analyse

Yaïr Lapid forme une coalition et signe la fin de l'ère Netanyahou en Israël

Discussion entre Naftali Bennett (à gauche), le dirigeant du parti de droite radiale Yamina, et Yaïr Lapid, le chef de file du parti centriste Yesh Atid. ©EPA

Le leader centriste Yaïr Lapid a annoncé la conclusion d'un accord de coalition entre huit partis pour former un nouveau gouvernement israélien... sans Benyamin Netanyahou.

L'ambiance était tendue mercredi soir à l'hôtel Kfar Maccabiah à Tel-Aviv, où les adversaires du Premier ministre Benyamin Netanyahou menaient un sprint final pour former un nouveau gouvernement. Les négociations marathon d'une coalition hétéroclite, unie par son opposition à Netanyahou, étaient dirigées par le chef de file du parti centriste Yesh Atid, Yaïr Lapid, appuyé par le leader du parti ultranationaliste Yamina (Nouvelle Droite), Naftali Bennett. Dehors, des centaines de personnes manifestaient en faveur ou contre cette alliance.

"Je ferai le maximum pour former un gouvernement d'union nationale avec mon ami Yaïr Lapid."
Naftali Bennett
Chef de file du parti Yamina (droite radicale)

Vers 21h30, peu avant l'expiration du délai légal pour finaliser les négociations fixé à minuit, un porte-parole de Yaïr Lapid annonçait la conclusion d'un accord de gouvernement. La Liste arabe unie, dirigée par l'islamiste Mansour Abbas, venait de rejoindre la coalition, levant ainsi un des derniers obstacles à la formation d'un gouvernement. La nouvelle coalition compte huit partis allant de la gauche à la droite radicale.

Les pourparlers, en cours depuis début mai, se sont accélérés dimanche dernier, lorsque Naftali Bennett, le "faiseur de roi", a apporté son soutien à un gouvernement qui mettrait fin à 12 ans de règne de Netanyahou. Lapid et Bennett se sont accordés pour occuper en alternance le poste de Premier ministre, le premier tour revenant à Naftali Bennett. "Je ferai le maximum pour former un gouvernement d'union nationale avec mon ami Yaïr Lapid", avait indiqué le leader de la droite radicale.

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La coalition anti-Netanyahou implique huit partis allant de la gauche à la droite radicale, y compris un parti islamiste.

Sprint final vers un accord

Mercredi matin, Yaïr Lapid devait annoncer à la Knesset un accord de majorité, dans la foulée de l'élection du nouveau président d'Israël, Isaac Herzog. Mais aucune fumée blanche n'était en vue. Un peu plus tard dans la journée, les partis de gauche et du centre signaient l'accord de coalition. Par contre, les partis Yamina, Israël Beytenou (droite laïque) et la Liste arabe unie n'avaient toujours pas donné leur consentement.

Les négociations bloquaient sur deux points, la composition de l'organe de nomination des juges et la participation de la Liste arabe unie (islamiste) à la coalition. "Jusqu'à la formation du gouvernement, il y a encore beaucoup d'obstacles", avait prévenu lundi Yaïr Lapid.

Passé minuit, des députés pouvaient demander au président Reuven Rivlin de mandater un nouveau négociateur. Des nouvelles élections, les cinquièmes en deux ans, pouvaient aussi être organisées. Selon des sources proches des négociations, Yaïr Lapid entendait annoncer la formation d'un gouvernement au président Rivlin même si certains détails restaient à régler avant le vote de confiance à la Knesset, le parlement israélien.

Nomination des juges

L'un des blocages majeurs est venu d'Ayelet Shaked, une députée de Yamina, dont l'intention est de remplacer le leader travailliste Merav Michaeli au sein du comité chargé de désigner les membres de la Cour suprême. Ayelet Shaked aurait fini par accepter une rotation avec Merav Michaeli.

Dans un pays instable et secoué par des affaire de corruption, la désignation des juges de la plus haute instance juridictionnelle est une fonction stratégique. C'est d'autant plus vrai que la guerre de 11 jours, qui a éclaté le mois dernier entre Israël et le Hamas, a pour origine une affaire d’expropriation de familles palestiniennes du quartier Sheik Jarrah de Jérusalem. Un litige sur lequel la Cour Suprême doit encore trancher.

La résurgence des violences avait interrompu les négociations pour former la nouvelle coalition, offrant un répit à Netanyahou.

Isaac Herzog, un modéré à la présidence d'Israël

Isaac Herzog, ancien chef du parti travailliste, a été élu mercredi président d'Israël, à une majorité de 87 voix contre 26 face à la candidate de la société civile, Miriam Peretz. Partisan d'une relance des négociations pour résoudre le conflit israélo-palestinien, il entrera en fonction le 9 juillet prochain. Il deviendra le 11e président d'Israël, en succédant à Reuven Rivlin et indirectement à son père, Chaim Herzog, président de 1983 à 1993.

Connu pour être un homme de dialogue, Isaac Herzog devrait apporter une image modérée d'Israël au reste du monde. Il a dirigé durant plusieurs années l'opposition contre Benyamin Netanyahou, envers lequel il était très critique, avant d'occuper la présidence de l'Agence juive, l'organe chargé de l'immigration juive en Israël. Il a occupé plusieurs postes ministériels dans les gouvernements Sharon, Olmert puis Netanyahou.

La fonction présidentielle en Israël est largement cérémonielle, alors que le pouvoir exécutif est aux mains du Premier ministre.

Le résumé

  • Le leader centriste Yaïr Lapid est parvenu à boucler un accord de coalition mercredi soir pour former un nouveau gouvernement en Israël, évinçant le Premier ministre Benyamin Netanyahou. L'échéance pour former cette coalition était fixée à minuit.
  • Les pourparlers bloquaient sur la composition du comité chargé de désigner les juges de la Cour suprême et la participation de la Liste arabe unie.
  • L'ancien chef du parti travailliste Isaac Herzog a été élu Président d'Israël.

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