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Trump et Kim se quittent sans accord. Echec?

©REUTERS

Donald Trump et Kim Jong-un se sont quittés sans accord à Hanoï. Les discussions auraient capoté sur la question des sanctions et de ce que chacun entend par "dénucléarisation". Mais le dialogue ne serait pas rompu.

On n’attendait pas grand-chose du deuxième sommet entre Donald Trump et Kim Jong-un qui s’est tenu mercredi et jeudi à Hanoï. De fait, les deux dirigeants se sont quittés sans accord, zappant même le repas et la cérémonie qui devaient clôturer l’événement. 

Le président américain a expliqué à la presse que les discussions des deux derniers jours avaient été "intéressantes et productives", mais qu'il n'était "pas approprié de signer un accord" à ce stade-ci. Il l’a d’ailleurs répété à plusieurs reprises, il n’est pas pressé d’arriver à un accord avec la Corée du Nord et se satisfait pour l’instant de la suspension des essais nucléaires et balistiques. Tout ça pour ça, serait-on tentés de dire. Voyons ce qu’il en est à l’issue de ce sommet manqué.

Peut-on parler d’un échec sur toute la ligne?

Le président Trump rentre chez lui avec de bien maigres résultats. Les Etats-Unis n’ont obtenu de Kim qu’un nouvel engagement plutôt vague à dénucléariser son pays et à ne plus réaliser de tests nucléaires et balistiques, ce qu’il avait déjà fait à Singapour en juin. Le président nord-coréen s’est également déclaré favorable à l’ouverture de bureaux de liaisons entre les Etats-Unis et son pays, sans s’engager plus en avant.

Avant le sommet, il avait été question que les deux pays tournent une bonne fois pour toutes la page de la guerre de Corée qui s’était soldée en 1953 par un armistice, mais pas une déclaration de paix. Ce sera pour une autre fois. Cela étant, le simple fait que les Etats-Unis et la Corée du Nord se soient quittés avec une promesse de poursuivre les discussions, c’est mieux que rien. 

Où les discussions ont-elle capoté?

Ils voulaient que les sanctions soient levées dans leur entièreté et nous ne pouvions pas faire cela.
Donald Trump
Président des Etats-Unis

Difficile à dire. Mais, d’après Trump, c’est surtout la question des sanctions qui aurait posé problème. "Ils voulaient que les sanctions soient levées dans leur entièreté et nous ne pouvions pas faire cela", a-t-il expliqué. D’après lui, les Nord-Coréens étaient prêts à faire des progrès en matière de dénucléarisation (en fermant par exemple leur complexe de Yongbyon où fut construit leur premier réacteur nucléaire), mais pas dans les domaines jugés importants pas Washington. Kim "a une certaine vision (de la dénucléarisation), ce n’est pas exactement notre vision", a expliqué Trump. 

Certains experts craignaient que le président américain ne lâche du lest prématurément. Au final, il se serait donc montré intraitable. Le fait que son ancien avocat Michael Cohen l’ait qualifié de "tricheur", "raciste" et "escroc" dans un témoignage accablant devant le Congrès américain au moment-même où il négociait avec son homologue nord-coréen pourrait également avoir joué. En posant un geste fort comme quitter la table des négociations à Hanoï, Trump savait qu’il détournerait momentanément l’attention des médias et du public.

Où en sont les sanctions frappant la Corée du Nord?

Le Conseil de sécurité des Nations-Unies a adopté plusieurs batteries de sanctions depuis que la Corée du Nord a commencé à effectuer des tests nucléaires en 2006. Il s’agit par exemple de sanctions financières, d’embargos sur les ventes d’armes et de technologies pouvant être utilisées à des fins nucléaires, de l’interdiction pour le pays d’importer des produits de luxe. Ses importations de pétrole et de produits raffinés sont également soumises à des quotas. 

Ces sanctions internationales ne sont cependant pas toujours respectées et auraient pu être plus dissuasives si la Russie et la Chine n’avaient fait pression pour arrondir les angles. Les Etats-Unis ont d’ailleurs adopté leurs propres sanctions économiques qui englobent davantage de produits et visent plus de personnalités nord-coréennes. Les sanctions américaines s’étendent par ailleurs aux pays, entreprises et aux personnes faisant affaire avec Pyongyang.

Que vaut la parole de Kim Jong-un?

©Photo News

Le leader nord-coréen s’était engagé au printemps dernier à suspendre ses essais nucléaires et balistiques et à fermer le site d’essais nucléaire de Punggye-ri. Les essais auraient bien été suspendus. Et Kim a invité la presse internationale à assister à une explosion sur le site de Punggye-ri. Mais sa destruction n’a pas pu être vérifiée par des inspecteurs internationaux.

Par ailleurs, d’après les services de renseignements américains, la Corée du Nord continuerait à produire du combustible nucléaire à usage militaire, des ogives et elle aurait même accéléré sa production de missiles balistiques de longue portée. Le pays disposerait également d’une dizaine de bases de missiles balistiques secrètes.

Cela étant, même si la menace est réelle -les experts internationaux estiment que le pays dispose de 20 à 60 bombes nucléaires-, encore faut-il voir dans quelle mesure les missiles nord-coréens pourraient effectivement atteindre le territoire américain. Et si Pyongyang oserait passer à l’acte contre les Etats-Unis ou leurs alliés sud-coréens et japonais. Tout mégalo qu’il soit, Kim sait bien que son arsenal nucléaire ne pèserait pas lourd face à la force de frappe américaine.

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