Trump et Poutine relancent la course aux armements nucléaires

©REUTERS

L’Otan et les Etats-Unis attribuent à la Russie la mort du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI), un pacte historique signé en 1987 et qui avait mis un terme à la guerre froide. La fin de ce traité permet de relancer la course aux armements nucléaires. Washington prévoit déjà de tester un missile de nouvelle génération.

Sans surprise, la Russie et les Etats-Unis ont mis fin vendredi au traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI). Cela fait six mois qu’un dialogue de sourds a lieu entre les deux grandes puissances nucléaires pour tenter de réanimer le pacte conclu en 1987 qui avait mis fin à la guerre froide. Il était, en réalité, mort cliniquement.

"Que la Russie détruise ses missiles et respecte le Traité FNI"
Jens Stoltenberg
Secrétaire général de l'OTAN

Les alliés de Washington se sont immédiatement rangés à ses côtés. "La Russie porte la responsabilité de la fin du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire", a déclaré l’Otan quelques heures après les annonces quasi simultanées de la Maison- Blanche et du Kremlin.

Le ministre belge des Affaires étrangères et de la Défense Didier Reynders a "déploré" ce vendredi la mort du traité FNI. Il a invité la Russie et les Etats-Unis à "mener un dialogue constructif et à s’accorder sur des mesures de stabilisation".

"Ces nouveaux missiles peuvent porter des têtes nucléaires, ils sont mobiles ne peuvent être détectés facilement et peuvent frapper n'importe quelle ville européenne"
Jens Stoltenberg
Secrétaire général de l'OTAN

Le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, a ensuite donné une conférence de presse au siège de l’Alliance à Bruxelles. "La fin du traité FNI est une question extrêmement grave, a-t-il dit. La Russie a déployé des missiles et le fait depuis des années(…). Il y a de plus en plus de missiles russes."

Nouveaux missiles

Les États-Unis et l’Otan reprochent à la Russie de produire des missiles 9M729, appelés aussi SSC-8, interdits par le traité FNI. "Ces nouveaux missiles peuvent porter des têtes nucléaires, ils sont mobiles, ne peuvent être détectés facilement et peuvent frapper n’importe quelle ville européenne", dénonce Jens Stoltenberg.

14.465
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En 2019, la planète compte 14.465 ogives nucléaires, dont 6.450 américaines et 6.850 russes.

La Russie accuse les États-Unis d’avoir installé un système de défense antimissiles prohibé par le traité FNI"Il n’y a aucun nouveau missile américain en Europe. Par contre il y a bel et bien des nouveaux missiles russes", a répliqué Jens Stoltenberg.

Les forces nucléaires des deux puissances sont à l’équilibre. En 2019, sur les 14.465 ogives présentes dans le monde, la Russie en détient 6.850 et les Etats-Unis 6.450. À titre de comparaison, la France en possède 300 et la Chine 280Installer des missiles à portée intermédiaire aux frontières de l’Europe donne un avantage tactique à Moscou. "Nous n’allons pas déployer de nouveaux missiles nucléaires en Europe", précise le secrétaire général de l’Otan.

Le missile de croisière 9M729 ©Photo News

Cependant, le chef du Pentagone, Mark Esper, a annoncé ce vendredi le développement de nouveaux missiles sol-air: "Maintenant que nous nous sommes retirés, le ministère de la Défense va poursuivre pleinement le développement de ces missiles sol-air conventionnels dans une réponse prudente aux actions de la Russie." L’Otan rejette toute velléité de relancer la course aux armements. "Nous ne voulons pas d’une nouvelle course aux armements, mais nous ferons en sorte que notre dissuasion soit crédible." 

Jens Stoltenberg balaie la proposition de moratoire avancée par Moscou"Que la Russie détruise ses missiles et respecte le traité FNI", conclut-il. Désormais, un seul pacte, le traité START, maintient les arsenaux nucléaires des deux puissances sous le niveau de la guerre froide. Il arrivera à échéance en 2021.

Un traité historique

©EPA

Le traité FNI signé en 1987 par le président des États-Unis Ronald Reagan et le dirigeant de l’ex-URSS Mikhail Gorbatchev visait à éliminer tous les missiles de croisière et balistiques américains et soviétiques lancés à partir du sol et dont la portée était située entre 500 et 5.500 km. Ce traité historique a ouvert la voie à de nouvelles relations entre le bloc soviétique et l’Occident et contribué à la chute de l’empire soviétique.

La Russie a conçu ces missiles de croisière 9M729 au début des années 2000. Les premiers tirs ont eu lieu en 2014. Moscou affirme que son rayon ne dépasse pas 500 km, alors que le traité FNI porte sur des ogives projetées entre 500 et 5.500 km. Les alliés de l’Otan ont réalisé les examens nécessaires et conclu que le missile violait le traité. Les Etats-Unis ne détiennent pas - officiellement - d’arme nucléaire de ce type et seraient en retard dans leur développement. Mais la Maison-Blanche n’a pas caché cette semaine qu’elle compte procéder à des essais de missiles de nouvelle génération.


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