30.000 hommes pour reprendre Tikrit aux jihadistes

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L'Etat Islamique contrôle Tikrit depuis neuf mois. L'armée irakienne s'est plusieurs fois déjà cassé les dents contre ces jihadistes. Mais cette fois, elle est pleine d'ambition.

Les forces gouvernementales irakiennes pilonnent des positions jihadistes à Tikrit, un bastion du groupe Etat islamique (EI) situé au nord de Bagdad que 30.000 hommes tentent de reprendre avec une offensive de grande envergure.

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"Les forces de sécurité avancent depuis trois directions", a déclaré  un officier de l'armée irakienne. "Des chasseurs-bombardiers, des hélicoptères et l'artillerie visent Tikrit pour assurer la progression (des forces pro-gouvernementales) et couper les voies de ravitaillement". Des sources militaires ont fait état d'avions irakiens participant à l'opération mais il n'était pas clair dans l'immédiat si des appareils étrangers, iraniens ou de la coalition internationale antijihadistes conduite par les Etats-Unis, y prenaient part.

L'EI contrôle Tikrit depuis neuf mois et sa percée fulgurante dans le nord et l'ouest de l'Irak, où ce groupe extrémiste sunnite impose sa loi et multiplie les atrocités, comme sur les territoires qu'il contrôle en Syrie voisine.

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Même si elle a repris un peu de terrain aux jihadistes ces derniers mois avec l'appui des frappes aériennes de la coalition internationale, de combattants kurdes et de miliciens chiites, l'armée s'est plusieurs fois cassée les dents sur Tikrit, à 160 km de Bagdad.

L'opération lancée lundi matin est toutefois la plus ambitieuse entreprise par Bagdad à ce jour pour faire reculer l'EI. Selon le commandant militaire pour la province de Salaheddine, Tikrit a une importance symbolique et stratégique.

"L'objectif est bien sûr de finir de libérer la province pour permettre le retour des déplacés." "Mais il s'agit aussi d'un tremplin sur le chemin de la libération de Mossoul", deuxième ville du pays et capitale irakienne de l'EI, à 350 km au nord de Bagdad. (Abdel Wahab Saadi)

D'après l'officier irakien interrogé par l'AFP, les forces impliquées dans la bataille de Tikrit appartiennent à l'armée, la police, des unités anti-terroristes, des groupes de volontaires principalement chiites sous commandement gouvernemental et des tribus locales sunnites hostiles à l'EI.

Selon des médias iraniens et irakiens, le général Ghassem Souleimani, commandant de la Force Qods, une unité d'élite de l'armée iranienne, se trouve dans la province de Salaheddine pour aider à coordonner les opérations.

 

Protéger les civils et les propriétés

En annonçant dimanche soir cette offensive majeure, le Premier ministre irakien a appelé les forces pro-gouvernementales à épargner la population civile . "La priorité que nous avons fixée à l'armée et aux forces qui l'aideront est de préserver la sécurité des citoyens", a indiqué Haider al-Abadi, voulant rassurer la population de Tikrit, principalement arabe sunnite, qui craint des représailles des forces de sécurité si les jihadistes sont chassés.

Le Premier ministre a martelé ce message sur les réseaux sociaux, appelant "à protéger les civils et les propriétés avec le plus grand soin".

Samedi, Hadi al-Ameri, commandant des unités de Mobilisation populaire et figure centrale de la lutte en Irak contre l'EI, avait lui appelé la population de Tikrit à quitter la ville dans les "48 heures", "pour venger Speicher".

• Speicher est une base militaire proche de Tikrit où plusieurs centaines de nouvelles recrues, essentiellement chiites, avaient été enlevées avant d'être exécutées lors des premiers jours de l'offensive de l'EI en Irak.

 

Les milices chiites, en particulier, ont toujours promis de venger les exécutions de Speicher, suscitant des craintes de violences contre la population sunnite dans le cas d'une reprise de Tikrit. D'autant que des tribus sunnites locales ont été accusées d'être impliquées dans le massacre de Speicher.

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Dimanche,  Abadi s'est également adressé aux habitants de la région pour leur demander de se retourner contre les jihadistes. "J'appelle tous ceux qui ont été trompés et ont commis des erreurs à déposer les armes aujourd'hui. Celle-ci pourrait être leur dernière chance", a-t-il dit, suggérant la possibilité d'une amnistie pour certains habitants qui avaient choisi le camp de l'EI.

 

Des combattants kurdes et l'armée syrienne mènent séparément une offensive contre les djihadistes du groupe Etat islamique (EI) pour les chasser de la province de Hassaké (nord-est), stratégique car limitrophe de l'Irak et la Turquie. Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), "les forces du régime, appuyées par des combattants de tribus, ont pris le contrôle dimanche de 23 villages après trois jours de combats" au centre de cette province à majorité kurde.
L'agence officielle Sana a quant à elle affirmé que l'armée s'était emparée de 31 villages. Au début de la révolte en mars 2011, l'armée s'était retirée sans combattre de la majorité des villages de la province, ne gardant des casernes qu'à Hassaké et Qamishli, les deux principales villes.
Dans le sud-ouest de la province, les Unités de protection du peuple (YPG), la principale force kurde en Syrie, bombardent les villages autour de Tall Tamer pour reprendre les dix villages chrétiens assyriens conquis la semaine dernière par l'EI, qui y avait enlevé 220 habitants.
L'avancée des jihadistes avait fait fuir environ 5.000 chrétiens assyriens vers les deux grandes villes de cette province. Quelque 30.000 Assyriens, une communauté parmi les plus anciennes converties au christianisme, vivaient en Syrie avant le début du conflit en mars 2011, la majorité dans cette province de Hassaké.

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