Union bancaire: "il faut mettre le turbo"

Christine Lagarde, Managing Director du FMI (©afp) ©AFP

Le FMI continue à s'inquiéter du niveau d'endettement des entreprises du sud de l'Europe. Aux Etats-Unis, c'est le changement de cap potentiel de la Fed qui est au coeur des préoccupations.

Le Fonds monétaire international (FMI) a exhorté l'Union européenne (UE) à mettre rapidement sur pied un organisme chargé de sauver ou de fermer des banques en difficulté dans le cadre d'un effort plus vaste destiné à alléger le fardeau de créances douteuses qui plombe la reprise économique de la région.

Cette recommandation de FMI intervient alors que certains conseillers juridiques de l'UE ont récemment souligné les difficiltés inhérentes au projet d'union bancaire. (voir )

Les banques basées dans les pays de la zone euro les plus touchés par la crise de la dette ont été contraintes de relever les taux d'intérêt appliqués à des prêts à risque élevé octroyés à des clients qui avaient déjà du mal à rembourser, ce qui, mécaniquement, augmente le risque pour elles de ne pas pouvoir récupérer leur argent, souligne le FMI.

"La confiance des investisseurs dans le bilan des banques de la zone euro doit être rétablie (...) et l'union bancaire achevée", estime le FMI dans son rapport sur la stabilité financière mondiale, publié mercredi.

"Sinon, la zone euro court le risque de connaître une longue phase (...) de croissance ralentie et de tensions dans les bilans", ajoute le FMI.

L'UE devrait également faire subir des tests de résistance ("stress tests") rigoureux aux banques, ajoute le FMI, qui pointe l'importance de la création de l'organisme dédié aux établissements en difficulté, instance également appelée Mécanisme de résolution unique.

Dans un entretien publié mercredi par le Handesblatt, le commissaire européen au Marché intérieur Michel Barnier propose que la Commission assume le rôle d'agence de résolution bancaire seulement pendant une période limitée avant de confier cette mission au Mécanisme européen de Stabilité (MES). )

Pour le FMI, la mise sur pied de cette agence est tout aussi essentielle que le rôle de superviseur unique des banques de la zone euro qui sera confié l'année prochaine à la Banque centrale européenne (BCE), étape clef vers l'union bancaire.

"(La situation actuelle) laisse la levée de capitaux essentiellement à la charge des actionnaires et créanciers ou des fonds public (...) ou sur les deux, ce qui peut se révéler insuffisant en termes de garantie et de soutien", ajoute le FMI.


Le changement de cap de la politique monétaire aux Etats-Unis pourrait mettre à mal la stabilité financière dans le monde en augmentant les coûts de financement de certains pays émergents, estime le FMI dans un rapport publié mercredi.

"Les anticipations d'abandon progressif de la politique monétaire accommodante aux Etats-Unis pourraient forcer certains marchés à s'adapter et révéler des zones d'excès financier et de vulnérabilité", indique le rapport semestriel sur la stabilité financière mondiale.

Guettée par les marchés, la perspective d'une réduction des injections de liquidités de la Réserve fédérale (Fed) a déjà provoqué pendant l'été une chute brutale de l'afflux de capitaux vers les pays émergents, faisant plonger leur monnaie et les privant d'une source cruciale de financement.

Sur fond de spéculations autour des intentions de la Fed, les devises de plusieurs pays (Brésil, Indonésie, Afrique du Sud) et leurs bons du Trésor ont été soumis à des "mini-tests de résistance", selon l'expression du FMI, qui ont révélé une fragilité accrue.

"Les fondamentaux des marchés émergents se sont affaiblis ces dernières années, après un épisode prolongé d'expansion du crédit et d'intensification du levier financier des entreprises", écrit l'institution qui tient son assemblée générale cette semaine à Washington.

Face à un nouvel assèchement de capitaux, les pays émergents et leurs entreprises pourraient voir leur coût de financement bondir alors même que l'activité se tasse légèrement, redoute le FMI. L'Indonésie, la Turquie, les Philippines, la Turquie et le Brésil seraient les plus exposés, d'après le rapport.

La transition monétaire n'est pas non plus dénuée de risques pour les Etats-Unis où les taux d'intérêts à long terme sont repartis à la hausse, augmentant là aussi le coût de financement de l'Etat et freinant le crédit. "C'est un défi politique majeur", résume le Fonds. "Des hausses inattendues des taux d'intérêt à long terme ne sont pas exclues".

En Europe, la stabilité financière s'est améliorée mais reste fragilisée par l'endettement des entreprises dans le sud de la zone euro, qui pourrait à terme peser sur la solvabilité des banques.

"Plus des trois quarts de la dette des entreprises au Portugal et en Espagne et environ un quart de la dette des entreprises en Italie sont dus par des entreprises dont le ratio dette/actifs dépasse 40%", a calculé le Fonds.

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