analyse

Trump et Macron relâchent la pression sur la taxe Gafa

Emmanuel Macron et Donald Trump. ©REUTERS

En riposte à la loi française sur les Gafa, Washington veut pénaliser les produits de luxe français aux états-Unis. L’Union Européenne entend apporter son soutien à Paris face à Washington.

"Nous avons un différend mineur. Je pense que nous allons probablement pouvoir le surmonter", a déclaré Donald Trump lors d’une rencontre à Londres avec Emmanuel Macron. "Je pense qu’avec le président Trump nous pouvons régler cette situation", a répondu le président français. La décision d’appliquer ou non ces surtaxes sera prise en janvier prochain.

L’Amérique de Trump n’en est plus à un conflit commercial près. Et cette fois, c’est Paris, avec en toile de fond l’Europe, qui devrait en faire les frais. En cause? La taxe Gafa française. Alors qu’il avait donné son accord de principe au projet d’une taxe universelle des géants du numérique, Donald Trump a fait volte-face. "Je ne laisserai pas la France taxer les groupes américains", a-t-il lâché, jugeant l’impôt "discriminatoire." Pis, Washington brandit désormais des menaces de représailles massives. En effet, lundi, l’administration américaine a indiqué qu’elle pourrait infliger des droits de douane supplémentaires pouvant aller jusqu’à 100% sur certains produits français.

"L’Union européenne agira et réagira d’une seule voix."
daniel rosario
porte-parole de la commission européenne

Certes, la menace couvait depuis plusieurs mois. Depuis juillet surtout, lorsque le Parlement français a adopté au Sénat, le "projet de loi sur la création d’une taxe sur les services numériques." Son objectif? Prélever 3% sur les revenus des grands acteurs qui, dans le secteur du numérique, réalisent 750 millions d’euros de chiffre d’affaires dans le monde, dont 25 millions sur le sol français. Soit une trentaine d’entreprises. Avec au premier chef, les Google, Apple, Facebook et Amazon (les Gafa). Pour l’État français, cet impôt pourrait rapporter 500 millions d’euros par an. Autant dire une goutte d’eau par rapport aux 560 milliards de chiffre d’affaires dégagés par les seuls Gafa en 2017 dans le monde. Quoi qu’il en soit, le projet a déclenché l’ire de Donald Trump qui, dès juillet, a réclamé qu’une enquête soit menée contre la France, et ce, en vue d’établir le caractère discriminant de cette taxe. Peu importe donc si des groupes européens sont également dans le collimateur de la loi, comme Zalando, Axel Springer et le Français Criteo, ou que l’intention française est d’en faire à terme une taxe universelle. L’enquête américaine a conclu qu’elle portait préjudice aux leaders mondiaux du secteur, tous Américains.

Résultat: fromages, yaourts, produits cosmétiques, sacs à main, maquillage, vin pétillant… figurent d’ores et déjà sur la liste préliminaire des 63 produits français susceptibles de faire les frais de ce bras de fer commercial. Pour un équivalent de 2,4 milliards d’euros.

Un risque pour les groupes français

Pour les groupes de luxe français qui réalisent près de 2 milliards de chiffre d’affaires aux états-Unis, cette décision pourrait être lourde de conséquences. L’Amérique constitue le premier marché à l’export pour le champagne avec 1,2 million de bouteilles vendues. La France y exporte aussi 2 millions de sacs à main chaque année. Pour l’heure, les représailles épargneraient le vin traditionnel, mais ce dernier est déjà surtaxé du fait d’un litige commercial en lien avec des subventions européennes accordées à Airbus.

Bruno Le Maire, ministre de l’économie et des finances a qualifié d’"inacceptables" ces menaces. "Ce n’est pas le comportement qu’on attend des États-Unis d’Amérique vis-à-vis de l’un de ses principaux alliés, la France, et de manière plus générale l’Europe", a-t-il déclaré sur Radio Classique. L’UE n’a d’ailleurs pas manqué d’apporter son soutien à Paris. "L’Union européenne agira et réagira d’une seule voix", a déclaré un porte-parole, Daniel Rosario, ajoutant que la Commission travaillait "en étroite coordination avec les autorités françaises sur les prochaines étapes." Paris a exprimé l’espoir d’une "riposte forte" européenne. D’autant plus nécessaire que les états-Unis envisagent aussi de lancer une enquête contre l’Autriche, l’Italie et la Turquie.

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