi par erreur un message interne selon lequel l’institut d’émission envisagerait d’émettre des certificats de trésorerie à trois mois assorti d’un rendement pouvant grimper jusqu’à 1%. Bien qu’un officiel de la banque ait demandé à Reuters de ne pas tenir compte de ce message test, il n’y a peut-être pas de fumée sans feu…

Un exercice d’équilibriste

La seule certitude que l’on ait, c’est que la BCE est consciente du risque qu’elle encourt en alourdissant son bilan de dettes à risque. Axel Weber a clairement affirmé qu’il fallait que ces rachats d’emprunts soient " limités " et " sérieusement encadrés ", sous peine de mettre à mal le mandat de la banque (la stabilité des prix). Une mise en garde qui explique peut-être pourquoi les rachats de la BCE (40,5 milliards d’euros) vont en s’amenuisant semaine après semaine.

A moins que l’institut d’émission estime que les plans d’austérité, mis en place progressivement à l’échelle européenne, finiront par porter leurs fruits. Jean-Claude Trichet a, en effet, relevé ses perspectives de croissance et d’inflation dans la zone euro de respectivement 0,8 % à 1 % et de 1,2 % à 1,5 %.
Un ajustement trop modeste cependant pour laisser entrevoir un prochain relèvement de la garde monétaire de la banque. Le marché n’anticipe pas, surtout dans le contexte de gel grandissant du marché interbancaire à l’approche de l’échéance du 1er juillet (les banques doivent rembourser la bagatelle de 442 milliards d’euros de dettes), de hausse du principal taux directeur de la BCE (1%) avant, au mieux, le deuxième semestre 2011.

La BCE n’a donc pas fini de jouer à l’équilibriste entre son rôle de stabilisateur des prix et son envie de stabiliser suffisamment les marchés que pour permettre aux Etats de mener à bien leurs réformes structurelles.

 

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