Abbas suspend les élections palestiniennes à une décision d'Israël

Le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas. ©EPA

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a décidé jeudi soir que les élections palestiniennes, prévues le 22 mai, n'auront lieu que si Israël autorise leur tenue à Jérusalem Est. Cette annonce rend le scrutin incertain.

Pour la première fois depuis 15 ans, les Palestiniens devaient élire leur parlement, le 22 mai prochain. Mais le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a annoncé jeudi soir que ces élections n'auront lieu que si Israël donne son feu vert à la tenue du vote à Jérusalem-Est, ce qui rend le scrutin incertain.

Les dernières législatives en 2006 avaient été remportées par le Hamas. Le scrutin avait été suivi par des affrontements armés entre les factions palestiniennes. Le Hamas dirige aujourd'hui la bande de Gaza et le Fatah contrôle l'Autorité palestinienne dont le siège est en Cisjordanie.

15
ans
Pour la première fois depuis 15 ans, les Palestiniens devaient élire leur parlement le 22 mai prochain.

"Abbas n'a jamais été clair sur les raisons et l'urgence de ces élections."
Ghaith Al-Omari
Chercheur palestinien au Washington Institute for Near East Policy

Ces élections étaient prévues par un accord de réconciliation entre le parti laïque d'Abbas, le Fatah, et les islamistes du Hamas. Elles devaient être suivies par une présidentielle, le 31 juillet.

Abbas impute ce blocage au refus d'Israël d'autoriser le scrutin à Jérusalem Est. Mais aucune décision n'a été prise à ce sujet par le gouvernement israélien. "Si d'ici une semaine Israël accepte la tenue des élections à Jérusalem comme en 2006, il y aura des élections", a-t-il dit.

Selon plusieurs sources proches du Fatah, stratégiquement, Abbas n'a pas intérêt au scrutin. Deux grands courants internes au parti contestent son leadership, ce qui hypothèque la victoire. "Abbas n'a jamais été clair sur les raisons et l'urgence de ces élections", explique Ghaith Al-Omari, chercheur palestinien au Washington Institute for Near East Policy et ancien conseiller de l'Autorité palestinienne. "Il voyait ce scrutin comme un moyen de réaffirmer sa légitimité. Mais la situation est telle que le Fatah se serait retrouvé en troisième ou quatrième position après les élections."

Sentiment de frustration

Le Hamas accuse Israël d'avoir provoqué cette situation. "Le Hamas veut ces élections, car c'est une plateforme pour gagner en légitimité nationale et internationale", dit Kobi Michael, chercheur israélien à l'Institut national d'études stratégiques. "Abbas souffre d'une érosion de sa légitimité. Le Hamas est dans une situation 'win-win'. Si les élections ont lieu, il a de sérieuses chances de l'emporter. Si elles sont postposées, ils disent qu'Abbas n'a pas de leadership."

"Le Hamas veut ces élections, car c'est une plateforme pour gagner en légitimité nationale et internationale."
Kobi Michael
Chercheur israélien à l'Institut national d'études stratégiques

Le report des élections pourrait créer un sentiment de frustration au sein de la population. "Je ne prévois pas de violence, mais la sécurité sur les territoires est de plus en plus instable. La possibilité d'une escalade est très réelle", dit Ghaith Al-Omari.

Cette situation devrait, par contre, convenir aux États-Unis, occupés à opérer un changement de stratégie envers la Palestine. "Ces élections menaçaient la nouvelle approche américaine, Washington cherchant à se réengager sur le terrain palestinien", conclut Gaith Al-Omari.

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