Un rapprochement stratégique et ciblé entre Saoudiens et Russes

Aucun roi saoudien en fonction ne s’était encore rendu en Russie. ©EPA

Une visite qui s’inscrit dans le cadre de l’influence grandissante de Vladimir Poutine au Moyen-Orient et des intérêts pétroliers que partagent l’Arabie saoudite et la Russie.

La géopolitique, c’est des alliances qui se font et se défont au gré des intérêts réciproques. Le rapprochement qui s’opère depuis quelque temps entre l’Arabie saoudite et la Russie, deux pays qui se regardent en chiens de faïence dans de nombreux dossiers, répond précisément à cette logique. Et la visite officielle que le roi Salmane est en train d’effectuer en Russie, la première d’un souverain saoudien en fonction, c’est un peu la cerise sur le gâteau de ce dégel de circonstances.

"La Russie et l’Arabie saoudite vont continuer à travailler à la stabilisation des marchés pétroliers."
Salmane ben Abdelaziz Al Saoud
roi d’Arabie saoudite

"La Russie et l’Arabie saoudite vont continuer à travailler à la stabilisation des marchés pétroliers", déclarait ce jeudi le roi Salmane juste avant de rencontrer Vladimir Poutine. En décembre dernier, leurs pays parrainaient un accord entre membres et non-membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) qui visait à limiter la production d’or noir et à soutenir les cours. L’accord arrive à échéance fin mars et les Saoudiens espèrent qu’il sera prolongé. Il leur garantirait un certain niveau de recettes pétrolières (comme aux Russes). Mais en plus, cet accord pourrait gonfler la valorisation du géant pétrolier saoudien Aramco au moment où ils se préparent à introduire 5% de son capital en Bourse (courant 2018) pour contribuer à financer leur programme de diversification économique "Vision 2030".

Ce double intérêt n’a pas échappé à Poutine. Mercredi, le Russe semblait prendre un malin plaisir à se dire en faveur d’une prolongation de l’accord jusqu’à fin 2018, tout en ajoutant qu’il n’avait toutefois pas encore pris de décision. Une façon de se faire désirer au moment où une kyrielle de projets communs se négociait entre les deux pays. On parle notamment de la création de deux fonds communs d’investissements dans des projets énergétiques et technologiques qui pèseraient chacun un milliard de dollars.

Parmi les négociations commerciales en cours, Aramco devrait signer des mémorandums d’accords avec plusieurs sociétés russes (dont Gazprom) tandis que certaines entreprises saoudiennes seraient intéressées à participer au projet d’exploitation gazière dans l’Arctique, Arctic LNG, dirigé par le russe Novatek. Dans un autre registre, les deux pays ont signé un protocole d’accord portant sur la vente d’équipements militaires russes à l’Arabie saoudite, dont le système anti-balistique russe S-400. Il y en aurait pour plusieurs milliards de dollars. Mais on resterait toutefois loin des 110 milliards de dollars de contrats militaires signés entre Ryad et Washington en mai dernier.

Tensions diplomatiques

Si cette visite a été favorisée par des intérêts économiques communs, elle l’a également été par le fait que Poutine soit parvenu à s’imposer comme interlocuteur incontournable concernant tout ce qui se passe au Moyen-Orient. Un statut dont il rêvait depuis longtemps. Et que les Américains, rendus méfiants par leur débâcle en Irak dans les années 2000, lui ont offert sur un plateau en argent, notamment lorsque l’administration Obama a refusé de faire tomber le régime Assad, permettant à Moscou de venir à son secours dès septembre 2015, avec le succès que l’on sait. Ce statut, Poutine doit l’entretenir, d’où cette invitation au roi Salmane.

Cela étant, quasi tout oppose Ryad et Moscou dans la région. Ryad soutient les rebelles anti-Assad et voue une haine viscérale à l’Iran, allié de Moscou dans bien des domaines, dont la guerre en Syrie. Ce jeudi, Salmane a d’ailleurs appelé à ce que "l’Iran cesse d’interférer dans les affaires internes de la région et renonce aux actes déstabilisants". Concernant l’Irak, il s’est opposé à une partition du pays un peu plus de deux semaines après un référendum kurde soutenu par les Russes.

Lorsque les Saoudiens ont lancé (non sans une certaine dose d’hypocrisie) une attaque en règle contre le Qatar pour son soutien au terrorisme, Moscou s’est empressé d’aider le petit royaume à faire face à l’embargo qui avait été décrété contre lui. Au Yémen, les deux pays se trouvent aussi dans des camps opposés, Moscou soutenant les rebelles chiites houthis (avec Téhéran) et Ryad appuyant les forces gouvernementales. Il faut croire que l’intérêt qu’ont ces deux-là à se rapprocher pèse plus lourd.

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