À Gaza, un assassinat ciblé relance les tensions

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Un dirigeant du Jihad islamique a été tué par l’armée israélienne à Gaza. En réponse, le groupe palestinien a tiré une salve de roquettes sur l’État hébreu.

Il est 4 heures du matin ce mardi, quand la maison de Baha Abu Al-Ata est ciblée par des tirs de l’aviation israélienne, près de la ville de Gaza. Le chef de la branche armée du Jihad islamique et sa femme sont tués dans l’assaut. Quelques heures plus tard, les Israéliens se réveillent au son des sirènes d’alarme. Elles retentissent dans les localités du sud, à proximité de l’enclave palestinienne, et jusqu’à la métropole économique, Tel-Aviv. Dans la matinée, 50 roquettes sont tirées depuis Gaza. Une vingtaine sont interceptées par le système de défense aérienne israélien. En réponse, dans un cycle interminable, l’armée israélienne mène des raids contre des positions du Jihad islamique, faisant déjà dix morts parmi les Palestiniens.

Un ennemi à abattre

En Israël, le leader du Jihad islamique abattu par l’armée était décrit comme indépendant et dangereux.

Revendiquée par l’armée israélienne et les renseignements intérieurs, l’opération de ce mardi matin a visé un dirigeant palestinien décrit comme "une bombe à retardement" par le porte-parole de Tsahal, Jonathan Conricus. Presque inconnu il y a quelques mois, Abu Al-Ata était récemment devenu l’ennemi à abattre pour Israël. Selon le Premier ministre Benyamin Netanyahou, "il était responsable de plusieurs attaques terroristes, de tirs de roquette sur Israël au cours des derniers mois et avait l’intention de perpétrer des attaques imminentes". Dernière action en date: une salve d’une dizaine de roquettes tirée début novembre.

En Israël, ce leader du Jihad islamique était décrit comme indépendant et dangereux, menant des opérations armées sans l’accord du Hamas au pouvoir à Gaza, et sans rendre de comptes à son propre parti, le Mouvement du Jihad islamique palestinien (MJIP). Mais son rôle aurait été surestimé par les responsables israéliens. En réalité, le commandant du MJIP était utile au Hamas, car il a endossé la responsabilité de plusieurs tirs de roquette. Ainsi, les derniers mois, le Hamas pouvait faire indirectement pression sur Israël, l’Egypte et le Qatar pour obtenir une aide financière sans remettre en cause l’accord de trêve passé avec les Israéliens.

Israël change de stratégie

Soutenu par l’Iran, le MJIP est la fois nationaliste palestinien et djihadiste. Bien que basé à Damas, il opère surtout dans la bande de Gaza. Le mouvement travaille régulièrement en coordination avec le Hamas, notamment lors d’opérations armées contre Israël. En mai dernier, les deux factions avaient lancé des centaines de missiles en direction de l’État hébreu lors d’une flambée de violence inouïe.

Les événements de ce mardi ouvriraient un nouveau chapitre dans la stratégie israélienne à Gaza. Habituellement, après chaque attaque de roquettes, quel que soit le responsable, Israël frappe le Hamas. Mais ce mardi, l’État hébreu semble avoir repris la politique des assassinats ciblés. Car simultanément au meurtre d’Abu Al-Ata, des frappes attribuées à Israël ont visé le domicile d’un responsable du Jihad islamique à Damas.

Le risque d’une guerre à Gaza peut influencer les négociations en cours pour la formation d’un gouvernement en Israël. Benyamin Netanyahou pourrait se saisir de cette occasion pour pousser son rival Benny Gantz à le rejoindre dans un gouvernement d’union nationale. Mais pour l’instant, l’incertitude est reine. L’issue de cette escalade des violences va dépendre de la réaction du Hamas et du nombre de victimes israéliennes.

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