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analyse

Un an après l'attaque du Capitole, la démocratie américaine reste fragilisée

Un supporter de Trump, Jake Angeli, lors de l'invasion du Capitole. ©AFP

La société américaine est plus polarisée que jamais un an après l'invasion du Capitole par des supporters de Trump tandis que ce dernier persiste à propager la théorie de "l'élection volée".

Un an après l'invasion du Capitole par les supporters du président sortant Donald Trump, les plaies causées la tentative d'insurrection restent vives. Plus qu'une attaque contre ce bâtiment symbolisant la démocratie américaine, l'émeute, d'une violence inouïe, était dirigée contre des élus pour les empêcher de certifier l'élection de Joe Biden. Un épisode sans précédent dans l'histoire des États-Unis.

La révolte a échoué, mais le bilan est lourd. Cinq personnes furent tuées durant les affrontements et des dizaines d'autres blessées. Des centaines d'émeutiers ont été inculpés lors d'enquêtes lancées par le FBI.

Le 6 janvier 2021, Donald Trump invite ses supporters à marcher sur le Capitole. ©AFP

La responsabilité de Donald Trump est indéniable. "Soyez là, ce sera sauvage!", avait écrit le président sortant sur Twitter, pour inciter ses supporters marcher sur le Capitole pour empêcher la validation de l'élection de Joe Biden.

Des milliers de partisans s'étaient rassemblés à Washington, avant d'envahir avec violence le siège du Congrès. La foule enragée comptait des supporters de base de Trump, des groupes de néonazis et antisémites, des complotistes du mouvement Q-Anon, des suprémacistes, des paramilitaires et même des élus républicains. La sécurité, débordée, ne put empêcher les insurgés d'entrer dans les lieux, de les saccager et de les piller.

"Le grand mensonge"

Cet événement, condamné à travers le monde, fut le résultat d'une campagne menée par Trump et ses proches avant, pendant et après les élections, pour dénoncer "le grand mensonge", "une fraude électorale généralisée", étayée par des théories complotistes. Le jour de l'invasion, le président et son conseiller Rudy Giuliani prononcèrent des discours dénonçant "l'élection volée" et appelant les électeurs républicains à "se battre de toute leur force".

"Les mêmes procédés furent utilisés par les nazis dans les années trente à propos d'un complot juif."
Bernard Rimé
Professeur émérite de psychologie à l'UCLouvain

"On a une masse de gens qui s'est mise à agir d'un seul coup, de manière structurée, comme un seul homme, sous l'influence d'échanges sur Twitter et les réseaux sociaux. Cela s'explique par la création d'une communauté mentalement préparée par Trump durant ses quatre années de présidence", explique Bernard Rimé, professeur émérite de psychologie à l'UCLouvain. "Le point de départ, c'est l'insécurité et l'angoisse des gens, provoquées par le sentiment qu'ils ont été dupés. Les mêmes procédés furent utilisés par les nazis dans les années trente à propos d'un complot juif."

Une procédure d'impeachment fut lancée, mais elle échoua, les républicains se ralliant à Trump. Le 27 juillet, les démocrates ont mis en place une Commission d'enquête dont l'existence pourrait être remise en cause en cas de victoire des républicains aux "midterms" de novembre.

Malgré la gravité des faits, les élus républicains continuent à soutenir Trump. Par crainte de représailles et par logique électoraliste, la plupart des électeurs républicains adhérant à la théorie du "grand mensonge".

65 millions
d'américains
D'après une enquête réalisée en août par CPOST, 65 millions d'Américains sont persuadés que "l’élection présidentielle a été volée".

La société américaine polarisée

Un an après, la démocratie américaine reste fragilisée. Selon un sondage de l’Université du Massachusetts, près des trois quarts des républicains doutent de la légitimité de la victoire du président Biden. D'après une enquête réalisée en août par CPOST, 65 millions d'Américains sont persuadés que "l’élection présidentielle a été volée". Une part de 9% pense même que "la violence est justifiée" dans une telle situation. Selon un sondage de Pew Research, 77% des républicains estiment qu'il ne serait pas juste de poursuivre les émeutiers.

"Un an après, la société américaine n'a pas changé. La polarisation reste très forte. Extrême droite et complotistes sont encore très présents", dit Tanguy Struye, spécialiste en relations internationales de l'UCLouvain. "Des généraux américains à la retraite ont prévenu du risque d'une guerre civile en 2024. Les tensions sont telles que si les démocrates gagnent, les résultats ne seront pas reconnus. Avec le risque de voir de tels comportements arriver en Europe."

"Un an après, la société américains n'a pas changé. La polarisation reste très forte."
Tanguy Struye
Spécialiste en relations internationales à l'UCLouvain

Donald Trump, qui tient d'une main de fer le Parti républicain, compte sur cette base loyale pour maintenir sa popularité au plus haut niveau en vue de la présidentielle de 2024. Il est servi dans cette tâche par des médias américains révisionnistes, comme News Max ou Fox News, qui n'ont pas hésité à adoucir la réalité de l'insurrection ou à en attribuer la responsabilité aux démocrates. Il s'appuie aussi sur un réseau de médias complotistes, qui tendrait même à le trouver parfois trop "mou".

Trump ne change pas de registre. L'ancien président avait prévu de prendre la parole ce jeudi, à la date anniversaire, pour vendre à nouveau "sa" version des faits, mais il a renoncé. Il s'exprimera le 15 janvier sur ce qu'il appelle "le crime du siècle".

Le résumé

  • Un an après l'invasion du Capitole par les supporters de Donald Trump, la société américaine reste très polarisée. Malgré le saccage du siège du Congrès par une foule galvanisée par le président sortant, les républicains continuent à le soutenir.
  • Donald Trump, à la tête du Parti républicain, continue à propager la théorie complotiste du "grand mensonge", selon laquelle la présidentielle de 2020 a été truquée. Deux tiers des républicains seraient de son avis, selon un sondage récent.

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