Voici la première image d'un trou noir

Massifs, gloutons, surpuissants. Prédits par la théorie mais jamais directement observés, les trous noirs, dont on a vu la première image ce mercredi après-midi, restent parmi les objets les plus énigmatiques de notre cosmos.

Le suspens a été haletant. Des astronomes du monde entier, réunis sous le projet Event Horizon Telescope, ont présenté ce mercredi après-midi le résultat d'une observation croisée visant à capturer l'image d'un trou noir, une première dans l'histoire de l'astronomie. Les trous noirs avaient été théorisés, modélisés, détectés mais jamais observés.

Alors tout le monde se le demandait: c'est comment en vrai la photo d'un trou noir?

"Une photo, c'est la preuve définitive de l'existence des trous noirs."
Jean-Pierre Luminet
Astrophysicien au CNRS français

Selon la loi de la relativité générale publiée en 1915 par Albert Einstein, qui théorise leur fonctionnement, l'attraction gravitationnelle exercée par ces monstres est telle que rien ne peut s'en échapper, ni la matière, ni la lumière, quelle que soit la longueur d'onde. Résultat: ils sont invisibles. Pour contourner ce handicap de taille, les astronomes cherchent à observer le monstre par contraste, sur la matière qui l'entoure.

En avril 2017, huit télescopes répartis à travers le monde avaient ciblé simultanément deux trous noirs avec un objectif: tenter d'en obtenir une image. Depuis deux ans, la communauté scientifique attend le résultat. "Une photo, c'est la preuve définitive de l'existence des trous noirs", s'enthousiasme Jean-Pierre Luminet, astrophysicien au CNRS français. "Même dans la communauté scientifique, il y a encore pas mal de résistance", ajoute le scientifique.

Les résultats des observations du Event Horizon Telescope ont été présentés cet après-midi lors de six grandes conférences de presse organisées simultanément dans plusieurs villes du monde : Bruxelles, Santiago, Shanghai, Tokyo, Taïwan et Washington.

La conférence de presse en direct

4,1 millions de fois le soleil

En combinant huit télescopes repartis sur le globe, l'EHT est parvenu à créer un télescope virtuel d'environ 10.000 km de diamètre, proche de la taille de la terre. Plus un télescope est grand, plus il permet de voir de détails. Et les astronomes ont retenu deux cibles: les deux trous noirs, qui vus de la Terre, sont les plus gros.

  • L'un, Sagittarius A* est blotti au centre de la Voie Lactée, à 26.000 années-lumière de la Terre. Sa masse est équivalente à 4,1 millions de fois celle du Soleil. Son rayon équivaut à un dixième de la distance entre la Terre et le Soleil.
  • L'autre est l'un des trous noirs les plus massifs, 1.500 fois plus que Sagittarius A*. Il n'a pas de nom et est situé à 50 millions d'années-lumière de la Terre, au coeur de la galaxie M87. Il est bien plus gros que Sagittarius A* mais il est tellement plus loin de nous que, vue de la Terre, "sa taille apparente devrait être légèrement inférieure à celle" du premier, précise l'Event Horizon Telescope.

Par leurs observations, les astronomes cherchent à identifier l'environnement immédiat d'un trou noir. Selon la théorie, quand la matière est absorbée par le monstre, elle émet une lumière. Le projet EHT, capable de capter les ondes millimétriques émises par l'environnement du trou noir, a pour but de définir le pourtour de l'objet céleste.

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