"Une claire victoire pour le camp du oui" au mariage homosexuel

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Les partisans du oui au mariage homosexuel en Irlande commençaient samedi à crier victoire alors que les bulletins de vote du référendum historique organisé la veille sur le sujet étaient en cours de dépouillement, le camp du non semblant résigné à concéder la défaite.

 

L'Irlande s'apprêtait samedi à devenir le premier pays à autoriser le mariage gay par voie référendaire, tournant le dos au conservatisme incarné par l'Eglise catholique qui a tout tenté pour s'y opposer et juguler le déclin de son influence sur la société irlandaise.

Les premiers résultats publiés vers 15H30 GMT donnaient le oui gagnant avec plus de 61% des voix dans plus de la moitié des circonscriptions, selon la chaîne nationale RTE.

"C'est historique, nous sommes le premier pays au monde à voter pour l'égalité dans le mariage dans le cadre d'un référendum", a souligné le ministre de la Santé, Leo Varadkar. Ce référendum, a-t-il estimé, constitue "une révolution culturelle" dans un pays longtemps conservateur et où l'homosexualité n'a été dépénalisée qu'en 1993.

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"C'est le +oui+ (qui l'emporte)", a tweeté, Aodhan O Riordain, secrétaire d'Etat pour l'Egalité. "Je suis tellement fier d'être Irlandais aujourd'hui", a-t-il ajouté, tandis que, dans les rues de Dublin, des Irlandais, hommes et femmes de tous âges, exultaient.

"C'est une victoire immense pour l'égalité en Irlande, qui fera date dans l'histoire du pays", a dit Noel Sutton, 54 ans, devant un des 27 centres de comptage des bulletins de vote.

Avant même la publication des résultats, un des principaux responsables de la campagne du non, David Quinn, directeur de l'Institut Iona, groupe défendant les intérêts de la communauté catholique, avait concédé la défaite de son camp.

  • 'L'Irlande a changé'
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"C'est une claire victoire pour le camp du oui", a-t-il déclaré à la RTE, adressant ses "félicitations" aux partisans du mariage homosexuel.

Dans la capitale irlandaise, le domaine du château de Dublin, exceptionnellement ouvert au public, était envahi par des centaines de pro-mariage gay qui brandissaient des drapeaux arc-en-ciel et s'apprêtaient à faire la fête. "L'Irlande a changé. Il y encore quelques années, elle n'aurait jamais accepté" une telle réforme, a dit, émue, Karen Brady, une Irlandaise de 27 ans venue spécialement du Canada pour voter.

Vendredi, plus de 3,2 millions d'Irlandais ont été appelés à se prononcer sur une modification de la Constitution proposant d'autoriser "le mariage entre deux personnes, sans distinction de sexe". Ce référendum a donné lieu à des débats passionnés, reflétant les interrogations de la société irlandaise face au conservatisme de l'Eglise catholique.

"La démocratie a gagné, quel que soit le résultat", estimait samedi le journal irlandais Independent, notant que "la manière dont sont perçus les homosexuels dans ce pays s'est améliorée".

Comme un symbole, des pancartes "Egalité pour tous" avaient été accrochées vendredi à Dublin près de l'ancienne maison d'Oscar Wilde, auteur dont l'homosexualité lui valut d'être emprisonné en Grande-Bretagne au XIXe siècle.

Le "oui" a été défendu par tous les principaux partis politiques irlandais, y compris le Fine Gael, pourtant plutôt conservateur, du Premier ministre Enda Kenny. Le camp du oui a aussi reçu le soutien de personnalités du sport et du spectacle, comme la chanteuse Sined O'Connor.

  • Message pour le reste du monde
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Le groupe irlandais U2 avait appelé sur Instagram à voter en faveur du mariage gay avec le message: "In the name of love... #vote yes", citant un de ses refrains les plus célèbres.

Dans le camp adverse, l'Eglise catholique d'Irlande et les conservateurs ont clamé que le mariage devait rester l'apanage des couples composés d'un homme et d'une femme. Mais l'influence de l'Eglise, autrefois si puissante, n'a cessé de décliner ces dernières années, érodée par les bouleversements économiques et sociaux, même si l'avortement reste interdit en Irlande, sauf lorsque la vie de la mère est en danger.

L'institution religieuse paie aussi le prix des affaires de pédophilie impliquant des prêtres, parfois couvertes par des responsables ecclésiastiques.

L'Irlande, pays de 4,6 millions d'habitants, avait voté en 1995 pour légaliser le divorce, malgré, là aussi, l'opposition de l'Eglise. Dix-huit pays, dont treize en Europe, ont légalisé le mariage entre personnes de même sexe, mais à chaque fois par voie parlementaire.

Selon Colm O'Gorman, un responsable d'Amnesty International, la victoire du oui enverrait "un extraordinaire message d'espoir à la communauté LGBT (lesbienne, gay, bi et trans, ndlr) victime de persécution à travers le monde".

 

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