Au Proche-Orient, un plan de "paix" voué à l'échec

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Au lendemain de la publication du plan Trump, la droite israélienne jubile. Mais une partie du pays craint que "l’accord du siècle", très favorable à Israël, n’ait ouvert une nouvelle ère de violences.

Annexion des colonies israéliennes et de la Vallée du Jourdain, reconnaissance de Jérusalem comme capitale unifiée d’Israël, Benyamin Netanyahou ne pouvait rêver mieux à cinq semaines des élections. Le président américain a épousé la plupart de ses positions. Une démarche donnant-donnant, car Donald Trump espère attirer les voix évangélistes pro-israéliennes durant l’élection présidentielle de novembre.

En Israël, éclipsé le débat sur l’inculpation de Benyamin Netanyahou dans trois affaires de corruption. Mises à l’écart les critiques sur la gestion du conflit à Gaza. Pour le Premier ministre, le plan Trump est un programme de campagne rêvé. Le cadeau de Washington pourrait attirer les voix des 500.000 colons israéliens vers son parti, le Likoud. Mais une question reste en suspens: un gouvernement intérimaire, mené par un Premier ministre aussi affaibli peut-il prendre une décision de cette ampleur?

Le morcellement de la future Palestine, "un morceau de gruyère, où le fromage est offert aux Israéliens, et les trous aux Palestiniens."
L'ONG israélienne B’tselem

Quelles que soient les critiques, Benyamin Netanyahou devrait demander à ses ministres d’approuver l’annexion en fin de semaine. Ce mercredi, il a de nouveau appelé les Palestiniens à "saisir cette opportunité." Cependant, qui peut croire que ce plan avait une chance d’être accepté par Ramallah?

Outre le morcellement de la future Palestine, "un morceau de gruyère, où le fromage est offert aux Israéliens, et les trous aux Palestiniens", comme l’affirme l’ONG israélienne B’tselem, l’accord exige l’impossible aux Palestiniens: l’abandon de Jérusalem. Partisan, imposé de manière unilatérale, le plan Trump semble avoir été écrit pour que les Palestiniens le refusent. Et bloquer toute discussion pour rendre l’annexion inévitable.

Les Palestiniens unis mais isolés

Malgré les critiques, le plan de "paix" a réussi une chose, réunir les factions palestiniennes. Ce mardi, le président Abbas, issu du Fatah, était entouré de représentants du Hamas dans son quartier général, à Ramallah. Du jamais vu depuis 9 ans. Unité nationale de façade ou début de réconciliation, les prochains jours le diront. Mais quel que soit le dénouement, les Palestiniens sont plus que jamais isolés.

Oman, Bahrein et les Emirats Arabes Unis ont validé le plan de paix.

Oman, Bahrein et les Emirats Arabes Unis ont validé le plan de paix. L’Arabie Saoudite est plus prudente. Gardienne des lieux saints musulmans sunnites, Ryad ne peut applaudir la fin des revendications arabes sur Jérusalem, ville sainte en islam. Elle a tout de même "salué les efforts" de Washington. Les dernières années, la lutte contre l’influence iranienne dans la région a rapproché les pays du Golfe et Israël. Faisant passer au second plan la cause palestinienne.

Le risque de violences... et de guerre

À peine la conférence achevée à Washington ce mardi, les mosquées ont retenti dans toute la Cisjordanie. "Que Dieu nous vienne en aide" entonnaient les muezzins dans un appel à la prière exceptionnel, réalisé dans les moments de crise. À Ramallah, Bethlehem, ou Hébron, des manifestants ont marché vers les check points, brûlant des portraits de Donald Trump et scandant: "La Palestine n’est pas à vendre!"

Ce vendredi, journée traditionnelle de manifestations, les violences s’annoncent explosives. Michael Sfard, avocat israélien spécialiste des droits de l’homme, met en garde: le plan Trump pourrait mener Israéliens et Palestiniens "vers la guerre."

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