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Après le Covid-19, la vie (presque) normale en Israël

À Tel-Aviv, l'euphorie s'est emparée des habitants. Avec le recul du virus, la peur est tombée. ©REUTERS

Plus de 50% des Israéliens ont reçu la seconde dose du vaccin contre le Covid-19. Alors que la propagation du virus diminue, le pays tourne la page de la pandémie.

Les jambes étendues, sourire béat aux lèvres, Baha saisit son double espresso matinal. Autour de lui, un serveur s'active: "Deux limonades et une shakshuka pour la 2!" Le soleil claque sur la terrasse du Shaffa. Niché dans le Shouk Hapishpeshim, cœur battant et repaire hipster de la ville de Jaffa, le café-bar a rouvert deux semaines plus tôt, après une année de fermeture. Adossé sur une chaise en bois, Baha regarde défiler les passants. L'air serein, il coupe le silence: "Ça fait un an que je n'avais pas ressenti cela".

Vaccination accélérée

Comme plus de 50% de la population, Baha s'est fait vacciner. Il a reçu la deuxième dose il y a deux mois. Dans un entrepôt reconverti en centre de vaccination à Jaffa, Micky Attal accueille 720 personnes par jour: "Début janvier, on a commencé par les plus âgés et les populations à risque. Depuis un mois, on vaccine les plus de 16 ans", indique le cogérant du centre. La campagne a porté ses fruits. L'épidémie recule et le nombre de cas admis en réanimation s'effondre. "Si cette tendance se confirme, on abandonnera les masques d'ici une semaine", précise Micky Attal. Aujourd'hui, Israël est le pays le plus vacciné du monde. Mais ce n'est pas sans contrepartie. L'État hébreu a payé le prix fort, soit 20 euros la dose, et il a accepté de partager les données médicales de ses citoyens avec la firme Pfizer.

Euphorie dans le pays

Mais pour les Israéliens, peu importe. Car depuis le 7 mars, l'essentiel du pays a rouvert"On a l'impression qu'il n'y a plus de coronavirus", assure Matthias, un habitant de Tel-Aviv. Une libération pour ce trentenaire: "On a retenu notre souffle pendant un an. Aujourd'hui, on respire de nouveau!" Depuis trois semaines, il a retrouvé ses habitudes rue Allenby, au centre de Tel-Aviv: "Le soir de la réouverture, j'ai couru au restaurant avec ma compagne". Dans la mégalopole économique, l'euphorie s'est emparée des habitants. Avec le recul du virus, la peur est tombée: "Il faut réserver à l'avance pour avoir une table". À travers tout le pays, les événements culturels se multiplient. Musées, théâtres et salles de concert ont rouvert leurs portes. La chanteuse Rony Stav se produit plusieurs fois par semaine: "Le pouvoir d'achat des Israéliens a certes baissé pendant la crise sanitaire, mais tout le monde a soif de culture".

En principe, il est interdit d'entrer dans un restaurant ou un café-bar sans passeport vaccinal, le sésame qui prouve qu'un citoyen a été vacciné. Mais en réalité, les serveurs vérifient rarement.

La réouverture du pays arrive à temps pour Pessah, la Pâque juive. "J'ai passé les fêtes avec toute ma famille!", se réjouit Elina, originaire de Haïfa, "c'est un vrai soulagement. En septembre dernier, on a célébré Rosh Hashanah (le Nouvel An juif) seuls. C'était déprimant". En théorie, les lieux de culte ne peuvent pas accueillir plus de 20 fidèles, "mais les limitations ne sont plus respectées", selon Elina. Dans tous les milieux, un certain laxisme s'est emparé du pays. "Les autorités laissent faire", assure-t-elle. En principe, il est interdit d'entrer dans un restaurant ou un café-bar sans passeport vaccinal, le sésame qui prouve qu'un citoyen a été vacciné. Mais en réalité, les serveurs vérifient rarement. "Les contrôles se font seulement dans des lieux culturels plus cadrés, pour des conférences ou des pièces de théâtre", note Elina.

©REUTERS

Le virus encore présent

Malgré les apparences, le virus circule encore et les restrictions n'ont pas totalement disparu. "La semaine prochaine, je serai encore en télétravail un jour par semaine", affirme Amanda, une pharmacienne originaire de Nazareth. L'essentiel des lieux de rencontre ont rouvert, "mais pas les boîtes de nuit", assure quant à lui Roie Hazoom, gérant du Kuli Alma, un bar dansant au sud de Tel-Aviv. Et surtout, les frontières du pays sont encore fermées. Un manque à gagner considérable. En 2019, 4,9 millions de touristes avaient visité l'État hébreu, rapportant 5,7 milliards d'euros à l'économie israélienne. "Nous vivons du tourisme international", soutient Ziv, gérant de l'Inta Hotel à Jaffa, "pour survivre, on organise des mariages et des anniversaires. Mais on ne voit pas le bout du tunnel pour l'instant".

Selon le nouveau coordinateur de l'ONU pour le Proche-Orient, il est "essentiel" que les Palestiniens aient accès au vaccin pour réussir à contrôler la pandémie.

De l'autre côté de la ligne verte qui sépare Israël des territoires palestiniens, la crise sanitaire est toujours vive. En Cisjordanie et à Gaza, des millions de Palestiniens n'ont pas encore été vaccinés, malgré les mises en garde de Tor Wennesland. Selon le nouveau coordinateur de l'ONU pour le Proche-Orient, il est "essentiel" que les Palestiniens aient accès au vaccin pour réussir à contrôler la pandémie. En Cisjordanie, où les contacts entre colons israéliens et travailleurs palestiniens sont fréquents, la campagne de vaccination a seulement débuté fin mars pour les plus de 75 ans, grâce à l'Organisation mondiale de la santé (OMS). C'était pourtant à Israël, puissance occupante dans les territoires palestiniens, de s'en charger.

De nouvelles habitudes

L'État hébreu souhaite tourner la page de la pandémie, mais le Covid-19 a laissé des traces durables dans la société israélienne. Ohad longe le Shouk Mahane Yehuda, le marché de Jérusalem-Ouest. Même si le pays a rouvert, il sort peu: "C'est déprimant. Beaucoup de bars ont fermé pendant la crise sanitaire. Les gérants n'arrivaient plus à joindre les deux bouts". Ceux qui ont tenu bon doivent aujourd'hui s'adapter, en proposant des menus économes. "On a allégé la carte", indique Shira, la gérante du Shaffa, "on évite les produits de luxe qui pourraient nous faire perdre de l'argent. Par exemple, on ne propose plus de poulpe".

Au Shaffa, Baha termine son café. Il profite du soleil qui claque sur la terrasse: "On a un peu retrouvé la vie d'avant, mais quelque chose a changé". Après un an de confinement, le jeune architecte a modifié ses habitudes. "Avant le corona, je sortais tous les jours. Mais en 2020, je suis resté chez moi, comme tout le monde. Je m'y suis habitué." Aujourd'hui, Baha cherche un nouvel appartement, avec balcon: "Je suis devenu un peu casanier, j'ai besoin d'une terrasse où siroter mon café. Cette année m'a changé".

©Bloomberg

Dates clés

19 décembre 2020: Début de la campagne de vaccination.
24 décembre 2020: Malgré les vaccins, les cas augmentent. Le gouvernement annonce un troisième confinement.
7 février 2021: Allègement du confinement, les commerces non essentiels peuvent rouvrir.
7 mars 2021: Réouverture des bars et des restaurants et assouplissement des restrictions lors des rassemblements sportifs et dans les lieux de culte.

Le résumé

  • Avec une couverture vaccinale de plus de 50%, Israël est le pays le plus vacciné au monde contre le coronavirus.
  • Depuis le 7 mars, l'essentiel du pays a rouvert.
  • Mais les restrictions n'ont pas totalement disparu, malgré les apparences, et les frontières restent fermées.
  • Tandis que le virus circule toujours, des millions de Palestiniens, en Cisjordanie et à Gaza tout proches, n'ont pas encore été vaccinés, en dépit des mises en garde de l'ONU.

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