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Un accord historique pour enrayer la déroute de l'or noir

Les réunions (par visioconférence) entre l'Arabie saoudite, les autres pays de l'Opep, la Russie et les Etats-Unis notamment, se sont multipliées ces derniers jours. ©AFP

Les pays exportateurs de pétrole, Arabie saoudite et Russie en tête, ont convenu dimanche soir d'une baisse de production d'une ampleur inédite dans l'espoir d'enrayer la chute des cours, affectés par la pandémie de coronavirus.

Après plusieurs jours de négociations ardues, une ultime réunion organisée par visioconférence a permis de lever les derniers obstacles à une réduction de l'offre pétrolière. L'ampleur exacte de cette baisse est incertaine. L'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) a annoncé dimanche une baisse de 9,7 millions de barils par jours (mbj), ce qui représente un peu moins de 10% de la production mondiale quotidienne. Donald Trump a pour sa part affirmé ce lundi que la baisse de production était deux fois plus importante.

20 millions
de barils par jour
Selon Donald Trump, la baisse de production pétrolière s'élèvera à 20 millions de barils par jour, deux fois plus que ce qu'a annoncé l'Opep.

"Pour avoir été impliqué dans les négociations, et c'est le moins qu'on puisse dire, l'Opep+ envisage une coupe de 20 millions de barils par jour et non de 10 millions, comme il est généralement rapporté", a écrit le président américain sur Twitter. "Si on s'approche de cela et que les affaires mondiales reprennent après le désastre du Covid-19, le secteur de l'énergie rayonnera à nouveau, bien plus rapidement qu'anticipé", a-t-il ajouté.

Saluant un "ajustement historique" de la production, le secrétaire général de l'Opep Mohammed Barkindo a souligné que cette réduction serait "la plus importante en volume et la plus longue en durée" jamais mise en oeuvre par le cartel et ses partenaires. L'organisation menée par l'Arabie saoudite, qui depuis deux ans coopère avec la Russie, entend en effet appliquer ces quotas jusqu'en mai 2022, en les faisant passer à 7,7 millions mbj au second semestre 2020, puis à 5,8 millions mbj.

Soulagement à Washington

En raison du confinement de la moitié de la population mondiale pour limiter la pandémie de coronavirus, la demande de pétrole est en chute libre, sur un marché où l'offre était déjà excédentaire avant le Covid-19. Cette crise inédite, qui a fait plonger les cours, a contraint les acteurs du secteur à réagir. Le marché pétrolier a également été plombé ces dernières semaines par l'opposition frontale entre l'Arabie saoudite et la Russie, les deux plus gros producteurs mondiaux derrière les Etats-Unis.

En mars, Riyad et Moscou s'étaient lancés dans une guerre des prix et des parts de marché, après avoir échoué à s'entendre sur des quotas de production. Mais c'est un différend avec le Mexique qui bloquait depuis jeudi la réplique souhaitée par la majorité des producteurs. Mexico jugeait excessif l'effort qui lui était réclamé alors que le gouvernement a lourdement investi pour relancer la production.

"Le pire évité"

Sans participer à l'alliance formée par l'Opep, la Russie, les Etats-Unis - premier producteur mondial de pétrole - et une dizaine d'autres pays se sont fortement impliqués en faveur d'une baisse de production, espérant redonner de l'air à l'industrie du gaz de schiste. "Cela sauvera des centaines de milliers d'emplois dans le secteur de l'énergie aux Etats-Unis", a assuré le président américain, qui s'est entretenu à plusieurs reprises depuis jeudi avec son homologue russe Vladimir Poutine et avec le roi Salmane d'Arabie saoudite.

L'espoir d'enrayer la déroute de l'or noir, dont sont dépendantes de nombreuses économies, est si largement partagé que la réaction du Venezuela dimanche faisait écho à celle de Washington, adversaire du régime de Caracas. "Les prix du pétrole vont se stabiliser, le marché du pétrole se stabilisera et (il) sera la base de la reprise financière, commerciale et économique dans un monde post-pandémique", a affirmé le président Nicolas Maduro. Les analystes en étaient moins assurés, saluant un effort inédit des producteurs mais rappelant que les capacités de stockage arrivaient à saturation et que, dans l'immédiat, la pression baissière risquait de se poursuivre sur le prix du baril.

"Nous pensons que la déception du marché se reflétera dans les prix à partir d'avril en raison du manque de volume et de vitesse de baisse de l'offre."
Bjornar Tonhaugen
Rystad Energy

"Nous pensons que la déception du marché se reflétera dans les prix à partir d'avril en raison du manque de volume et de vitesse de baisse de l'offre", prévue pour débuter en mai, selon Bjornar Tonhaugen, de Rystad Energy. "Même si les réductions de production sont inférieures à ce dont le marché avait besoin, le pire est pour l'instant évité", estime son collègue Magnus Nysveen. Harry Tchilinguirian, de BNP Paribas, estime qu'"une reprise soutenue" du cours n'est pas à attendre avant le troisième trimestre et la levée des mesures de confinement.

Alors qu'ils tournaient encore autour de 60 dollars il y a quelques mois, les cours avaient atteint en début de semaine dernière des niveaux inédits depuis 2002. Ce lundi après-midi, vers 16h00, le baril américain de West Texas Intermediate (WTI) était en hausse de 3,8% à 23,6 dollars tandis que le baril de Brent de la mer du Nord gagnait 1,7% à 32,01 dollars.

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