Benjamin Netanyahu plus affaibli que jamais après les élections en Israël

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Analyse | Le parti centriste Kahol Lavan, dirigé par Benny Gantz, remporte les élections avec 32 sièges. Avigdor Lieberman s’impose comme faiseur de roi. Les partis arabes effectuent une percée.

Israël s’est réveillé mercredi dans l’incertitude la plus totale. Les résultats provisoires des élections législatives anticipées attribuent une courte victoire au parti centriste Kahol Lavan ("Bleu et Blanc", centre) de Benny Gantz, qui remporterait 32 sièges (90% des bulletins dépouillés). Le Likud du Premier ministre Benjamin Netanyahu décrocherait 31 sièges. Dans les deux cas, c’est insuffisant pour emporter la majorité absolue fixée à 61 sur les 120 sièges que compte la Knesset, le Parlement israélien.

Une première conclusion s’impose, Benjamin Netanyahu est affaibli. En cinq mois, "Bibi" a tout fait pour mobiliser les électeurs, entre autres en chassant sur les terres de l’extrême droite. Il a échoué. Le leader du Likud, à la tête du pays durant treize ans, un record, voit s’éloigner son cinquième mandat. Une des raisons de cette défaite tiendrait dans la perte d’électeurs dans les régions du Negev (sud) visées par des tirs récents de missiles palestiniens.

"Nous allons attendre un jour ou deux, et souhaiter à Israël un gouvernement d’union."
benny gantz chef du parti centriste Kahol Lavan

Victorieux aux élections d’avril dernier, Benjamin Netanyahu avait été incapable de former un gouvernement avec ses alliés du bloc de droite, les partis ultra-orthodoxes Shass et Judaïsme de la Torah unie. Après l’élection de mardi, une alliance entre le Likud, ces deux partis religieux et la formation de droite radicale Yamina ne détiendrait que 55 sièges. C’est trop peu.

Le temps presse pour le Premier ministre. Affaibli et accusé de "corruption", "abus de confiance" et "malversations", Benjamin Netanyahu doit comparaître devant le juge dans deux semaines. En se maintenant à la tête du pays avec un gouvernement de droite fort, il espérait bénéficier du soutien du Parlement dans cette bataille judiciaire. Son pari semble perdu.

Le Likud pourrait aussi se choisir un nouveau chef, mais cette hypothèse, à court terme, serait inédite. Le parti n’a jamais lâché ses dirigeants. Du reste, aucun de ses membres n’est de taille à occuper sa place.

Progression des partis arabes

Avec 32 sièges, Benny Gantz ne parviendra pas, lui non plus, à former un gouvernement de centre gauche. Les alliés naturels de Bleu et Blanc, les partis de gauche, le parti travailliste (6 sièges), la liste unifiée (5 sièges), n’ont pas suffisamment progressé.

La première surprise du scrutin vient des partis arabes, rassemblés dans la Liste unie d’Ayman Odeh. Alignant 13 sièges, ils se profilent comme la troisième force politique en Israël. Ces partis pourraient se rapprocher de Benny Gantz pour former une coalition. Ce serait une première dans l’histoire d’Israël. Les Arabes, qui représentent 20% de la population, ne sont jamais allés au pouvoir. Mais cette alliance, affichant 56 sièges, ne dispose pas de la majorité.

Tous les regards sont tournés vers le vainqueur de cette élection, Avigdor Lieberman. Son parti nationaliste Israël Beytenu double pratiquement son score. Avec neuf sièges, il s’érige plus que jamais en faiseur de roi, susceptible de faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre. Après les élections d’avril, cet ancien mentor de Benjamin Netanyahu avait bloqué la formation d’un gouvernement en exigeant, entre autres, l’adoption d’une loi imposant le service militaire aux ultra-orthodoxes.

Opposé à une participation des religieux et des partis arabes au gouvernement, Avigdor Lieberman, issu de l’immigration d’ex-URSS, appelle désormais à un gouvernement d’union nationale qui rassemblerait le Likud et Kahol Lavan, sans les religieux ni les partis arabes. Cette option est crédible.

Vers un gouvernement d’union nationale

"L’enseignement de ces élections est clair, il n’y a pas de vainqueur et les Israéliens ont envoyé un message d’unité et de cohésion, dit Yossi Lempkovicz, senior adviser de l’agence Europe Israel Press Association. Je ne vois pas d’autre solution qu’un gouvernement d’union nationale. La vraie question est de savoir qui en sera le chef."

La balle est dans le camp du président israélien Reuven Rivlin qui s’apprête à consulter les partis pour déterminer qui dirigera le prochain gouvernement. Membre du Likud, il n’est pas un proche de Benjamin Netanyahu et s’est montré à plusieurs reprises partisan, lui aussi, d’un gouvernement d’union nationale.

Benny Gantz est clairement en faveur d’un tel gouvernement. "Nous allons attendre un jour ou deux, et souhaiter à Israël un gouvernement d’union", a-t-il dit.

Durant la campagne, Benny Gantz s’est opposé à ce que Benjamin Netanyahu intègre un tel gouvernement. "Il est intéressant de remarquer que Benny Gantz n’a pas réitéré son opposition à une participation de Netanyahu lors de son discours prononcé après l’élection", ajoute Yossi Lempkovicz.

Benjamin Netanyahu avait, pour sa part, appelé à la formation d’un "gouvernement sioniste fort" sans les partis arabes. Voilà qui pourrait lui coûter cher. Le Président israélien choisit la personne susceptible de former un gouvernement en fonction de l’avis des partis les plus en pointe. Les partis arabes ont déjà fait savoir qu’ils ne recommanderaient pas Benjamin Netanyahu.

Le délai pour former un nouveau gouvernement est de 28 jours, sans quoi Israël pourrait se diriger vers un troisième scrutin. Ce scénario ajouterait de l’instabilité au pays, ces élections révélant une polarisation extrême du paysage politique israélien.

Autre enseignement des élections, le parti d’extrême droite Otzma Yehudit n’est pas parvenu à dépasser le seuil électoral de 3,25%, signe supplémentaire d’un appel à la cohésion du peuple israélien. Ironie du sort, ce seuil avait été relevé il y a cinq ans pour faire obstacle aux partis arabes.

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